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Archive pour février 2014

Antihéros

Mercredi 19 février 2014

L’Achéen Achille a perdu son ami Patrocle, tué par le Troyen Hector. Achille veut le venger et il est prêt à donner sa vie pour atteindre son but. Son entreprise met en lumière sa grandeur d’âme, sa générosité au service de la mémoire de Patrocle.

achille tue hector

Mais, après avoir tué son ennemi lors d’un combat d’une extraordinaire intensité, Achille traîne le corps sans vie autour de la ville jusqu’à la tombe de son défunt ami.

Déchaînement de violence !

hector 5

Voilà donc un héros et un visage coupé en deux (façon Mr Jekyll et Mr Hyde). Générosité et violence sur deux voies parallèles.

Il m’arrive parfois d’être généreux, il m’arrive parfois d’être violent. Il arrive même que ma générosité  soit consubstantielle à la violence, ce qui fait de moi un … antihéros.

Il ne s’agit plus d’un visage fendu en deux, mais d’un fondu de deux visages (façon morphing). Il ne s’agit plus de deux voies parallèles, disjointes avec « rien en commun ».  C’est plutôt du « tout en commun » ; Une générosité jetée à la face de l’autre, une générosité violente parce que écrasante, et écrasante parce que … sans réciprocité possible.

La violence du schéma (contre-nature !) « action sans réaction » est classique lorsque l’action est déjà sous le signe de la violence : on le sait, parfois pour l’avoir vécu dans sa chair (« languette son moman ! »), rien n’est plus douloureux qu’une claque encaissée que l’on ne peut rendre. La douleur n’a rien à voir avec sa peau douce et tendre, la douleur découle d’une injustice : la non-application de la loi du talion. « Oeil pour oeil, dent pour dent », loi enracinée dans nos entrailles, « tollé rance », qu’ aucune culture, prônât-elle la tolérance absolue, ne peut éradiquer.

Le schéma est encore opérant lorsque l’action est générosité.

Cette idée que j’avais déjà caressée ne me paraissait pas assez saillante pour être formulée, jusqu’à ce que je rencontre mon nouvel ami :

  1. Les bienfaits sont agréables tant qu’on croit pouvoir s’en acquitter ; mais s’ils dépassent de beaucoup cette mesure, au lieu de gratitude, ils sont payés de haine.
  2. Car celui qui trouve honteux de ne pas rendre voudrait qu’il n’y eût personne à qui rendre.
  3. Celui qui ne se croit pas quitte envers vous, ne peut en aucune façon être votre ami.

A cheval sur deux lectures

Mercredi 19 février 2014

Rencontre fortuite de deux lectures, la fée du Lac Baïkal de Sylvain Hotte et les essais livre III chap 7 « sur l’inconvénient de la grandeur ».

darhan

Darhan est un jeune berger de 13 ans des steppes de Mongolie aussi fougueux que son cheval Gekko. Il est enrôlé de force dans l’armée de l’empereur Gengis Khan en tant que cavalier. Après un entraînement spécial dont il sort vainqueur, Darhan est félicité par le vieux guerrier et chef Djebe. Arrive alors en conquérant Dötchi, le fils de Gengis Khan, suivi de sa garde rapprochée.

« -Mon père  veut que je vous accompagne à la guerre contre les Perses. J’ai pensé qu’un entraînement me serait utile…

- les guerriers s’entraînent très peu à l’épée…sinon nous partirions à la guerre avec une bande d’estropiés.

Il [Djebe] tendit au jeune prince un long bâton noir avec, au bout, plusieurs lanières de cuir.

- Quand vous frappez votre adversaire, les lanières claquent contre son corps et vous marquez un point…

- Intéressant, dit le prince. Et contre qui me battrai-je ?

- Choisissez vous-même. Mes hommes sont à votre service.

Le fils de Gengis Khan regarda autour de lui. De nombreux guerriers se tenaient là, mais chacun détourna le regard. La pire chose qui pouvait arriver à ces hommes étaient de devoir affronter le jeune prince arrogant. Ils seraient alors obligés de perdre pour faire honneur au dauphin de l’Empire et, de surcroît, ils se couvriraient de ridicule… »

Le peureux Dötchi choisit Darhan, le seul guerrier qui ne l’intimide pas. Darhan le seul guerrier qui ne connaît pas « les codes hiérarchiques régissant un empire ». Dötchi est projeté au sol, la face dans la boue, et reçoit (littéralement) une fessée.

Montaigne : « Les enfants des rois n’apprennent rien comme il faut si ce n’est à manier les chevaux parce que, dans tout autre exercice, chacun fléchit sous eux et leur donne le gain de la partie, mais qu’un cheval, qui n’est, lui, ni flatteur ni courtisan, projette à terre le fils du roi comme il le ferait du fils d’un portefaix. »

Autre exception à la règle de Montaigne. Rousseau, passionné par les échecs, affronte le prince de Conti (cousin de Louis XV) et ne lui fait pas de cadeaux.

Malgré les signes et les grimaces du chevalier et des assistants, que je ne fis pas semblant de voir, je gagnai les deux parties que nous jouâmes. En finissant je lui dis d’un ton respectueux, mais grave : Monseigneur, j’honore trop Votre Altesse sérénissime pour ne la pas gagner toujours aux échecs. Ce grand prince, plein d’esprit et de lumières, et si digne de n’être pas adulé, sentit en effet, du moins je le pense, qu’il n’y avait là que moi qui le traitasse en homme, et j’ai tout lieu de croire qu’il m’en a vraiment su bon gré.

 

 

 

Je m’essaye, tu t’essayes…

Mardi 18 février 2014

J’aurais pu passer un été avec Montaigne (http://www.franceinter.fr/reecouter-diffusions/384649) et goûter à un abrégé des Essais. Mais comme l’affirme Montaigne lui-même, « tout abrégé d’un bon livre est un sot abrégé ». Alors, au lieu d’un pâle résumé, je me suis procuré le monument. Une bible de 1350 pages. Sacré défi pour moi qui ai « peu de commerce avec les livres » !

essais

 

Mon nouveau gourou m’a averti : « les esprits qui ont de faibles assises, voulant faire les forts en remarquant dans la lecture de quelque ouvrage la fine pointe de beauté, fixent leur admiration par un si mauvais choix qu’au lieu de nous apprendre l’excellence de l’auteur, ils nous apprennent leur propre ignorance. »

Qu’à cela ne tienne ! Je me lance et, à chaque fois qu’une fulgurance du philosophe trouvera en moi résonance, j’écrirai.

Dans le livre III, chapitre 8, « de l’art de conférer », Montaigne observe notre aptitude à critiquer sévèrement « un esprit mal réglé ». Il convoque alors Platon et Erasme pour une parabole de la paille et de la poutre : nous préférons nos pets à ceux des autres, nos mauvaises odeurs nous sont supportables (voire…pour les plus narcissiques, agréables) alors que ce qui émane du voisin provoque le dégoût.

L’explication en filigrane est physiologique, limpide. Nos organes sensoriels sont orientés vers l’extérieur (le nez par exemple en proéminence) et « les yeux ne voient rien derrière nous ». Voir la paille dans l’oeil du voisin en niant la poutre qui encombre le nôtre. C’est tellement vrai !

Je tourne un bref instant mon regard vers l’intérieur, pour une nano-introspection.

Je n’aime pas les parents d’élèves en général, toujours à pinailler sur les pratiques pédagogiques d’untel, à chercher la petite bête qui pourrait entraver le développement de leur progéniture – surdouée évidemment !

Lourd ! Certes, mais cette pression que se met mon voisin pour la réussite des siens et que je blâme, je la critique d’autant plus sévèrement qu’elle existe en moi, à mon corps défendant. Elle est là et, encore malgré moi, je la transmets aux enfants. « On s’en fout des notes ! » est le discours officiel, de façade mais, de façon sournoise, je leur délivre un message subliminal dans lequel,  si j’accorde effectivement peu de valeur à l’évaluation chiffrée, je fais une guerre sans pitié à la médiocrité.

 

Mathematics is/are watching you !

Mercredi 12 février 2014

Il aurait pu s’appeler « le dernier homme en Europe » et selon toute vraisemblance le célèbre roman de G. Orwell  qui met en scène l’inquiétante figure de Big Brother tient son titre de l’année de son écriture : 1984 est obtenu à partir de 1948 par inversion des deux derniers chiffres.

Ce « jeu de nombres » illustre de façon anecdotique l’assertion  « mathematics is/are watching you » et le totalitarisme des mathématiques, mis en lumière par son champ lexical (mathématiques pures, science dure, règles de calcul, lois, ordre croissant, table de vérité…), peut être déchiffré (ou décodé) car il ne relève pas de la quadrature du cercle.

La langue officielle de l’Oceania (le pays de Big Brother) revêt elle-même une dimension numérique ; les contraires, obtenus systématiquement par addition du préfixe « in », sont davantage des symétriques puisqu’ils sont construits comme les « opposés exacts ». Par exemple, « mauvais » est abandonné au profit de « inbon ». Syme, le collègue linguiste de Winston, ajoute :

« Et si l’on désire un mot plus fort que « bon », quel sens y a-t-il à avoir toute une chaîne de mots vagues et inutiles comme « excellent », « splendide » et tout le reste ? « Plusbon » englobe le sens de tous ces mots, et, si l’on veut un mot encore plus fort, il y a « double-plusbon ». « 

On observe donc une réduction/simplification du vocabulaire par discrétisation. En définitive, « inbon », « bon », « double-plusbon »… forment une sorte d’axe gradué élémentaire, séquentiel, sans continuité.

Si l’objectif du « novlangue » est de modeler, formater la pensée par une réduction du choix des mots (et donc des concepts), il y a aussi dans les mathématiques un rejet de la nuance (énoncé vrai ou faux, algorithmes), une tendance à simplifier/schématiser le monde malgré le souhait de l’enfermer, de le capturer et de le serrer au plus près. La France est un hexagone, la Terre est sphérique, ou exemple plus subtil, un morceau de musique numérisé est réduit à une chaîne de 0 et de 1 – a fortiori lorsqu’il s’agit d’un titre de l’album « racine carrée » de Stromae.

On note en mathématiques une propension à uniformiser. Par exemple, le statisticien qui étudie la taille des Français commence par choisir un échantillon (première réduction de la réalité) et, à partir de cette image plus ou moins fidèle de la population, il résume/simplifie la série des tailles observées par des paramètres bien choisis, par exemple la moyenne. Dans certains cas, il retient même une moyenne élaguée (purgée ?) de la série, c-à-d après élimination des valeurs dites aberrantes. L’interprétation du paramètre est aussi éclairante : dire que la taille moyenne des Français est 1,77 m, n’est-ce-pas une façon d’allonger la population sur le lit de Procuste, de sorte que tout individu soit vu à l’identique et que rien ne dépasse ? dans sa quête d’homogénéité, les mathématiques confisquent à l’individu son individualité.

Les mathématiques ont l’obsession du contrôle. On modélise et donc aseptise la réalité, le hasard… puis on fait des prévisions. Par exemple, on sonde à l’approche d’un rendez-vous électoral pour anticiper l’issue du scrutin. Et si les sondages ne sont pas en adéquation avec les résultats,  on les gomme, on les expédie dans le « trou de mémoire » et on aura aux prochaines élections la même fascination/vénération pour les mêmes instituts.

Winston et Julia considèrent que faire l’amour est un moyen de lutter contre le régime totalitaire de l’Angsoc parce que la charge sentimentale et émotive qui accompagne l’acte  échappe au télécran et à la police de la pensée. De même, la résistance aux mathématiques peut passer par la mise en avant de ce qui est irréductible, incompressible. Emboîtons le pas au petit prince, quitte à éviter les « grandes personnes » :

 » Quand vous leur parlez d’un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l’essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu’il préfère ? Est-ce qu’il collectionne les papillons ? » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ? » Alors seulement elles croient le connaître. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Assad et son pays

Dimanche 9 février 2014

Assad se souvient de la première manif à Damas. Il prenait l’avion ce jour-là pour la France. Il avait constaté un calme inhabituel et inquiétant pendant les deux semaines précédant la tempête.

Sa famille est à une vingtaine de kms de Raqqa sur l’Euphrate, dans une petite ferme isolée. Ils ont fui la ville après les premiers heurts entre les rebelles et les pro-Bachar. Plus de téléphone, pas d’internet. Ils sont coupés du monde. De temps en temps, de moins en moins souvent, le frère aîné de Assad parcourt les 100 kms qui séparent Raqqa de la frontière turque et donne des nouvelles  en appelant de la boutique d’un commerçant. Parcours du combattant,  pas moins de 9 check-points. Il faut être habile, connaître les membres du clan Bachar et leur fonction, ou le nombre de prières par jour.

Son plus jeune frère a 16 ans. Elève brillant jusqu’en 2011, il ne fréquente plus l’école. Il n’ y a plus d’école. Alors il erre avec des potes et donne du fil à retordre à ses parents. Récemment, il a disparu 2 jours ; il a rejoint un groupe qui lui promettait le paradis.

Assad a un dernier frère. Médecin à l’hôpital universitaire de Raqqa, il a dû fuir avec armes et bagages. Les derniers temps, il a soigné des amis pris pour cible par l’armée loyaliste, entouré d’infirmières alaouites à la solde de Bachar et donc pas très coopératives. Il galère à Montpellier depuis son arrivée, mais devrait bientôt être salarié à Lapeyronie.

Un ami de Assad, qui prépare une thèse au Portugal, y est allé 3 fois depuis mars 2011. Sa dernière expédition s’est mal terminée. Il a revu ses proches au début du séjour puis, décidé à regagner l’Europe avec sa femme qui était restée jusque là au pays, il s’est rendu à Lattaquié sur la côte méditerranéenne pour régler les formalités administratives. Il a été arrêté. Motif : des propos sur facebook  jugés séditieux. Sa famille  a dépensé une fortune auprès des services de renseignement corrompus, pour savoir où il est. Emprisonné à Damas.

Il y a quelques temps, Assad reçoit une demande d’ami sur facebook. Une jeune femme qui aurait usé ses fonds de culotte sur les mêmes bancs de la faculté de raqqa. Etrange ! Il pense être dans le collimateur du régime et n’envisage donc plus un retour en Syrie, tant qu’il y aura Bachar !

Têtes blondes

Lundi 3 février 2014

Les pourfendeurs de la « théorie du genre » et des modules ABCD de l’égalité – les mêmes souvent qui se sont opposés au mariage pour tous- n’ont pas hésité une seconde à répandre la rumeur selon laquelle des TPs de sexualité et de masturbation sont dispensés dès la maternelle. Endoctrinement des enfants (attisé par le lobby gay), dénoncent-ils et, pour apporter de l’eau à leur moulin, ils ont fait dire à une sénatrice PS : « Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents. Ils appartiennent à l’Etat. »

La citation est diffamatoire ; D’après un « fact-checking » réalisé par asi, dans un débat sur la laïcité, Laurence Rossignol qui défend l’idée de « bulles » laïques, lâche  »les enfants n’appartiennent pas à leurs parents » en argumentant : comme un complément à l’éducation familiale, l’école propose autre chose que ce qui pourrait être vu à la maison, ce qui permettra à l’enfant de choisir sa façon de vivre (ou ne pas vivre) sa foi. Sa phrase est relevée, complétée sur tweeter et – à la guerre comme à la guerre- le tout devient une citation, servie à point nommé aujourd’hui.

tweet

Cette citation falsifiée renvoie directement aux régimes totalitaires.

D’ailleurs, Philippe Bilger, dont j’admire la plume mais qui fait, me semble-t-il, un virage vers une droite nauséabonde, use peut-être de cette rumeur pour dénoncer chez les bien-pensants un totalitarisme, qu’il s’empresse de nuancer avec les qualificatifs « mou » et « soft ». Comment ne pas penser en effet que ce blogueur influent, sans aucun doute au fait du « bidonnage textuel »,  ne soit pas satisfait d’avoir (sous la pédale)  une citation -erronée, mais chut !- pour consolider sa démonstration ?

Enfin, autre écho à la phrase attribuée à Rossignol, lié à ma lecture du moment. Dans 1984, les gamins endoctrinés par le Parti sont les plus zélés apôtres de Big Brother. Le héros Winston Smith, devenu le prisonnier 6079 Smith W dans les caves du ministère de l’Amour, voit entrer dans la cellule son voisin de palier Parsons, accusé de crime-par-la-pensée malgré une fidélité inébranlable à Big Brother.

Qui vous a dénoncé ? demanda Winston.
– C’est ma petite fille, répondit Parsons avec une sorte d’orgueil mélancolique. Elle écoutait par le trou de la serrure. Elle a entendu ce que je disais [ndlr : "A bas Big Brother", pendant son sommeil] et, dès le lendemain, elle filait chez les gardes. Fort, pour une gamine de sept ans, pas? Je ne lui en garde aucune rancune. En fait, je suis fier d’elle. Cela montre en tout cas que je l’ai élevée dans les bons principes.
Il fit encore quelques pas de long en large d’une démarche saccadée et jeta plusieurs fois un coup d’oeil d’envie à la cuvette hygiénique puis soudain, il baissa son short et se mit nu.
-Pardon, vieux, dit-il. Je ne peux m’en empêcher. C’est l’attente.
Il laissa tomber son lourd postérieur sur la cuvette. Winston se couvrit le visage de ses mains.
- Smith ! glapit la voix du télécran…pas de visages couverts dans les cellules !
Winston se découvrit le visage. Parsons se servit de la cuvette bruyamment et abondamment. Il se trouva que la bonde était défectueuse, et la cellule pua largement pendant des heures. (p.311)

Terrible ironie. Plus haut dans le texte, à la page 80, Parsons parle de ses enfants :

- Ah! Oui! Je veux dire, il montre un bon esprit, n’est-ce pas? Des petits galopins, bien turbulents, tous les deux, mais vous parlez d’une ardeur ! Ils ne pensent qu’aux Espions. A la guerre aussi, naturellement. Savez-vous ce qu’a fait mon numéro de petite fille samedi dernier, quand elle était avec sa troupe sur la route de Bukhamsted? Elle et deux autres petites filles se sont échappées pendant la marche. Elles ont passé tout l’après-midi, figurez-vous, à suivre un type. Pendant deux heures, elles n’ont pas quitté ses talons, droit dans le bois et, quand elles sont arrivées a Amersham, elles l’ont fait prendre par une patrouille.

- Pourquoi ont-elles fait cela? demanda Winston un peu abasourdi.

Parsons continua sur un ton triomphant:

- La gosse était convaincue qu’il était une sorte d’agent de l’ennemi. Il avait pu être parachuté, par exemple. Mais là est le point, mon vieux. Qu’est-ce que vous croyez qui a en premier lieu éveillé ses soupçons? Elle avait remarqué qu’il portait de drôles de chaussures. Elle dit qu’elle n’avait jamais vu personne porter des chaussures pareilles. Il y avait donc des chances pour qu’il soit un étranger. Assez fort, pas? pour une gamine de sept ans.

- Qu’est-ce qui est arrivé à l’homme? demanda Winston.

- Ca, je ne pourrais pas vous le dire, naturellement, mais je ne serais pas du tout surpris si…

Ici Parsons fit le geste d’épauler un fusil et fit claquer sa langue pour imiter la détonation.