Assad et son pays

Assad se souvient de la première manif à Damas. Il prenait l’avion ce jour-là pour la France. Il avait constaté un calme inhabituel et inquiétant pendant les deux semaines précédant la tempête.

Sa famille est à une vingtaine de kms de Raqqa sur l’Euphrate, dans une petite ferme isolée. Ils ont fui la ville après les premiers heurts entre les rebelles et les pro-Bachar. Plus de téléphone, pas d’internet. Ils sont coupés du monde. De temps en temps, de moins en moins souvent, le frère aîné de Assad parcourt les 100 kms qui séparent Raqqa de la frontière turque et donne des nouvelles  en appelant de la boutique d’un commerçant. Parcours du combattant,  pas moins de 9 check-points. Il faut être habile, connaître les membres du clan Bachar et leur fonction, ou le nombre de prières par jour.

Son plus jeune frère a 16 ans. Elève brillant jusqu’en 2011, il ne fréquente plus l’école. Il n’ y a plus d’école. Alors il erre avec des potes et donne du fil à retordre à ses parents. Récemment, il a disparu 2 jours ; il a rejoint un groupe qui lui promettait le paradis.

Assad a un dernier frère. Médecin à l’hôpital universitaire de Raqqa, il a dû fuir avec armes et bagages. Les derniers temps, il a soigné des amis pris pour cible par l’armée loyaliste, entouré d’infirmières alaouites à la solde de Bachar et donc pas très coopératives. Il galère à Montpellier depuis son arrivée, mais devrait bientôt être salarié à Lapeyronie.

Un ami de Assad, qui prépare une thèse au Portugal, y est allé 3 fois depuis mars 2011. Sa dernière expédition s’est mal terminée. Il a revu ses proches au début du séjour puis, décidé à regagner l’Europe avec sa femme qui était restée jusque là au pays, il s’est rendu à Lattaquié sur la côte méditerranéenne pour régler les formalités administratives. Il a été arrêté. Motif : des propos sur facebook  jugés séditieux. Sa famille  a dépensé une fortune auprès des services de renseignement corrompus, pour savoir où il est. Emprisonné à Damas.

Il y a quelques temps, Assad reçoit une demande d’ami sur facebook. Une jeune femme qui aurait usé ses fonds de culotte sur les mêmes bancs de la faculté de raqqa. Etrange ! Il pense être dans le collimateur du régime et n’envisage donc plus un retour en Syrie, tant qu’il y aura Bachar !

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