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Archive pour juillet 2013

Théorie du drone

Dimanche 14 juillet 2013

Théorie du drone, Grégoire Chamayou, La fabrique éditions.

Ghost, Predator, Reaper (faucheuse), des noms évocateurs pour l’arme de guerre qui a le vent « Obama-drone- mania » en poupe. Le drone ! c’est l’oeil-revolver de Dieu. Regard du ciel, permanent, sans angle mort et hypermnésique, qui punit si besoin est, qui anéantit l’axe du mal. L’antiterrorisme revêt la forme d’un terrorisme d’état.

Et si le drone américain tue quelques chefs du djihad, ce sont aussi les héros mythiques made in USA qui disparaissent, avec leurs attributs testostéronés (bravoure, goût du risque, mépris de la mort et esprit de sacrifice). Explication : Le véhicule est sans équipage, chomage technique à Top Gun. Le transfert de virilité a lieu : le drone ( « bourdon » en anglais, sans dard et à la merci des abeilles), successivement cible d’entrainement pour les pilotes américains et engin de reconnaissance en milieu hostile, est désormais muni de missiles. L’opérateur (boutonneux et à lunettes ?),  installé derrière sa console au fond d’un hangar climatisé dans le Nevada,  est de toute évidence moins bandant que Maverick ou Rambo prêts à mourir pour la patrie.

Il faudra quand même le décorer ! Télé-combattant, t-es-laid-combattant. Comment redorer le blason d’un bourreau en mode play-station ?  Invoquer le syndrome du stress post-traumatique pour une restitution illusoire d’un morceau de bravoure.

L’arme fantasmée est à portée de main. Pouvoir guider sa charge jusqu’à la cible avec une allonge qui rend invulnérable. L’arme est disjointe du corps, à l’opposé du kamikaze dont le corps est l’arme.

Progrès ? Comme souvent avec le fantasme, le passage à l’acte est décevant et le drone, vendu comme « formidable », apparaît « fort minable ». C’est l’arme du lâche, perçue par les populations d’Afghanistan&co comme telle. La conquête des « coeurs et des esprits », au centre de la guerre contre-insurrectionnelle (COunter INsurgency), est négligée. COIN with drone isn’t worth a coin : au lieu de désolidariser la population de l’ennemi, l’usage du drone génère du ressentiment populaire et alimente les rangs ennemis, pour une guerre sans fin. « Whatever ». L’unité de temps est rompue.

Il n’y a plus de front, plus de combat, plus de résistance. Si la guerre n’a jamais été un sport de combat à armes égales, l’asymétrie est poussée à sa limite avec la télécommande. Par absence de réciprocité, la guerre devient une chasse à l’homme et, dans cette logique proie/prédateur où le gibier humain fuit la confrontation, le terrain de chasse n’a plus de frontières. Le drone dynamite la bipolarité « zone de guerre/zone de paix » en des éclats de violence (« cible et son halo d’hostilité ») qui souillent le monde entier. L’unité de lieu est rompue.

Dans quel cadre légal se déroule alors ce nouveau genre de guerre ? Les deux modèles en vigueur, droit des conflits armés (qui exige une zone circonscrite de conflit et une certaine réciprocité) et droit de légitime défense étatique (qui exige une réponse proportionnelle à la menace), sont caducs. L’escouade de juristes américains bataille pour faire des violations actuelles du droit international  une troisième voie tracée sur mesure pour l’usage du drone.

« Drone de guerre » qui ne respecte plus les règles canoniques de la tragédie. Plus d’unité de lieu (salle d’opération ou terrain ?), avec cette distance de sécurité. Plus d’unité de temps non plus, avec ce décalage temporel entre terrain et écran appelé latence du signal. Tout au plus, a-t-on un théâtre d’ombres chinoises , un « spectacle fantomatique » où le méchant n’est qu’une image…en différé.

Les marchands d’armes, leur VRP de choix (armée) et son cortège d’intellos favorables au drone affinent leurs éléments de langage pour rendre l’Objet Violent Non Identifié séduisant.

  • Guerre sans risque, zéro mort ! Forte coloration nationaliste  dans le dualisme « les autres/nous », martelé -that others may die- au point d’occulter le traditionnel « combattants/civils ».
  • Précision optimale qui annihile les dommages collatéraux et qui en fait-attention oxymore-une arme humaine. Si l’acuité visuelle peut être reconnue (quitte à négliger le temps de latence), la précision achoppe sur une zone d’impact (rayon létal = 15m) non négligeable. Quid de la finesse dans l’identification des cibles, de la précision dans la discrimination entre civil et combattant ? Mis à part les « wanted », le combattant est non repérable…faute de combattant-ennemi. Comment procède-t-on ?  Grâce au drone, on compile les données sociales des individus au sol, leur emploi du temps et leurs déplacements pour en faire des « chemins de vie » et tout écart avec les habitudes fait de l’individu un suspect, un militant probable, et peut lui être fatal. On est loin du « guilty beyond all reasonable doubt ».

 

 

Clem en escogriffe

Lundi 8 juillet 2013

- Papa, si tu veux acheter 100 voitures, le magasin va te faire un prix. Quel prix pour 100 voitures ?

-Ils peuvent te faire au moins une remise de 20%.

- OK ! Alors tu vas à la banque. Tu empruntes pour acheter 80 voitures, le magasin t’en donne 100. Tu dis à la banque que tu ne peux plus rembourser. La banque saisit les 80 voitures et, toi…t’as gagné 20 voitures. On le fait !