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Archive pour janvier 2014

Bloody sunday

Dimanche 26 janvier 2014

Tintin et Orwell

Jeudi 23 janvier 2014

Des communistes anglais sont en URSS. On leur « montre les beautés du bolchévisme », à savoir « des usines qui marchent à plein rendement. » Ils sont sous le charme du paradis stalinien.

Tintinsoviets

On retrouve la même idée dans la ferme des animaux (chap 7) :

« Si la situation alimentaire venait à être connue, les conséquences seraient funestes ; et c’est ce dont Napoléon se rendait clairement compte. Aussi décida-t-il de recourir à Mr. Whymper, pour que prévale le sentiment contraire. Les animaux n’avaient à peu près jamais l’occasion de rencontrer Mr. Whymper lors de ses visites hebdomadaires : désormais, certains d’entre eux, bien choisis – surtout des moutons–, eurent l’ordre de se récrier, comme par hasard, quand il était à portée d’oreille, sur leurs rations plus abondantes. De plus, Napoléon, donna ordre de remplir de sable, presque à ras bord, les coffres à peu près vides de la resserre, qu’on recouvrit ensuite du restant de grains et de farine. Sur un prétexte plausible, on mena Mr. Whymper à la resserre et l’on fit en sorte qu’il jette au passage un coup d’œil sur les coffres. Il tomba dans le panneau, et rapporta partout qu’à la Ferme des Animaux, il n’y avait pas de disette. »

Un mot, deux sens, un roman

Jeudi 23 janvier 2014

Dans révolution, il y a l’idée d’une rupture brutale, d’un changement radical de cap, d’un virage à 90°. Si l’image géométrique de la continuité est le prolongement en ligne droite, celle de la révolution est une cassure en angle droit.

Dans la ferme des animaux de G. Orwell, les bêtes se soulèvent contre Mr Jones et lui confisquent sa ferme. Leur condition de travailleur exploité et spolié, leur statut d’esclave, dénoncés avec ardeur par le cochon Sage l’ancien qui appelle à la lutte et à la révolte,  et une gestion hasardeuse de la ferme par un fermier alcoolisé, conduisent à la révolution.

De l’autocratie, on bascule dans un fonctionnement diamétralement opposé avec une constitution basée sur l’égalité de tous les animaux de la ferme.

Et les débuts du nouveau régime sont prometteurs :  des assemblées démocratiques sont tenues tous les dimanches, des commissions diverses sont mises en place, des classes de lecture et d’écriture sont ouvertes…

Pourtant les premières entorses aux idées d’égalité et de solidarité  sont rapidement observées ; les cochons ne travaillent pas mais distribuent les tâches et contrôlent. Par ailleurs, ils s’ accaparent le lait de la ferme, petit privilège qu’ils défendent grâce à une communication soignée :

« Vous n’allez tout de même pas croire, camarades, que nous, les cochons, agissons par égoïsme, que nous nous attribuons des privilèges. En fait, beaucoup d’entre nous détestent le lait et les pommes. C’est mon propre cas, Si nous nous les approprions, c’est dans le souci de notre santé. Le lait et les pommes (ainsi, camarades, que la science le démontre) renferment des substances indispensables au régime alimentaire du cochon. Nous sommes, nous autres, des travailleurs intellectuels. La direction et l’organisation de cette ferme reposent entièrement sur nous. De jour et de nuit nous veillons à votre bien. Et c’est pour votre bien que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes.  »

Ils ont un atout incomparable, la puissance du verbe, d’autant plus efficace que la masse se caractérise par l’absence d’esprit critique, la naïveté,  la bêtise et l’ inertie. Souvent, les animaux « restent cois devant les mots compliqués, mais ils approuvent la conclusion ».

La ligne jaune est irréversiblement franchie lorsque le cochon Napoléon associe propagande et terreur : les animaux « acceptent les explications, sans plus insister, tant Brille-Babil s’exprime de façon persuasive, et tant grognent d’un air menaçant les trois molosses qui se trouvent être de sa compagnie. »

Après s’être débarrassé manu militari de son rival Boule de neige, Napoléon met en oeuvre une purge politique, exit toute forme d’opposition ! En parallèle, il cultive le culte de la personnalité grâce notamment à une réécriture constante de l’histoire et il instaure une dictature gentiment appelée république dont il devient le président ; La construction de cet état totalitaire s’accompagne d’une évolution biologique chez les cochons : ils passent à la station debout. Les lois, d’abord transgressées par la classe dominante avant d’être customisées, sont alors remplacées par un unique commandement : « tous les animaux sont égaux mais certains plus égaux que d’autres. »

Si le moteur de la révolution est un ras-le-bol collectif, celui du dévoiement progressif de l’idéal révolutionnaire et de la trahison des idées de Sage l’ ancien  est l’intérêt privé. Le résultat est un retour aux vices de l’ancien régime et le statu quo pour la masse laborieuse comme l’indique l’ explicit :

« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre. »

En deux temps, on est revenu au point de départ (blanc bonnet et bonnet blanc), malgré l’avertissement de Sage l’ancien :

« perdez pas de vue non plus que la lutte elle-même ne doit pas nous changer à la ressemblance de l’ennemi. Même après l’avoir vaincu, gardons-nous de ses vices. Jamais animal n’habitera une maison, ne dormira dans un lit, ne portera de vêtements, ne touchera à l’alcool ou au tabac, ni à l’argent, ni ne fera négoce. Toutes les mœurs de l’Homme sont de mauvaises mœurs. Mais surtout, jamais un animal n’en tyrannisera un autre. »

Circularité, trajectoire en ligne fermée, mieux…c’est la révolution dans son sens cosmique.

Autre vision imagée de l’affaire : la révolution, c’est simultanément un virage à 90° et un virage en épingle à cheveu, à 180°.

Lavérune

Dimanche 12 janvier 2014

« Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. »

(Mon quotidien n° 5171 du vendredi 10/01/2014)photoUn lien : http://languedoc-roussillon.france3.fr/2013/12/11/la-municipalite-de-laverune-bannit-les-panneaux-publicitaires-du-paysage-375533.html

Un peu de physique

Jeudi 9 janvier 2014

En ce début de janvier, période des voeux de bonne année, je m’arrête une seconde sur le mot désir.

Le seul, l’unique, le vrai, l’universel désir – qui nous colle à la peau, mieux, qui est intrinsèque – est celui du Bonheur et, comme le concept de bonheur est aussi insaisissable qu’une anguille, on essaie de lui donner corps. Argent ? jouissance ? … On désire alors la chair, la gloire, le pouvoir, la richesse…Les incarnations du bonheur n’étant que des fragments du bonheur, les ersatz du désir primitif sont plus ou moins satisfaisants.

Une preuve par l’absurde du fait qu’il est impossible d’accéder au Bonheur.

Qu’est-ce-que le désir ? à la physicienne, une force intense à laquelle on soumet une cible pour l’aspirer et se l’approprier. On est un aimant. Le principe newtonien de l’action et de la réaction assure que réciproquement la cible exerce sur nous une force opposée de même intensité, une attraction dans l’autre sens qu’on pourrait appeler attirance. On désire comme sujet, on est attiré (à la forme passive) comme objet ; Le lien entre la cible et nous a donc deux visages « dynamiques », désir et attirance. Tout dépend de l’angle d’observation choisi. En tout cas, on tend vers le Bonheur, mû par le désir.

Si le Bonheur était accessible, celui qui l’ atteindrait éprouverait alors un sentiment de plénitude. Aucun manque à pallier, aucun vide à remplir, le comblé a tout ce qu’il faut ! Or on ne peut désirer que ce qui n’est pas en notre possession. Ce serait donc la fin du désir. Patatras ! Plus d’aimant, plus de force, plus de moteur donc plus de mouvement, plus d’énergie. Le Bienheureux serait figé, immobile, raide, sans vie. Conclusion : le Bonheur serait la Mort.