Je m’essaye, tu t’essayes…

J’aurais pu passer un été avec Montaigne (http://www.franceinter.fr/reecouter-diffusions/384649) et goûter à un abrégé des Essais. Mais comme l’affirme Montaigne lui-même, « tout abrégé d’un bon livre est un sot abrégé ». Alors, au lieu d’un pâle résumé, je me suis procuré le monument. Une bible de 1350 pages. Sacré défi pour moi qui ai « peu de commerce avec les livres » !

essais

 

Mon nouveau gourou m’a averti : « les esprits qui ont de faibles assises, voulant faire les forts en remarquant dans la lecture de quelque ouvrage la fine pointe de beauté, fixent leur admiration par un si mauvais choix qu’au lieu de nous apprendre l’excellence de l’auteur, ils nous apprennent leur propre ignorance. »

Qu’à cela ne tienne ! Je me lance et, à chaque fois qu’une fulgurance du philosophe trouvera en moi résonance, j’écrirai.

Dans le livre III, chapitre 8, « de l’art de conférer », Montaigne observe notre aptitude à critiquer sévèrement « un esprit mal réglé ». Il convoque alors Platon et Erasme pour une parabole de la paille et de la poutre : nous préférons nos pets à ceux des autres, nos mauvaises odeurs nous sont supportables (voire…pour les plus narcissiques, agréables) alors que ce qui émane du voisin provoque le dégoût.

L’explication en filigrane est physiologique, limpide. Nos organes sensoriels sont orientés vers l’extérieur (le nez par exemple en proéminence) et « les yeux ne voient rien derrière nous ». Voir la paille dans l’oeil du voisin en niant la poutre qui encombre le nôtre. C’est tellement vrai !

Je tourne un bref instant mon regard vers l’intérieur, pour une nano-introspection.

Je n’aime pas les parents d’élèves en général, toujours à pinailler sur les pratiques pédagogiques d’untel, à chercher la petite bête qui pourrait entraver le développement de leur progéniture – surdouée évidemment !

Lourd ! Certes, mais cette pression que se met mon voisin pour la réussite des siens et que je blâme, je la critique d’autant plus sévèrement qu’elle existe en moi, à mon corps défendant. Elle est là et, encore malgré moi, je la transmets aux enfants. « On s’en fout des notes ! » est le discours officiel, de façade mais, de façon sournoise, je leur délivre un message subliminal dans lequel,  si j’accorde effectivement peu de valeur à l’évaluation chiffrée, je fais une guerre sans pitié à la médiocrité.

 

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