Le dernier chat noir – E. Trivizas – Edition du jasmin (1/2)

Conte animalier extraordinaire, tellement d’actualité.

A la source, il y a une poignée d’hommes superstitieux, décidés à combattre par superstition les chats noirs de l’île. Ils sont organisés en société secrète, le Cercle des Superstitieux. Un président nommé Gui Della Gomina, un responsable de la Section Traque et Anéantissement, un responsable de la Section Lumière et Instruction et quelques adhérents.

Le plan d’action est clair : combattre la guigne en tuant dès que possible un chat noir (et pourquoi pas varier les méthodes : Arêtes Empoisonnées, Canari Explosif …?) et, pour être plus efficace, faire du prosélytisme. But ultime : l’extermination de la « race »  ! (p.40)

Pour mener une campagne de communication efficace, Gui Della Gomina recherche le soutien d’entreprises privées et d’hommes politiques (p.59).

A venir : battage médiatique et manipulation des masses. Parmi les premières victimes du bourrage de crâne, il y a Grazziella (p. 82), la chérie du chat-narrateur, et le chat noir Goudron, désespéré (p.97), convaincu lui-même que ses pairs sont la cause de tous les maux.

Moyens de convaincre les politiques (chap 9) : les persuader qu’ils trouveront un intérêt à appuyer le Cercle.

  1. Faire du chat noir un bouc-émissaire leur permettra a) de se défausser de toute responsabilité. et de masquer leurs échecs et leur impuissance, b) de circonscrire le mécontentement populaire. L’idée est de faire du chat noir un fumigène et un point de convergence de la colère. Et effectivement, les protestations tous azimuths (p.35) laissent place à des rassemblements à slogan unique : à mort les chats noirs (p.90)
  2. Ils bénéficieront d’un financement de la campagne électorale à venir.

Mots-clés : lobbying, conflit d’intérêt, corruption, clientélisme, cynisme des politiques.

Moyens de convaincre les hommes d’affaires Ernest et Edmond Sourédur, les méchants « Dupont et Dupond » de la compagnie PITR  (spécialisée en pièges et trappes) : faire en sorte que l’élimination des chats noirs se convertisse pour eux en une juteuse affaire. « Derrière chaque grande fortune, il y a un grand crime », comme le dit Balzac dans Le Père Goriot.

Le plan révélé au chap 29 est machiavélique :

  1. Diabolisation extrême du chat noir et élimination
  2. Phase de « contamination » : idem avec les chats gris et tous ceux qui ont une pointe de noir dans leur fourrure
  3. Extermination de tous les chats, des fois qu’il y ait des chats noirs qui se seraient coloré le poil.
  4.  Lâcher de milliers de souris d’élevage au moment opportun, c-à-d primo lorsqu’il n’y a plus de chat, segundo en période de typhons quand l’île est isolée. La société PITR, en situation de monopole et en sauveur, peut alors vendre à prix fort ses pièges.

A côté de PITR, il y a d’autres « profiteurs de guerre » :

  1. le gang de la pie (chap 24) qui conduit, contre « espèces sonnantes et (surtout ?) trébuchantes », les chats noirs  qui veulent devenir blancs au lac de la Blanche Espérance. Arnaque puisque tout plongeon dans le bassin (en réalité une fosse à chaux) est fatal.
  2. Petit-homme-à-la-casquette capture les chats noirs et les noie sur commande du Cercle. Mais tous ne sont pas noyés ! Il garde 2 ou 3 félins sur chaque fournée, qu’il revend au fourreur Armand Rapace. Ce dernier, avec cette denrée devenue rare, projette de faire des carpettes en peau de chat noir pour collectionneurs (p.231).

Parallèle saisissant avec la Seconde Guerre Mondiale :

  1. Les profiteurs de guerre
  2. « Les jeunesses chatocides  » et les patrouilles spéciales qui arrêtent ceux qui fréquentent ou protègent un chat noir.
  3. Le hammam « l’agréable oasis » où Petit-homme-à-casquette noie les chats noirs (chap 6) et la pelleterie (chap 34)  avec ses salles « de préparation des écorchés, d’écorchement, de torture des semi-écorchés » évoquent les camps d’extermination.
  4. Dans ce contexte cauchemardesque pour les chats noirs, face à la persécution, s’organise la résistance.
    1. Conférence clandestine au sommet pour les chats noirs sur le toit du hangar à charbon (chap 14). Lutte pour le pouvoir, guerre intestine malgré l’urgence.
    2. Sabotage du cargo chargé de pièges à souris (p.234)
  5. Diffusion de rumeurs. Si le juif enlève et sacrifie un bébé chrétien à Pâques, le chat noir mange le coeur du cygne blanc pour que sa fourrure change de couleur.
  6. Le gang de la pie fait référence au Docteur Petiot.
  7. Les « Justes » avec Mamie Laure Ange (chap 16, p. 201, p. 237) et  Zaza (p. 157, p.171)

 

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