Archive pour juin 2013

Abus sexuels, cas d’école

Vendredi 28 juin 2013

(Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline, 200 premières pages)

En 4ème de couverture de l’édition folio de  Mort à crédit, on lit : « La Seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C’est moi le printemps. »
On pourrait s’attendre en ouvrant le livre au récit d’une enfance heureuse. On pourrait s’attendre à voir le jeune Ferdinand rayonner comme un soleil dans sa ruelle (le passage des Bérésinas) malgré « l’urine et les petits clebs, la crotte, les glaviots, le gaz qui fuit. »  Il n’en est rien et il faudra sauter à la page 171 pour relever une note positive dans le développement du jeune Ferdinand : « Je grandissais de l’âme…de partout…je devenais sublime. » Le reste est sombre, noir, déchirant. Âmes sensibles s’abstenir !

L’atmosphère familiale est étouffante – on n’avait qu’une seule chose de commun, dans la famille, au Passage, c’était l’angoisse de la croûte…Dans chaque piaule, la peur de manquer elle suintait des murs… (p. 158)

L’éducation chez Ferdinand est réduite aux raclées et aux reproches. Entre père et mère, Ferdinand ne préfère personne : « Pour les gueulements et la connerie, je les trouve pareils. Elle cogne moins fort mais plus souvent (p.68) ».
Aux torgnoles (p.75) d’un père colérique à qui il vient « comme de la vapeur à la place des mots » (p.194), s’ajoutent des expériences sexuelles pour le moins traumatisantes.

1) Une cliente à qui son père livre un petit meuble lui propose un bonbon et l’isole dans sa chambre.

« Elle retrousse son peignoir brusquement, elle me montre toutes ses cuisses, des grosses, son croupion et sa motte poilue, la sauvage ! Avec ses doigts elle fouille dedans…  »

Elle accompagne le geste d’une invitation ignoble :  » Tiens mon mignon ! …Viens mon amour !…Viens me sucer là-dedans ! »… … elle se l’écarte, ça bave. (p. 59)

2) Suit une autre scène (p.66) chez les Pinaise. Pendant que sa mère s’évertue à vanter et vendre ses dentelles, le couple fait passer le garçon derrière le divan. « Claques d’amitié  » et pelotage. La mère fait semblant de ne rien voir.

Pas surprenant que le garçon se mure dans le mutisme. Il n’aime pas les questions et, même si elles sont bienveillantes, il se renfrogne aussitôt (p.99). D’ailleurs, le Ferdinand-narrateur adulte qui ne s’exprime que de façon directe, crue et ordurière, n’aiment pas les gens qui parlent, ceux qui disent plein de choses sans dire grand chose (p.13).

Ce repli sur soi caractérise un sentiment de culpabilité constant. Ferdinand vit mais « c’est naître qu’il aurait pas fallu »(p. 56). En toute circonstance, il demande pardon… »pardon d’avoir été insolent » (p.64)… « pardon d’avoir été toujours méchant » (p.140).

« je me cherchais dans les tréfonds, de quels vices immenses, de quelles inouïes dépravations je pouvais être à la fin coupable ?  je ne trouvais pas très bien…j’étais indécis…j’en trouvais des multitudes, j’étais sûr de rien…(p. 156)

Maigre comme un coucou, Ferdinand ne tient pas beaucoup de place et pourtant il aurait voulu pouvoir se rapetisser toujours (p. 103), voire disparaître (p.193).

Souffre-douleur qu’on accable de tous les maux, il retourne la violence dont il est victime sur son petit chien Tom. Il reproduit ce qu’il endure -« J’ai   voulu lui faire comme mon père…il se couchait pour demander pardon. Il faisait comme moi exactement » (p.69)- avant de masturber l’animal.

Et de masturbation, il en est question comme un symptôme supplémentaire d’abus physiques et sexuels. Masturbation obsessionnelle, compulsive, en solitaire (p.78), ou en groupe avec « le fils d’un représentant » (p.122), avec le petit André (p.148), avec Robert pendant que Mme Gorloge se fait  prendre par Antoine (p.188). À tout-va, il « se tape un violent rassis » (p.78), il « se tire un peu sur la glande » (p.104).

Ferdinand s’astique (à en avoir des cernes), mais il n’est pas pour autant propre.

  • en se rendant chez la tante Armide : « On avait si hâte d’arriver que je faisais dans ma culotte…d’ailleurs j’ai eu de la merde au cul jusqu’au régiment « (p.48)
  •  « Comme défaut en plus, j’avais toujours le derrière sale, je ne m’essuyais pas, j’avais pas le temps…je faisais caca comme un oiseau entre deux orages… »(p.70)
  • « je n’ai jamais eu le temps de me torcher tellement qu’il a fallu faire vite (p. 159) ».
  • Après l’obtention du certificat : « j’avais pissé dans ma culotte et recaqué énormément,…j’étais tellement infectueux qu’il a fallu qu’on se dépêche. » (p.140)
  • Première relation sexuelle, dépucelage sordide, il est violé par Mme Gorloge (celle qui a « des cuisses comme des monuments, …et du poil au cul (p.174)) : « Elle remuait tout le plumart en zigzag…c’était un vampire…je voulais pas tout enlever mes frusques…je savais que j’avais de la merde au cul et les pieds bien noirs…je me sentais moi-même. » (p.189)

Page 70, Ferdinand dévoile en partie pourquoi il se fait écoeurant : « je gardais la crotte au cul des semaines. Je me rendais compte de l’odeur, je m’écartais un peu des gens. » Il espère sans doute que les autres s’écartent aussi de lui !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Thank you for the music

Mercredi 19 juin 2013

Edito d’un magazine lu à la volée au tabac-presse : les  émotions esthétiques les plus intenses sont souvent mêlées à des éléments prosaïques  et sont vécues lors d’ expériences  grossières. Loin d’une rencontre avec la beauté à l’état pur, la puissance émotive s’exprime lorsque la beauté, incarnée dans une forme « parasite », peut ressortir par contraste. La comparaison culinaire est  opérante : « on apprécie le sucre quand il sucre le café, on ne saurait vraiment le manger à pleines cuillerées comme une quelconque semoule… »

J’ai le souvenir d’avoir été transporté par un « close your eyes, give me your hand… » fredonné par une copine de Terminale. Première fois que j’entendais un fragment de la mélodie de Eternal Flame. J’ai demandé à la copine de rechanter, encore et encore, alors que son interprétation aurait pu nourrir la batterie de casseroles de la Nouvelle Star, alors que ça grouillait autour de nous, alors que ça s’agitait dans les couloirs. Si j’ai écouté par la suite en boucle le morceau des Bangles, je n’ai jamais retrouvé la charge affective initiale dont la quête était désormais réduite à celle d’un fantôme.

 

J’ai la peau dure.

Lundi 17 juin 2013

Ardèche, Ruoms, piscine du camping du Ranc Davaine. Les potes curieux  s’enquièrent du suivi dermatologique que mes névus requièrent ; Nathalie (qui n’a jamais fait de la psychologie son affaire),  lâche : « y a rien à faire, y en a trop ! », grimace et intonation teintées de dégoût à l’appui.

L’anecdote m’inspire deux choses :

1) Me voilà en Tartuffe, tricheur, imposteur, prêt à jurer être, en toute circonstance, bien dans ma peau. Voilà Nath (et son franc-parler) en Dorine :

« Et je vous verrais nu du haut jusques en bas

que toute votre peau ne me tenterait pas. »

2) Le message des dermato, à savoir « pas de soleil, il faut les protéger », est perverti : « pas de lumière, il faut les cacher ». C’est le comble du névus, vulgairement appelé grain de beauté.

 

 

 

Entre ici…Jean Moulin

Jeudi 13 juin 2013

Querelle d’experts sur la panthéonisation du Résistant Pierre Brossolette. Pour les détracteurs, faire franchir à ce dernier le pas de la porte du Panthéon, c’est mettre la mémoire de J. Moulin en porte-à-faux ; Peut-on allonger Brossolette à côté de Rex alors que, de leur vivant, les deux hommes avaient  l’un pour l’autre une haine viscérale ? J. Moulin aurait même après une violente dispute baissé son pantalon pour lui montrer son cul.

Petit conseil à tous ceux qui s’opposent au transfert des cendres de Brossolette (et qui sans-porte s’emportent) . Se rassembler à l’entrée du monument et s’inspirer de cette « oeuvre » (vue dans le quotidien de Tom) :

Entre ici...Jean Moulin porte-225x300Drôle de devanture, une porte un peu « toc-toc » qu’on a envie, au choix, de claquer ou d’enfoncer.

Seul hic : avec autant de courants d’air, on pourrait y entrer comme Jean dans un Moulin.

PS : j’ai un petit compte à régler avec la communauté des portes dont un membre, en se refermant violemment ce we, a cassé l’index droit de Clem.