Un lien et une liaison

27 avril 2016

Il n’y a plus d’espace sur le blog Deux oiseaux.

La suite sur Deux zoiseaux

Et pour la nouvelle aventure, malgré moi, une légère angoisse, la peur de la feuille blanche. Preuve d’un orgueil sournois. Comme si j’étais attendu !

En solo

25 avril 2016

Pour entrer dans l’eau fraîche d’une piscine, le premier choisit la méthode radicale, saut à pieds joints sans même mouiller nuque et aisselles. Le second plus chochotte glisse le gros orteil, le retire immédiatement en le rétractant, le remet et, petit à petit, s’enfonce dans le bassin. Deux plongeons, l’un brutal, l’autre en douceur.

Si on leur demande de s’immerger ensemble en se donnant la main, il est probable que la vitesse d’exécution choisie soit intermédiaire, une sorte de moyenne, qui ne conviendra ni au premier pour qui le second sera un boulet freinant la plongée, ni au second qui aura l’impression d’être entraîné par un boulet au fond de l’eau.

Alors que mercredi, dernière journée à New-York, j’ai le choix entre pédaler à Central Park avec Sof, Arnaud et les enfants, et visiter le MoMA avec Sophie, je décide d’enfourcher le vélo même si j’ai dans l’absolu une préférence pour le musée.

Rien de farfelu dans ce choix. Je sais que Sophie attend avec enthousiasme cette demi-journée culturelle, qu’elle en attend plus que moi, que la visite lui sera plus profitable et que son immersion, pour être parfaite, doit se faire en solo.

Mon propos n’est pas de jouer les grands seigneurs, d’autant plus que le sacrifice est dérisoire.

Je renonce au Moma parce que je ressens viscéralement le besoin de m’extraire parfois du groupe pour avancer à ma guise et que, si ce sentiment était partagé par Sophie, je serais un obstacle à son plaisir, et le responsable d’une forte frustration s’il n’était pas total.

Besoin vital de m’extraire du groupe, un cri qui vient du ventre. Pour la dernière aprem consacrée aux achats – j’espère que si Renaud passe par ici, il mesurera l’effort fourni pour ne pas dire shopping – j’entends ce cri et m’échappe des magasins de Lexington Avenue.

Je déambule et me pose un moment devant le General Electric Building.

Au cri de Munch (autour de 1900) évoqué par Sophie avant le départ à propos de la galerie Neue

Neue

fait alors écho ce morceau d’angle du gratte-ciel (autour de 1930)

NYcri

Reste à enquêter pour savoir si ce détail du bâtiment est effectivement une citation du tableau.

 

 

 

Pierre nique, Domi-nyc

22 avril 2016

I] ♫ Pierre nique-nique-nique ♫

Pierre_Louÿs

Pierre Louis (PL) est son vrai nom, Pierre Louÿs son nom de plume.

Pierre Louis à la ville, Pierre Louÿs à la scène.

A la question onomastique : pourquoi un ÿ à la place du i ?, on formule une hypothèse ; Si PL a été aussi obsédé qu’on le prétend [1], il a réussi avec son pseudo le tour de force de fusionner le i du zizi (barre droite surmontée d’une goutte suspecte) et le ÿ qui évoquerait la femme. Les deux points du signe diacritique pour les seins, couronnant un « delta » de Vénus ruisselant.

L’oeuvre officielle de Pierre Louis (=Pierre Louÿs), déjà hardie, est de facture lisible – disent les spécialistes – alors que les kg de manuscrits, que l’écrivain n’a jamais envisagé de publier et qui ont été sortis des tiroirs à sa mort, seraient en grande partie abjects.

Du coup, est-ce honnête/pertinent de les publier post mortem sous le nom Pierre Louÿs ?

Car – mettons les points sur les i – les papiers secrets sont la production du Pierre « en dehors de la scène », c-à-d étymologiquement du Pierre « ob-scène ». Davantage l’oeuvre de Pierre Louis que celle de Pierre Louÿs !

Deux jours avant notre we-ski à Chamrousse, je furète à la bibliothèque en espérant mettre la main sur un Pierre Louÿs croustillant. Je tombe sur Trois filles de leur mère chez Payot :

3fillesdeleurmere

Au premier regard, je ne saisis pas la couverture. J’y vois d’abord un mur qu’un skieur averti s’apprête à dévaler avant de réaliser qu’il s’agit d’une croupe saillante, précipice dans lequel le petit bonhomme va se précipiter.

Pour avoir une idée du ton, un « CTRL f » dans la version numérique, accessible ici, donne 51 occurrences de « enculer » à l’infinitif, je passe sur les formes conjuguées.

Aucun doute, Loulou nique, Pierre est le loup. Son obsession de la sodomie et son côté franchement loufoque fait dire qu’il aurait même eu la tentation du phoque/foc, Pierre n’aurait donc pas eu peur du loup !

II] Manimal

De retour d’un court séjour à New-York City (NYC), je choisis pour ce billet un pseudonyme, un « nickname » : Domi-Nÿc.

Je ne suis pourtant pas un loup de Wall Street. Il n’y a qu’à voir ma piètre négociation pour la location de vélos à Central Park : « 15$ for 3 hours. » Je tente en vain un « 10 $ for 2 hours » en argumentant : « the same thing for you. »

velosCP

Au mieux serais-je un chien dans un jeu de Yankee [2]

Yankee

géniteur de renards des surfaces.

footCP (Soccer à Central Park)

Si on poursuit le bestiaire new-yorkais, je dois confesser avoir rêvé sur la High Line être une tortue, à la C. Willem (private joke auprès de Manou [3])

Turtle

mais j’ai été ramené à ma condition de pigeon

  • le premier soir au camion-snack à la sortie du M&M’s de Time Square, 3 hot dog et 1 brochette pour 19$
    MetMs
  • à l’entrée du pont de Brooklyn, « rançon » de 5 $  réclamée par de gentils danseurs de Hip-Hop pour la libération de Clem.
    HipHop

Puisqu’il est question de noms d’oiseaux, je ne désespère pas. Tout est une question d’évolution ; au pays des immigrés, la mouette passée par Ellis Island

mouette

ne s’est-elle pas transformée en pygargue ?

pygargue2 (gare du World Trade Center)

Toujours sur la High Line, j’ai été tenté par une métamorphose en ours à la vue du building-iceberg

iceberg

avant de me rappeler in extremis être dans le pays des affaires et que les investisseurs préfèrent à la tendance « bearish » ou baissière, le sentiment « bullish« , de bas en haut.

Pourtant, pour ce deuxième séjour à Manhattan, c’est bien une déception que je ressens. L’indice NY chute dans l’estime à la clôture du voyage. Le tréma du ÿ dans le pseudo Domi-Nÿc renvoie à ce propos à des abîmes, un peu comme les deux bassins de Ground zero creusés à la place des tours jumelles.

III] ♫ Domi Nÿc-Nÿc-Nÿc ♫

Analyse du naufrage.

Avant mai 2010 et notre première escapade à Manhattan, le NY que j’aimais à travers les cartes postales, les images TV… n’avait pas d’existence tangible. Un NY hors de l’espace et du temps dont la réalité n’avait aucun rapport avec la mienne. Le premier séjour était alors une faveur du destin dont il était impératif de profiter, devant laquelle il était interdit de se dérober. En présence de tel ou tel « phénomène » qui semblait révélateur d’un trait new-yorkais, je me sentais agité d’une joie de pas-peu-fier.

Cueilli comme mes camarades de voyage par le flot montant. Pour un deuxième séjour sur l’île de Manhattan, le reflux inévitable était à craindre et je suis en effet redescendu avec la marée. L’image du ressac me vient au sommet de la Freedom Tower lorsque je découvre une miss Liberty esseulée et triste sur son petit carré de terre. Sa torche dans le vent n’a pas réussi cette fois-ci à m’enflammer.

SL

La statue n’avait pas ce statut d’exilée en 2010, elle assurait un rôle plus noble ; Au sommet du Rockfeller, je découvrais un Manhattan cubiste dont la Liberté apparaissait en point de fuite.

Si je poursuis la métaphore marine, j’ai vu cette fois-ci en Manhattan un paquebot, les buildings de la skyline faisant office de cheminées.

paque (eau bleue)

paquebotbabord(eau verte)

Image renforcée lorsque les copains disent ressentir un mouvement-balancier, une sorte de tangage au 102ème étage de la Freedom Tower (« observation deck »). Le vocabulaire va dans le même sens : « deck » pour plate-forme, « deck » pour pont de bateau.

NYbateau

Et la statue de Bartholdi ? non pas en figure de proue, mais hélas en écueil. Titanic !

NYpaquebot

Le premier contact est une fausse note. Aidé par la moue dubitative d’Arnaud, je réalise que Times Square sur-éclairé par les néons n’a en réalité aucun éclat propre. Aussi lisse que ses milliers d’écrans incandescents, écrans de fumée.

« Pas grave -me dis-je- NY renaîtra de ses cendres dès demain. » Et ma confiance est augmentée lorsque sur le chemin du retour à l’hôtel une gentille dame à qui on demande le chemin nous lance : « where are you from ?… France ! welcome to New-york ! »

Hélas, NY n’est pas Phénix. Que s’est-il passé ?

Il est impératif d’anticiper le miracle, y croire un peu en amont pour qu’il se produise. Imaginer d’abord pour concrétiser ensuite. Se mettre dans les meilleurs dispositions, se pré-parer à vivre la magie. Selon la méthode Coué, simuler un peu pour stimuler et finalement jouir. Allumer l’étincelle pour espérer une flamme inextinguible.

Or Arnaud, esprit fort, vigilant, en pompier [4], veille au grain, comme le lait sur le feu. Il ne triche pas. Réserve défiante de règle, réserve sans indulgences. Et sa réserve m’a atteint, d’ailleurs je n’ai pas essayé de la contrer. J’ai fait preuve de pudeur alors qu’ »il eût fallu que j’arrogance », quitte à être excessif et théâtral. Je n’ai pas embrassé NY, NY ne m’a pas embrasé.

Arnaud pose au cours du séjour deux questions purement rhétoriques. La première est : « mais que disent les Américains lorsqu’il arrivent à Paris, ville-musée ? » Sous-entendu : comment peut-on s’émerveiller dans un New-York sans histoire, où, en architecture par exemple, il n’est que question de néo ?

La deuxième : « serions-nous capables d’organiser un programme de visites digne d’intérêt autour de Montpellier ? »

Si on fait la synthèse, Arnaud adresse une critique sévère concernant ma façon de faire du tourisme ; il se demande légitiment s’il est pertinent de se perdre à l’autre bout du monde, croyant y trouver une herbe plus verte – « croyant », précisément parce qu’on ignore son décor de proximité.

Un autre esprit fort et lucide avait déjà formulé ce point de vue. Seuls les exemples changeaient. Lionel se demandait s’il était raisonnable d’en faire des tonnes sur Central Park alors qu’il y a en France des parcs bien plus beaux, naturels de surcroît. Il s’interrogeait également sur l’impératif de se rendre au MET quand on est à NY, alors qu’on n’a jamais mis les pieds au musée Fabre.

IV] ♫ Note positive ♫

Un moment de grâce. Sur le ferry qui nous conduit à Ellis Island, je regarde la statue de la liberté plantée devant la perspective lointaine du pont de Brooklyn. Je jauge les deux monstres sacrés de NY.

sLB

Mon regard glisse de l’un à l’autre, allers-retours entre cuivre et acier.

Sofpont (dame de fer)

SL2 (dame de vert)

J’ai l’impression d’être à la place de Bartholdi dans la rade de New York au moment de l’inauguration de sa statue. On raconte qu’il appréhendait ce moment, craignant que son oeuvre soit éclipsée par l’ouvrage de l’ingénieur allemand Roebling. Je suis à cet instant dans la peau de Bartholdi, acteur in situ et non plus simplement lecteur de sa biographie.

Domi-Nÿc

Notes

[1] Recherche « Pierre Louÿs » avec gogle image

PL

[2] Chien dans un jeu de quilles ? Que dire de Clem portant les couleurs de San Francisco au Chelsea Market ?

SF

[3] Clin d’oeil à Manou

WM

[4] Pompier à NY surnommé « heros ».

pompier (Ecussons des pompiers du monde à la chapelle St Paul, Ground Zero)

 

 

YouOuuuuh

25 mars 2016

 

filles1

Sur les champs blancs de Chamrousse,

des papillons à jolies frimousses

bifurquent YouOuuuh sans crier gare.

filles2

Sur les fragiles ailes du hasard

ils virevoltent en courses folles,

vols tumultueux sans boussole,

tout enivrés de l’air vif et pur

dans un ciel serein et bleu azur.

filles3

Comme dit le poète au mûr prestige :

« fleurs sans tiges qui voltigent »!

papillonvert

Intempestifs et serrés leurs virages,

sans clignotant, sans ambages.

Gerbes de poudre dans les yeux,

en mettre plein la vue, leur voeu ?

fille4

Et quand le soleil se fait la malle,

par un tour de passe-passe fantomal,

nos dames se font papillons de nuit,

autour d’un lampadaire, phalènes en folie.

papillonsnuit

nuit

*************************************************

Allez, on arrête ces conneries de romantisme à la…mords-moi-le noeud. On passe aux choses sérieuses, à la vraie poésie.

La plus belle définition de « mater » que j’ai trouvée, YouOuuuh  :

« Mater une femme, c’est d’ores et déjà lui faire l’amour en imagination. Nous la caressons, nous l’étreignons, nous la prenons avec les yeux[...] Le matage se faufile le plus loin possible dans les plis, s’implique le plus longtemps possible entre les chairs[...] Nous matons tout ce qui fait fente chez les femmes. Ce qui se pénètre du regard, des doigts, du corps ou seulement du rêve ; ce qui nous invite à entrer.. Et leur coquetterie si spécifique renforce notre désir de succombance, notre sensation de plongeon. De leurs yeux ou de leur bouche maquillés jusqu’à leur postérieur fendu, tout y est entonnoirs de velours[...] La femme est fentes en mouvement[...] Pulpeuse, elle offre davantage de plis, de portes exploratoires. Gracieuse, elle laisse le tremblé de la vie innerver sa matière, faire danser ses replis et et ses ombres, et nous ployons. »

Com and co

22 mars 2016

What’s up ?

Les Alunés innovent un concept 2.0 dans l’organisation d’un we ski à Chamrousse. A la recherche du consensus, ils combinent le ponctuel et le continu dans les échanges : petits repas réguliers (où les commensaux traitent les grandes questions de colocation/covoiturage…) et usage intensif de l’outil collaboratif  Whatsapp  pour une correspondance plus légère, sans interruption.

 

casque

Les Alunés unis comme les doigts de la main : « We are together, for ever, for the pire and the meilleur ! »

Slogan éprouvé dans sa totalité, pris dans toute sa vérité. En un mot, com-pris. C’est l’occasion de s’arrêter sur une syllabe, le préfixe com, et ses avatars con, co, col, … qui expriment une idée de partage ou de condition commune.

Exemple 1 : D’abord, un clin d’oeil  à mes condisciples de la section MGEN des Alunés

MGEN

et en particulier à mon collègue « Ecureuil », un confrère en or : matheux hors-pair, personnage hors-champ sur la photo ci-dessus, skieur hors-piste (probablement mû par l’appel de la forêt).

Le cosinus et le sinus définissent l’abscisse et l’ordonnée (c-à-d les coordonnées) des points du cercle trigo.

Dommage collatéral de ce premier exemple : on perd un compère peu enclin aux sujets sérieux.  Vite, il faut sauver le soldat Guigui

casque

ranimer celui qui se complait dans le stade anal avec une dose concentrée de pipi-caca-popot-QQ.

Une définition de Guigui en Contrepet : Non au « dîner en pensant », va plutôt pour « piner en dansant ».

Avec Guigui, faut que ça pète. Qu’on pète ! Alors com-pète : Guigui imagine un nouveau jeu de société, une version remastérisée de the voice, baptisée the noise. Le principe : un jury de pétomanes auditionne à l’aveugle des candidats aérophages avant de les coacher. On conjecture qu’aucun d’eux ne résistera à celui de Carine, chic et mignon, quand cette dernière entonnera un péan enflammeur/pet en fa mineur.

Exemple 2 : les Alunés sont des copains (au sens étymologique) : la bande de potes partagent régulièrement leur compote, leur popote, voire leur popot. Souvent « pleins du jus de la treille », ils laissent « leurs sens au fond de la bouteille » : copains, ils n’en sont pas moins co-vins. Communion des Alunés  !

covin

Exemple 3 : Chez les amoureux, la nana avec ses miches et son four est la compagne et, pour rester dans le champ lexical du pain, le mec pourrait dire de sa moitié : « c’est ma mie« . Mais, avec son pain au lait entre les jambes, militant pour la séminophagie et le blanc manger coco, il préfère dire : « c’est ma copine ». Par analo(r)gie, le mec est le co-con et, si le partage est ouvert à un tiers, il est très con car co-cul/cocu.

Exemple 4 : Que dire du casque de Guigui ?

 

casque

1) Go-Pro pour une co-pro de Jackie et Michel ?

JM (image non contractuelle)

2) Ou casque de poilu ?

Quoique plus épais qu’une casquette de San Diego,

SD

il n’aurait pas évité au surfeur Alex une commotion cérébrale après sa lourde chute dans la descente des Gaboureaux. Sof et Dom, aux premières loges lorsque l’accident survient, compatissent au sens propre : l’émotion est trop violente, ils sont victimes eux-aussi d’une défaillance.

KO+KO+KO = KO à gogo =  co-KO.

Lionel leur reprochera d’avoir perdu leur sang froid, ils n’ont pas eu la présence d’esprit de dépouiller le corps inerte de son forfait (revendable à prix d’or sur le marché noir).

Certains fins limiers relèvent des incohérences dans le récit des témoins. Ils portent le pet : ils soupçonnent Dom d’avoir brutalement arrêté Alex dans l’exécution d’un saut artistique par un coup de ski à la tête. Pour la défense de l’accusé, David (avocat non commis d’office) plaide en faveur d’un roulé-boulé anodin d’Alex,  converti comme à l’accoutumé par le footeux en une parodie d’attentat. Cinéma convenu, et ce n’est pas un rôle de composition !

A contrario, Cyril fait preuve d’un calme olympien. Il se paie le luxe d’immortaliser de funestes scènes avec le portable, il suit à tombeau ouvert la barquette de Frédo-le-pisteur jusqu’au centre médical et, lorsqu’il sort du cabinet, à la question pressante « alors ? qu’est-ce qu’il a ? », il répond par une pantomime cyrilline  sibylline avant de retourner auprès du blessé.

signation

Certains y voient un geste de prêtre en chaire, une triple « signation » sur le front, les lèvres et la poitrine : ils se préparent à présenter leurs condoléances.

 

Toute puissance

10 mars 2016

gide_grain

Le petit André est couché, mais il entend des sons inhabituels, « des bruits de voix, des frémissements d’étoffe, des chuchotement et des rires ». Cédant à la curiosité, il sort de la chambre, descend les escaliers à pas de loup pour voir ce qui s’y trame. Scotché à travers les fers de la rampe, il découvre autre chose que la « vie ouverte et diurne » : des dames somptueusement parées et des messieurs élégants dansent. Ce bal est pour lui la première manifestation d’une « seconde réalité », d’un monde parallèle, « à côté du réel, du quotidien, de l’avoué ».

Cela me rappelle une croyance de mon enfance. Ma réalité était bien moins épaisse que celle du petit André. Sans aucune imagination, j’étais convaincu au contraire qu’il n’y avait pas de vie en dehors de mon champ d’action, que l’autre n’était et ne s’animait que sous mon regard de démiurge.

Conviction renforcée lorsque je m’éloignais du cadre familier : en arrivant à l’étranger de nuit et par avion, à travers le hublot, je regardais avec perplexité les feux de voitures progresser dans des directions inconnues sur des routes invisibles.  Mais où allaient-elles ? Non-sens ! J’étais face à une absurdité, il n’y avait pas de destinations/destins possibles en bas puisque ceux que je ne pouvais distinguer du ciel étaient par définition des non-êtres.

Poursuite dans le mystique avec l’expérience extraordinaire de Gide, le 01/01/1884. Un canari tombe du ciel et se pose sur sa casquette, « à la manière de l’esprit sain ». Il a alors le sentiment d’ »avoir été célestement désigné par l’oiseau ».

Il ne m’est jamais arrivé de telles aventures – tout au plus une fiente de margouillat qui finit sa chute libre dans mon assiette de riz – mais, gentil garçon obéissant – à qui il a toujours plu d’obéir – « travaillant sans cesse à diminuer ses imperfections », enclin à l’ascèse, j’ai espéré un moment me révéler élu de Dieu, un messie enfin de retour. Je me suis cependant vite rendu à l’évidence, j’en suis venu même à souhaiter un « Charlie, t’iras pas au paradis » plein les watts pour mon grand départ, mais malgré ce contre-pied de cabochard, je me demande si j’ai entièrement  « renoncé à l’ambition secrète de devenir un saint. »

Mon ami Davy a connu sans doute quelque chose d’approchant. Pourtant Davy et moi ne nous ressemblions pas. « Tout son être éclatait de joie, de santé et d’une espèce de turbulence intérieure qui le faisait inventer sans cesse quelque excentricité, par quoi il s’auréolait de prestige à mes yeux » alors que, « déplorablement timide, perclus de réticences, paralysé de doutes », j’étais -en forçant le trait- « un de ces êtres de second plan qui ne semblent figurer dans la vie qu’en comparse et pour grossir un nombre. » Malgré nos différences, Davy était aussi un petit gars bien sous tout rapport, qui soignait son image d’enfant-modèle. Aussi, il désespérait d’éviter le vice solitaire et me faisait part de ses dépressions post-masturbatoires.

 

Buzz à tout prix ?

10 mars 2016

Deux oiseaux a 2 lecteurs à la Réunion, 4 ou 5 entre Alès et Montpellier, ce qui fait en arrondissant par excès 10 « followers ».

Les chiffres ne trompent pas : je ne suis pas un membre influent de la blogosphère.

J’écris ici en espérant être lu mais j’en ai pris mon parti : le succès est nul, je ne connaîtrai point la gloire à travers ma prose malgré tout le soin que j’y apporte.

Je me console comme je peux : « la qualité des critiques (applaudissements ou exaspérations) importe bien davantage que leur nombre. »

Et, des critiques, j’en reçois des salutaires, des vivifiantes.

  1. Lorsque je feins de redouter des représailles de la part de Sof après la publication ici-même d’une photo de celle-ci en maillot de bain alors que j’ai souhaité ardemment sa reprise et le buzz, Guillaume remet les horloges à l’heure : « ça va, tu ne vas pas nous en chier une pendule, en même temps ton blog a 3 lecteurs ».
  2. Une autre fois, Cyril sans prendre de gants : « j’ai commencé le dernier billet, ça m’a gavé au bout de deux lignes, j’ai zappé… »

J’accueille ces remarques âpres avec intérêt, elles m’autorisent par la suite à savourer sans frein les louanges parce que les éloges échappent du coup à toute suspicion de pollution par des considérations d’amitié.

Par ailleurs, je prends plaisir à ce genre de déconvenue car « une sorte de morosité naturelle m’enfonce dans cette résolution de rebuter (parfois) les lecteurs ». Je cultive « cette diversité d’humeur qui me force, aussitôt délivré d’un billet, de bondir à l’autre extrémité de moi-même et d’écrire potentiellement le moins capable de plaire. »

Remarque : j’ai découvert le joli mot « amphigouri », synonyme de galimatias. Je crois que le paragraphe précédent en est une jolie illustration.

Ne pas me tenir à un genre, ne pas consentir à suivre une route toute tracée, ne pas être où l’on me croit, être en définitive où il me plaît. Voilà sans doute un secret de longévité de deux oiseaux.

(Billet rédigé en pillant les pages 249:251 de Si le grain ne meurt, André Gide, Gallimard Folio)

 

Chasse et collection

10 mars 2016

A] Dans la cage

Notre équipe de foot considère le score comme secondaire. D’ailleurs, au moment de la saisie des feuilles de match sur internet, il n’est pas toujours aisé d’en trouver un qui soit sûr du résultat, et pas seulement parce que les doigts des deux mains ne suffisent pas à compter le nombre de buts encaissés.

L’essentiel chez les Blaugrana (nom de notre équipe) se trouve dans « le fond de jeu ». On cherche la jolie combinaison, le bon décalage, la fluidité … bref tout ce qui est mis en oeuvre pour marquer. La concrétisation devant le but n’est que la cerise sur le gâteau, c’est pourquoi en vrai on se contente bien souvent de … la guigne.

Cette idée, largement partagée par les footeux du dimanche, est banale … à moins de la placer sous l’é-Gide de André.

gide_grain

B] Hors de la cage

A la maison de sa grand-mère paternelle à Uzès, dans le bois de l’épaisse porte de la remise, il y a un trou au fond duquel est logée une bille. André essaie fiévreusement de l’en extraire mais son doigt glisse sur la surface ronde, il n’a aucune prise. L’année suivante, André revient à la charge après s’être laissé pousser l’ongle de l’auriculaire et parvient enfin à sortir la bille de la cavité. Le trésor de guerre devient en quelques secondes un objet banal, son triomphe est modeste. André replace la bille dans sa cachette. Précellence du jeu sur le but.

C] Dans la boîte

A la mort d’un cousin éloigné, André hérite d’une jolie collection d’insectes. La famille a jugé qu’il en est le plus digne compte tenu de sa passion pour l’entomologie. Mais son plaisir n’est que modéré car en définitive les 24 boîtes bien garnies de l’héritage ne pèsent pas lourd auprès des quelques spécimens qu’il a lui-même capturés et épinglés. « Ce que j’aimais, ce n’était pas la collection, c’était la chasse. »

Maître ou donneur de leçons ?

1 mars 2016

Lecture des notes de Michel Tournier (M.T) juxtaposées dans son journal extime.

extime

Je tente parfois de lui donner la  réplique. Exemples :

  1. M.T., né un 19 décembre, regrette de ne pas avoir vu le jour pendant la « trêve des confiseurs », entre Noël et le jour de l’an, durant un « vide temporel » (p. 254).
    A chercher « une parenthèse hors du temps », j’aurais choisi le 29 février. Cela aurait en plus apaisé l’allergie à la fête de mon anniversaire.
  2. M.T. est le fils d’un monsieur Tournier et d’une demoiselle Fournier. La quasi homonymie des deux noms de famille l’amuse (p.52).
    Que dire alors d’une demoiselle Hoar()au qui épouse un Hoareau ? Elle a mis de l’ »e » dans son vin ?
    rocharlot

  3. M.T. admire sur la plage deux jeunes femmes « triomphalement charnelles ». « Nez épatés et retroussés », « porcines avec leur mufle épais et sensuel » mais « éclatantes de fraîcheur ». Négation des canons de beauté actuels. Il a raison à un détail près. Elles peuvent être fines et en même temps « fusionner en une seule pulsion l’appétit alimentaire et le désir érotique. » (p152)
    sof
  4. Prière de M.T. page 135 : « que ma mémoire fonctionne comme le cadran solaire qui n’indique que les heures ensoleillées. »
    A nuancer. J’avoue avoir du plaisir à convoquer ma venteuse période drômoise caractérisée par la pression des concours. C’est avec tendresse que je me revois, tête basse et corps voûté, rongé par le stress, traînant des pieds dans les couloirs froids du lycée C. Vernet de Valence, attendant avec appréhension l’interrogation orale par des « khollogres » (kholleur+ogre).
  5. Exclamation d’une petite fille dans une salle de ciné à la fin d’un péplum : « Ah, en ce temps là les hommes étaient quand même plus beaux qu’aujourd’hui ! » (p.147)
    100% d’accord. J’en veux pour preuve une photo exhumée de mon … antiquité :
    Ñ
  6. Le jour préféré de M.T. est le vendredi (p.110). Pareil pour moi.
    Je précise. Si l’homme devait s’identifier à un jour de la semaine, le vendredi serait un bon candidat. Jour étonnant, plein de paradoxes. C’est le jour de Vénus (comme le lundi est le jour de la lune, ou le mardi celui de Mars), le jour de l’amour physique, le jour de la chair. Et en même temps, celui du poisson, celui de la crucifixion du Christ, celui d’ »une charogne clouée sur deux poutres. »
  7. On a vu au théâtre le Point Com le journal de Brigitte Jaune
    bridgetjaune
    La comédienne est boulotte mais sans complexe, pétillante et charmante. Grosse mais « majestueuse ». Avec de la fraîcheur, « la chair surabondante paraît irriguée de vie et même d’esprit. » Sans fraîcheur, « la chair échappe à l’esprit sous forme de bourrelets, de bajoues, de boudins. Ce n’est plus l’épanouissement de la fleur, c’est le pourrissement du fruit trop mûr. » (p.245)

A] La couverture de la collection folio

M.T. rejette le « connais-toi toi-même ». Il invite à l’exploration qui exige qu’on ouvre sa fenêtre et qu’on passe sa porte, plus qu’à l’imploration qui n’est qu’un « repliement pleurnichard sur ses misérables petits secrets ».

Aussi, quand il publie son journal en 2002, il évite le pacte autobiographique à la Rousseau – « Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été » – et il colle à son journal le qualificatif « extime« .

La couverture me semble du coup inappropriée.

extime

J’y vois un coeur, organe on ne peut plus intime, et, s’il est artificiel, il « se coule dans le décor, telle une épave envahie par les coraux des grands fonds océaniques. » (p.183)

J’y vois même, avec la tension des biceps et les mains tourmentées accrochées aux trapèzes, un « coeur gros », ce qui renvoie à ce que dit M.T. (p.246) :

« Avoir le coeur gros ». J’aime cette locution qui laisse entendre que le chagrin n’est pas un manque, mais un plein au contraire, un trop-plein qui déborde de souvenirs, d’émotions et de larmes.

De plus, la tête du photographe – il s’agit d’un autoportrait de Minkkinen – est rentrée, plus en introspection qu’en mode autruche, comme si l’individu se penchait (avant de s’épancher) sur/dans « la seule partie creuse du corps, le thorax formant cage de résonance où le coeur bat son tam-tam joyeux ou inquiet. » (p.233)

B] Une autre couverture ?

J’aurais choisi pour la couverture de journal extime une autre photo de Minkkinen.

Arno-Ragael-Minkkinen

Pour deux raisons. D’abord, elle évoque un thème cher à MT : « je n’en aurai jamais fini avec les miroirs » (p. 85).

Ensuite, elle fait penser au monstre du Loch Ness et, comme le dit M.T. lui-même (p.104), l’écrivain, qui apparaît « ambigu et pervers », « tout sauf rassurant et franc du collier », a quelque chose de monstrueux.

Comment ne pas tiquer

  1. quand M.T. ramasse au mois d’avril sur les routes tunisiennes un enfant qui fait de l’auto-stop, et remarque au mois de novembre sur sa vitre couverte de buée l’empreinte d’un pied nu ? (p.79).
  2. quand une petite fille qui vient passer la journée chez lui au mois de juillet se met toute nue au soleil et que M.T. s’amuse de « l’esbaudissement » de son jardinier ? « je crains un moment que distrait il ne se blesse avec sa faucille ou son sécateur. » (p.140)

C] Maître ou donneur de leçons ?

Refus donc pour M.T. du centripète. Aussi, au mois de mai, lorsqu’il rencontre les enfants d’une école, il leur dit (p.108) : « écrivez chaque jour quelques lignes dans un gros cahier. Non pas un journal intime consacré à vos états d’âme, mais au contraire un journal dirigé sur le monde…« 

Pourtant – faites ce que je vous dis de faire et non pas ce que je fais ? – M.T. fait état au mois de janvier de l’hypertrophie de son petit coeur révélée par une échographie cardiaque (p.16), au mois de décembre d’une « petite douleur au côté gauche, à une dizaine de centimètres du nombril » (p.243), et au mois de juin, le vieil homme est encore plus bavard : « après les douleurs à la rate[...], les rhumatismes aux deux pouces [...], la pointe aiguë entre les omoplates[...], et un rhume qui m’a transformé en fontaine de morve, voici qu’une douleur sciatique[...] Ma carcasse ne sait pas quoi inventer pour exhaler sa hargne. Un jour, elle inventera de crever. » (p.126)

 

Merci patrons !

26 février 2016

J’ai eu au cours de mon adolescence deux « protecteurs », deux cousins plus âgés qui m’ont pris sous leurs ailes avant que je ne vole des miennes.

Le premier m’a offert sur un plateau « la toute première fois » ; parleur intarissable, il réussit à convaincre une nénette plus âgée que dépuceler un garçon dont il a vanté les mille qualités serait une affaire.

J’ai pensé à ce cousin en lisant ce passage (p137-138) du lièvre de Patagonie de C. Lanzmann :  Mais comme les lionnes entraînent leurs lionceaux à la chasse, Monny [le beau-père de Claude] nous instruisait lui aussi, mon frère et moi, des manèges de la séduction, de mille ruses et stratagèmes, tous fondés sur l’effet de surprise créé par son maniement éblouissant du langage [...] Une grande belle femme, trentenaire au visage sévère, accompagnée de sa suivante, allait nous croiser et soudain la sombre voix sépulcrale de Monny l’arrêta net, l’interloquant dans sa marche, irrésistiblement : « Ô madame, ne marchez pas sur mon ombre, elle a mal ! » Alors, sans lui laisser le temps de passer son chemin et de reprendre contenance, Monny lui prit la main, la baisa avec cérémonie et, me désignant : « je vous présente Claude, mon beau-fils, un garçon génial, interne au lycée Louis-le-Grand, qui revient de la guerre »[...] Monny seul parlait, je me taisais, il me glorifiait pour faire de moi un objet de convoitise.[...]Monny proposa alors d’aller prendre un verre[...] Elise, tourneboulée,[...] ne put résister aux couronnes de louanges qui m’étaient tressées. Elle devint ma maîtresse le samedi suivant[...]

Mon petit doigt me dit que vous en voulez encore un chouia de Lanzmann, avant que je ne revienne à mes patrons.

Puisque je faisais de la philosophie, ma belle patronne tenait à ce que je lui en enseignasse. Il était impératif[...] de commencer par des conversations élevées, avec objections et, de ma part, réponses qui devaient emporter l’adhésion.[...]jusqu’au moment où elle se penchait, inclinant sa blonde tête et son assez forte mâchoire vers mon sexe bandé qu’elle mordillait longtemps, longuement, sur toute sa longueur, à travers mon pantalon, dans un va-et-vient torturant, sans que -c’était l’apogée du rituel – je cessasse de philosopher. Je n’étais autorisé à me taire que lorsqu’elle entreprenait brusquement de me violer, me défaisant pour me libérer sans elle-même se déshabiller, la jupe en corolle masquant le délit. Et tandis qu’elle me chevauchait, elle répétait avec une ardeur croissante : « vous êtes beau, Claude, vous êtes beau, oh, Claude, vous êtes beau. »

Je n’ai pas eu droit à ce refrain, j’en conclus que je ne suis pas doué de tant de beauté.

La deuxième figure tutélaire est mon couz Jo qui faisait partie de l’élite du cyclisme réunionnais. Rigoureux et exigeant avec lui-même, Jo ne s’autorisait le dimanche soir une grosse coupe du meilleur glacier de Saint-Denis que s’il avait fait un podium. Contre-performance rimait avec diet. J’ai imité cette pratique (sur laquelle plane sans aucun doute l’influence de cette p… d’éducation judéo-chrétienne) dans ma gestion des branlettes. Je me livrais avec délice à l’onanisme le samedi soir si, et seulement si, à l’issue de mon match de foot, l’évaluation grossière de mes stats (nombre de ballons récupérés, de passes réussies…) en était digne.

On note que, pour Jo et moi, le narcissisme est omniprésent.

  1. Si assouvissement du désir (plaisir de la bouche/masturbation) il y a, c’est parce qu’on se voit bon/beau ; d’ailleurs, cela fait penser à celui qui se paluche en se regardant devant un miroir.
  2. Si privation il y a (« nous nous aimons nous-mêmes en tant qu’êtres neutralisant leurs propres désirs »), l’autopunition (à rapprocher de la mortification) est vécue comme une autorécompense.
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