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Archive pour octobre 2013

La chèvre

Mardi 22 octobre 2013

C’était une tentative de suicide médiatique. Un cas d’école avec, en particulier, le choix d’un dispositif cathodique spectaculaire et la violence de l’ultime sur-sot  sursaut de vie. Suicide que personne n’aurait déploré : à  cause de son égoïsme, de sa bêtise et de son arrogance, le désespéré Evra est désespérant et détestable.

Pourquoi ne pas le laisser sombrer seul ? Pourquoi les consultants qu’il attaque ne se contentent-ils pas d’un lapidaire « no comment », mais ressentent-ils la nécessité de tirer sur l’ambulance ? Vexation ? Volupté de l’extrémisme verbal ?

L’effet constaté est contraire à celui visé et leur victoire à la Pyrrhus. Evra, c’ est le noyé sur le point de couler, paradoxalement « renfloué » comme un bouchon de liège parce qu’en lui appuyant sur la tête, on aurait décuplé la poussée d’Archimède.

J’écarte le cas Fernandel Fernandez (comique à son insu) : il est vexé comme un pou et se sent obligé de rappeler son palmarès.

C’est le cas Ménès qui m’interpelle. Réponse-boomerang à la non-légitimité du terrain que souligne Evra : « le jour où Evra fera une intervention sans massacrer la langue française, j’arrêterai ma carrière. »

Qui est la chèvre dans l’histoire ? le malappris des quartiers qui n’a pas compris qu’on peut analyser le foot avec pertinence même en n’ayant jamais chaussé de moulés, ou le journaliste cultivé qui, par son verbe haut, jouit en écrasant le faible ?

Ménès livre des éditoriaux-conversations-de-comptoir, provocateurs, décomplexés, mais du coup décomplexifiant. Peut-il ensuite s’étonner des réactions ordurières et les juger disproportionnées ?

Déclaration : « Un jour après Knysna, quand il était en campagne électorale, les larmes aux yeux, j’ai dit qu’il vendrait sa mère pour revenir en équipe de France. Il me semble que cette expression existe dans la langue française. Je ne l’ai pas inventé moi-même pour la maman de Patrice Evra qui est sûrement une femme charmante. Il faut arrêter la parano. C’est trop facile. »

Enfin, on est tenté de relativiser le manque d’éducation du  footeux  qui s’en prend de façon indélicate au physique (et aux bijoux de famille) de Ménès, quand ce même Ménès déclare que le journaliste Christian Jeanpierre de TF1, en faisant le choix de diffuser l’interview, n’ a rien dans le froc.

Si rien n’est fait …

Jeudi 17 octobre 2013

Pour alléger mon emploi du temps – j’anticipe les commentaires calomnieux en précisant que c’est possible de le faire sans vider mon service de toute substance – j’ai dû endosser plusieurs costumes, et pour commencer, celui du chasseur de têtes. A la recherche d’un doctorant volontaire et libre d’effectuer des vacations.

Après avoir hanté quelques couloirs de la fac et poussé sans succès plusieurs portes, j’ai un premier contact. Mais au bout de deux mails, l’étudiant (de nationalité syrienne) décline ma proposition. Il me dirige toutefois vers un compatriote qui pourrait faire l’affaire.

« - Mon prénom est Assad, mais rien à voir avec Bachar « , semble-t-il être obligé de préciser dans un français sur lequel ne s’est accroché aucun accent étranger et qui se révélera impeccable.

Commence alors une deuxième mission, celle d’un travailleur social. Assad ne rentre dans aucune case pour la constitution de son dossier.

  1. Il est étudiant mais a plus de 28 ans.
  2. Il est boursier selon Campus France et ne peut prétendre à des vacations. Le hic, c’est qu’il ne perçoit plus un rond depuis sept 2012 à cause de la situation syrienne.

On se rend ensemble à la DRH, avec l’espoir ténu d’un traitement autre qu’informatique de son dossier. La dame qui nous reçoit n’est pas convaincu par son histoire. Elle nous regarde avec méfiance, elle nous dévisage l’un après l’autre comme un procureur considérerait un couple suspecté d’avoir contracté un mariage blanc. Face au tout numérique, elle n’a sûrement pas le pouvoir de satisfaire la demande d’Assad, mais elle pourrait être au moins sympathique au lieu de répéter sèchement sa tautologie « la loi, c’est la loi ! »

Comment faire pour bosser moins et aider Assad qui galère de plus en plus ?

Et là, je deviens truand. Avec son accord, Assad sera vacataire à titre gracieux, je serai celui qui sera rémunéré, et je lui filerai des « enveloppes en papier kraft », comme syrien n’était.

Reste une dernière activité qui m’excite déjà : entendre le témoignage d’un Syrien, pas un témoignage de seconde main et jouer « pour un instant…pour un instant seulement »  l’apprenti journaliste.

Deux dimensions

Mardi 8 octobre 2013

Je mets la dualité « horizontal-vertical » à plat. Mais je ne gratte pas, je ne creuse pas, serai donc superficiel. Pas de profondeur et, du coup, peu de hauteur dans le point de vue.

Lu quelque part sur le net : Marine le Pen harangue ceux qui sentent (souvent de façon diffuse) une dégradation de leur mode de vie, pour un combat en 2 dimensions : une lutte verticale contre le patronat et l’élite, et une résistance horizontale dirigée contre les « autres ».

Entendu ce we : lorsque Clem récite sa leçon d’Histoire sur le christianisme, il affirme que le messie est le sauveteur.  Sauveteur ? caleçon rouge et courses au ralenti sur sable chaud ? Non, la marotte du sauveur est la perdition des âmes (à envoyer au ciel), plutôt que le péril des corps (à ramener sur terre).

Cela va mieux en le disant : la partie entière de 3,14 est 3. Floor en anglais, traduction : sol. Quid du plus petit entier supérieur à 3,14, c-à-d 4 ? c’ est ceiling en anglais, pour plafond. L’image mentale fonctionne bien, la terminologie est heureuse. Merci Arnaud pour cette bricole.

 

 

 

To like or not to like

Jeudi 3 octobre 2013

Je l’ai fait ! En mon âme et conscience. J’ai liké !

Ce n’est pas une réaction à chaud, un geste impulsif, épidermique, exécuté sous le coup de la colère et l’exaspération.

J’ai pesé, sous-pesé puis appuyé mon clic comme on appuie une passe au foot, avec conviction et application. Tout sauf un « bête-clic », tout sauf un like-réflexe-de-Pavlov. C’est un clic en mode argentique.

C’est une adhésion avec adhérence, avec engagement, à 100 lieux des clics routiniers à « coût cognitif nul ».

Et s’il y a évidemment dans ce choix de l’empathie pour le protagoniste principal, il  y a surtout la volonté de dire tout haut que « le système » marche sur la tête. Alors, chers amis connectés, n’hésitez plus et likez, comme moi, la page de soutien à …Tissier.

Comment ? Qui est Tissier ? En deux mots :  Sophie Tissier est intermittente sur D8 et elle a été écartée des plannings parce qu’elle a fait irruption sur le plateau de Hanouna en plein enregistrement,  pour dénoncer une pratique détestable du groupe Canal +, celle qui consiste à baisser les salaires des intermittents pour mieux servir encore la soupe (populaire) le caviar aux actionnaires.

En revanche, j’ai pas liké le bijoutier de Nice.

D’abord, par réserve vis-à-vis du like et de son caractère binaire. Héros ou criminel, peine de mort Vs peine de probation … En un clic, on peut être « embarqué » avec de gros cons excessifs, sans partage d’aucune valeur.

Par ailleurs,  la récupération d’un tel fait-divers par des groupes charognards est inévitable et je suis réticent à faire le jeu des extrémistes en votant.

J’enfonce une porte aux deux battants largement ouverts : le bijoutier doit répondre de ses actes devant la justice mais, même si la notion de circonstance atténuante est obsolète depuis 1994, le bijoutier doit être jugé à l’aune du contexte.

J’imagine que nombreux sont les likeurs qui ont enfoncé la même porte ouverte et qui ont liké par empathie, ou pour dire (au delà de toute idéologie) que le « système » est défaillant.

Aussi, lorsqu’un journaliste de gauche (dont je suis par ailleurs fan) écrit : « Evidemment, ce soutien n’est pas l’équivalent d’un vote Marine Le Pen. Les « likeurs » ne disent pas : « je voterai pour elle ». Ni même « je comprends ceux qui votent pour elle ». Pas encore. », ça me hérisse le poil.