A cheval sur deux lectures

Rencontre fortuite de deux lectures, la fée du Lac Baïkal de Sylvain Hotte et les essais livre III chap 7 « sur l’inconvénient de la grandeur ».

darhan

Darhan est un jeune berger de 13 ans des steppes de Mongolie aussi fougueux que son cheval Gekko. Il est enrôlé de force dans l’armée de l’empereur Gengis Khan en tant que cavalier. Après un entraînement spécial dont il sort vainqueur, Darhan est félicité par le vieux guerrier et chef Djebe. Arrive alors en conquérant Dötchi, le fils de Gengis Khan, suivi de sa garde rapprochée.

« -Mon père  veut que je vous accompagne à la guerre contre les Perses. J’ai pensé qu’un entraînement me serait utile…

- les guerriers s’entraînent très peu à l’épée…sinon nous partirions à la guerre avec une bande d’estropiés.

Il [Djebe] tendit au jeune prince un long bâton noir avec, au bout, plusieurs lanières de cuir.

- Quand vous frappez votre adversaire, les lanières claquent contre son corps et vous marquez un point…

- Intéressant, dit le prince. Et contre qui me battrai-je ?

- Choisissez vous-même. Mes hommes sont à votre service.

Le fils de Gengis Khan regarda autour de lui. De nombreux guerriers se tenaient là, mais chacun détourna le regard. La pire chose qui pouvait arriver à ces hommes étaient de devoir affronter le jeune prince arrogant. Ils seraient alors obligés de perdre pour faire honneur au dauphin de l’Empire et, de surcroît, ils se couvriraient de ridicule… »

Le peureux Dötchi choisit Darhan, le seul guerrier qui ne l’intimide pas. Darhan le seul guerrier qui ne connaît pas « les codes hiérarchiques régissant un empire ». Dötchi est projeté au sol, la face dans la boue, et reçoit (littéralement) une fessée.

Montaigne : « Les enfants des rois n’apprennent rien comme il faut si ce n’est à manier les chevaux parce que, dans tout autre exercice, chacun fléchit sous eux et leur donne le gain de la partie, mais qu’un cheval, qui n’est, lui, ni flatteur ni courtisan, projette à terre le fils du roi comme il le ferait du fils d’un portefaix. »

Autre exception à la règle de Montaigne. Rousseau, passionné par les échecs, affronte le prince de Conti (cousin de Louis XV) et ne lui fait pas de cadeaux.

Malgré les signes et les grimaces du chevalier et des assistants, que je ne fis pas semblant de voir, je gagnai les deux parties que nous jouâmes. En finissant je lui dis d’un ton respectueux, mais grave : Monseigneur, j’honore trop Votre Altesse sérénissime pour ne la pas gagner toujours aux échecs. Ce grand prince, plein d’esprit et de lumières, et si digne de n’être pas adulé, sentit en effet, du moins je le pense, qu’il n’y avait là que moi qui le traitasse en homme, et j’ai tout lieu de croire qu’il m’en a vraiment su bon gré.

 

 

 

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