Archive pour mars 2014

Mon quotidien du 29 30-31 mars

Samedi 29 mars 2014

tom

Image trouvée sur la page facebook de  » Le dernier chat noir » : https://www.facebook.com/pages/Le-Dernier-Chat-noir/524474774311117

Le blog « Deux oiseaux » est cité sur la même page.

Historique pour les loulous ?

Vendredi 28 mars 2014

On dit que rien n’est plus jouissif pour un surfeur que graver dans la poudreuse de longues courbes avec sa planche. Comment expliquer le sentiment de puissance qui semble accompagner cette glisse ?

Déflorer une pente intacte, laisser sa trace sur un terrain vierge, pénétrer une zone inexplorée en pionnier. On est prems ! Et les autres suivront, et les autres emprunteront notre sentier.

surfeur-poudreuse

L’empreinte est spatiale, mais aussi temporelle :

  1. S’il marque une pause dans sa descente et se retourne, le surfeur réalise au moins partiellement deux fantasmes : puisqu’il visualise sa position exacte dans un passé immédiat, il jouit de l’ubiquité et répond ponctuellement à la fondamentale question « d’où viens-je ? ».
  2. Tourné vers le futur, il passe cette fois-ci à une forme de postérité en tant qu’éclaireur et survit en cette pente lorsqu’il l’aura quittée.

A des échelles différentes, c’est Colomb qui pose un pied sur le Nouveau Monde,

Dali_DreamofChristopherColumbus1959

c’est le lover qui, en dépucelant une vierge, ne sera jamais un amant parmi les autres mais « la première fois », le premier vit d’une vie amoureuse.

Même constat avec Tom qui réalise un très bon score dans un jeu au collège.

Lorsqu’il apprend son résultat, il explose de joie et traverse le salon sur les genoux comme un Ronaldo qui a « goalé ». Ses premiers mots vociférés sont légitimement ceux d’un pas-peu-fier, mais sont étrangement : « c’est un record pour le collège, c’est historique ! ».

Comme si sa vie au bahut (qui vient juste de débuter et qui, de surcroît, ne l’enthousiasme pas plus que ça) devait être prolongée, comme s’il voulait déjà survivre à sa mort de collégien. L’obsession de laisser une trace dans l’histoire l’habite déjà.

La réponse de Clem est immédiate : « profite mon gars parce que j’arrive bientôt et je battrai ton record ». Si l’homme est un loup pour l’ homme et si, comme le loup économe qui place dans la neige ses pattes arrières dans les empreintes de ses pattes antérieures, Clem se met dans les pas du grand frère, alors Clem aura raison et le premier sera le dernier.

loup

 

Classement pour mon grand oiseau

Vendredi 28 mars 2014

Tom observe que, dans un classement, on fait plus facilement la différence entre les rangs 1 et 14  qu’entre les positions 601 et 614 alors que c’est le même écart pour les deux comparaisons. Le candidat sur la 14ème marche dit « je suis 14ème », position exacte, à l’unité près, alors que celui qui est en position 614, dit facilement « je finis 600-620″ et une fourchette suffit pour le repérer convenablement dans le classement.

La capacité de distinction entre deux rangs ne dépend donc pas seulement de l’écart absolu, mais est plus une question de rapport : 14/1=14 est largement supérieur à un 614/601 qu’on arrondit à 1.

Cette observation sur la perception est pertinente. Elle porte le nom de loi de Weber. Cette dernière est illustrée dans le livre Sur les épaules de Darwin, je t’offrirai des spectacles admirables.

Selon J-C Ameisen, entre mille exemples : ce qui freine « l’évolution chez les oiseaux de certains attributs de séduction vers toujours plus de splendeur pourrait être le fait qu’au-delà d’un certain seuil leur capacité de séduction s’appauvrit parce que la capacité des oiselles à distinguer entre plus beau et encore plus beau s’atténue. » Ainsi – pour enfoncer le bec – « plus le nombre de trilles est important dans le chant d’un prétendant auquel un concurrent n’ajoute qu’un trille et moins les oiselles sont capables de distinguer une différence dans le nombre de trilles des deux chants. »

 

Mon quotidien du 20/03/2014

Dimanche 23 mars 2014

photo

Billet mal fagoté mais bien fayoté

Mardi 11 mars 2014

Déclaration à mes trois amours (les deux oiseaux et leur mère) qui ont migré pour les vacances à l’Alpe d’Huez.

« Du côté de chez moi » est un village dont le coeur est 3 clochers. Proust le dira mieux que moi.

Décor : A la fin de Combray, « little Marcel » qui désire devenir écrivain est désespéré car il a le sentiment de ne pas avoir les dispositions pour les lettres : il est sensible aux odeurs, aux images … mais, comme enchaîné, il est impuissant à aller au-delà du plaisir procuré par les belles choses et à percer le mystère de ses impressions. Toutefois, sur le retour d’une promenade (du côté de Guermantes) dans la voiture du docteur Percepied, il a une expérience du beau et parvient pour une fois à la transcrire :

« Seuls, s’élevant du niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne, montaient vers le ciel les deux clochers de Martinville. Bientôt nous en vîmes trois : venant se placer en face d’eux par une volte hardie, un clocher retardataire, celui de Vieuxvicq, les avait rejoints. Les minutes passaient, nous allions vite et pourtant les trois clochers étaient toujours au loin devant nous, comme trois oiseaux posés sur la plaine, immobiles et qu’on distingue au soleil. Puis le clocher de Vieuxvicq s’écarta, prit ses distances, et les clochers de Martinville restèrent seuls, éclairés par la lumière du couchant que même à cette distance, sur leurs pentes, je voyais jouer et sourire…»

Et où suis-je dans cette histoire ?

Je suis Percepied, je suis Laïos qui, après les mauvais présages de l’oracle, perce le pied de son fils Oedipe et ordonne à un serviteur de le tuer .

D’ailleurs, c’est par le déplacement de ma carriole que le clocher de Vieuxvicq s’écarte de ceux de Martinville.

Narration de RECHERCHE

Mardi 11 mars 2014

C’est un exercice scolaire qui consiste à exposer le cheminement de la pensée dans une situation de recherche.

Exemple :

La tenue d’un blog a une teneur tenace en addiction qu’atténuent à peine les tenants du quotidien (phrase qui ne veut rien dire, mais qui tonne bien : on encense le son quand fond le sens).

Il y a urgence à publier !

Cela a au moins 3 effets :

  1. On met les sens en alerte, on se fait « instrument à sensations » car on voudrait tout convertir en billets : c’est du capitalisme textuel.
  2. Puisque tout n’est pas publiable, on expérimente, on laisse décanter avant de formuler une réflexion qu’on juge un peu singulière, méritant donc d’être rendue publique.
  3. Par paresse, trop souvent, on ne prend pas le temps d’assimiler et de réfléchir, on néglige le « labo des idées » et passe trop rapidement à la case « publication » : on laisse alors éclater au grand jour sa cuistrerie.
    Bien fait pour sa gueule ! Le blogueur (en mal de reconnaissance ?) a un formidable terrain de jeu pour sa vanité et, selon la maxime au fronton de « Deux oiseaux », il affiche en grand seigneur l’ambition d’ éclairer alors que, en Roi-Soleil, il n’a – fichtre ! – que la prétention de briller.

C’est donc avec cet « impératif de poster » et de briller que je me suis lancé, bille en tête, dans la lecture de Combray, premier opus de la trilogie du côté de chez Swann, elle-même première partie du roman-fleuve de Proust intitulé à la recherche du temps perdu.

Pourquoi Proust ? Le hasard l’a placé plusieurs fois sur ma route ces derniers temps, à moins que Proust Marcel :

  1. En marge du 100ème anniversaire de la publication de Swann, j’ai découvert l’épisode de la madeleine, indépendamment de l’oeuvre. En gros, une gorgée de thé avec des miettes du gâteau qui fait remonter un rototo des souvenirs (hors de portée de l’intelligence).
    La madeleine qui stimule la « mémoire involontaire » est devenue le blason de Proust.
  2. On a vu au ciné Pierre Niney qui  incarne YSL, un esprit torturé/écorché/tourmenté dans un corps tordu/crochu/segmenté mais encore un esprit envoûtant dans un corps vouté.
    La scène dans laquelle le comédien est à mon avis au sommet de son art est celle où il répond dans une piscine à « l’interrogatoire » de Laura Smet sur ses préférences. Il est entouré de proches, est donc en confiance et, tout introverti qu’il est, il fait preuve d’audace verbale. Mais son corps trahit sa timidité : des gestes de mains désordonnés et une voix qu’il a du mal à canaliser et qui s’échappe parfois par éclats. Niney réussit le tour de force de jouer (sans jamais surjouer) la timidité dans une ambiance non intimidante, rassérénante .
    J’apprends que le questionnaire en question est dit …  » de Proust.« 

Si je ne m’étais pas engagé avec moi-même pour un commentaire blogué sur ce roman, je me serais enfui, comme un prou(s)t sur une toile cirée.

Parce que, à la lecture des premières pages, j’ai été aussi désorienté que le narrateur au prise avec ses hallucinations d’insomniaque et j’ai trébuché.
Parce que j’ai éprouvé grandeur nature ce qui se dit sur le style du romancier (pierre d’achoppement) : des phrases tortueuses déployées avec maintes propositions subordonnées (concaténées, imbriquées), véritables monstres grammaticaux à écarter des écoliers sous peine de phobie scolaire, à écarter parfois du petit lecteur obligé de remonter une demi-page pour en saisir un bout de sens. Difficile à lire, comme une de ses dissertations de philo que son prof annotait : « c’est un bloc où il y a à peine une fente pour y discerner deux parties. »

Mais je suis rassuré ; Certains grands lecteurs (rapporteurs de maisons d’édition) à la réception du manuscrit en 1913 ont fait des commentaires meurtriers, comme celui-ci : «je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil.»
Si Proust a donc été raillé par de nombreux détracteurs qui voyait un « coupeur de cheveux en 4″, même ses amis, pourtant ralliés à son projet, se sont interrogés par exemple sur le titre « du côté de chez Swann », peu poétique, lourdingue, dérangeant car à la limite du bon français.

Avant de sombrer moi-même dans le sommeil livre en main, j’ai parfois sauté des paragraphes, rassuré cette fois par des proustophiles, proustolâtres ou proustiens qui confessent en avoir fait autant. « Bonheur de Proust : d’une lecture à l’autre, on ne saute jamais le même passage. »

Et, au bout de longs efforts, comme une récompense,  le sentiment authentique, véritable, non feint, de comprendre enfin la formule de Proust :  « en réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de Swann soi-même. »

D’estoc ou Destop

Jeudi 6 mars 2014

On trouve ici la correspondance de Maupassant avec Gisèle d’Estoc, jeune femme libertine bisexuelle adepte de partie fine.

Formules de politesses d’abord chastes puis de plus en plus grivoises. Morceaux choisis révélant un Maupassant galant (même s’il prétend ne pas savoir marivauder), géographe, spéléologue…

  1. Permettez-moi de vous baiser les mains ; c’est un vieil usage que j’adore et qui ne vous compromettra point puisque je ne vous connais pas.
  2. Je baise le bout de vos doigts.
  3. Êtes-vous un peu de meilleure humeur, et voulez-vous permettre que je baise chastement vos mains qui ne sont point roses, mais qui sont parfois nerveuses ?
  4.  Et maintenant Madame, à bientôt. Je baise vos mains humblement.
  5. Permettez-moi de baiser vos deux mains, mais dégantées.
  6. Mille baisers… partout.
  7. Je vous baise les mains et… le reste
  8. Mille caresses sur… toutes tes lèvres.
  9. A bientôt, ma chère amie, je vous baise les mains et les deux fleurs de vos adorables nichons.
  10. Je vous baise les pieds… et les lèvres… et je m’arrête longtemps entre les deux extrêmes.
  11. Mille caresses.
  12.  Mille baisers.
  13.  Mille baisers. La moitié dans le département Bourget (tête), l’autre moitié dans le département Maupassant (c…).
  14. Mille caresses partout, partout…
  15. Mille baisers partout, aux extrémités, sur les pointes et dans les creux.
  16. Adieu ma belle amie, je vous embrasse dans tous les coins et cavités.
  17. Permettez-moi encore de vous baiser les doigts.
  18. Je vous baise les mains.

Mais Maupassant, c’est le chaud et le froid, le corps de taureau en rut et le corps qui souffre, l’amour des femmes et la misogynie. Aussi, il lui écrit parfois des choses beaucoup moins coquines. En parlant des « organes de plaisir » chez la femme  : « ces trous malpropres dont la véritable fonction consiste à remplir les fosses d’aisance et à suffoquer les fosses nasales. »

 

Pas très fun

Mardi 4 mars 2014

Je peux faire attention à la quantité et à la qualité dans mon assiette sans effort et sans peine. Haricots verts sans vinaigrette ou pâtes sans beurre, je mange avec appétit et ne me plains jamais de la fadeur que certains supposent. Là où je vois une chance, d’autres y perçoivent une tare. Ceux-là me plaignant et lisant en moi un peine-à-jouir, je présume qu’ils le font à la façon du renard de La Fontaine, parce qu’ils ne peuvent en faire autant.

Je ne bois « jamais » d’alcool. « Putain ! il fait chier le Domi ! il picole pas, il sait pas s’amuser !  » Même constat, à une nuance près. La remarque me dérange davantage et – Ô mauvais esprit que je peux avoir – elle affermit ma position. Mais si elle me dérange, c’est qu’il s’y trouve…un fond de vrai : je ne suis pas un boute-en-train, je ne suis pas très fun, j’ai une gravité et une mélancolie naturelles qui sont des obstacles au lâcher-prise  !

Et, à voir la table de jeunes adjacente à la nôtre dans un bar samedi, je constate que je ne suis pas le seul incapable de s’éclater. La bande s’est déchaînée sur un morceau entraînant pendant qu’un camarade réquisitionné filmait avec son portable et, la prise faite, le clip en boîte, ils se sont tous rassis (!) mobile à la main. Je pense que la petite démo a été immédiatement postée sur facebook et que chacun scrutait sa performance. Si c’est le cas, le sens du mot existence colle au plus près avec son étymologie « ex eo ou ex it », sortir hors de soi ; c’est en se voyant gesticuler sur l’écran qu’ils ont le sentiment d’être ? Cela me fait penser aux paroles déprimantes de « jeune et con » :

Alors elle [la jeunesse France] va danser faire semblant d’être heureux
Pour aller gentiment se coucher mais demain rien n’ira mieux.

Je ne bois pas. Par choix. En réalité, la liberté que suppose l’idée de choix est peut être entamée par un surmoi écrasant et inébranlable : je ne bois pas, peut-être parce que Charlot et Ro – qui au passage (en un ou deux mots !) se refusent rarement une bouteille – ont gravé au plus profond de mon marbre un NON à l’alcool que je ne peux dépasser. En tout cas, je ne bois pas et cela ne me perturbe pas.

Pourtant, je parie que, si je meurs avant les autres, il y en aura au moins un pour exprimer un regret à ce sujet, le regret d’une vie non vécue pleinement. « Tu te rends compte, il s’est toujours privé ! ». J’entends d’ici un ton encore plus tragique si la mort, non accidentelle, fait suite à un problème de santé.

En conclusion, si je vis longtemps, on dira du bout des lèvres « normal ! il a fait des sacrifices.  » En gros, aucun mérite à la longévité. Si j’échoue, on récriminera l’hygiène de vie comme un truc vain. L’avenir et le hasard rétroagiront sur le jugement que l’on porte sur mes choix.

Drôle de digestion : une entrée, deux sorties.

Lundi 3 mars 2014

Le premier oiseau (Tom) se pose, puis le second (Clem) et s’envolent à tire-d’aile les certitudes et préjugés en matière d’éducation.

Avant le passage de la cigogne, on a écouté attentivement les aînés avec leurs impérieux « tu verras », « il faut/ne faut pas », on a feuilleté ça et là les guides pour futur parent ou parent débutant.

Mais ce savoir gobé, grappillé à la hâte qui nous a plus ballonés que remplis, on l’a mal digéré, alors on l’a dégorgé ou on l’a chié.

A contrario, notre expérience de la vie (éducation reçue et parcours) a nourri une science de la parentalité au fond de nous. Et ce savoir-être-papa qui nous est incorporé, qui comme la petite graine est passé du stade embryonnaire au statut de foetus, il faut le sortir des tripes. Alors, après la naissance de bébé, on tâtonne, on essaie, on se trompe, on fait des aller-retours pour au final accoucher d’une science (en évolution permanente) qui est en nous. Parfois dans la douleur lorsque les certitudes se cassent la gueule, mais toujours avec conviction.

On ne naît pas père, on le devient, toujours par soi-même, parfois contre soi-même, mais jamais seul. Car il y a autour de nous une exigence bienveillante : « quiche ! quiche ! » semble crier l’enfant. En définitive, la sage-femme est …le fruit de nos entrailles.

« Mais c’est les rôles qui s’inversent. Je suis le père de mon père. »chantent  Tom et Clem quand ils reprennent Sexxion d’assaut. Pas folles les guêpes ! n’est-ce-pas en effet notre job, celui qui consiste à les accompagner dans l’enfantement de leurs vérités, et tant pis si les leurs ne sont pas les nôtres – « I need a lot of money to be happy » écrit Tom à sa correspondante écossaise.

En conclusion, petite pirouette pompée à R. Enthoven : si on admet que Tom et Clem me ressemblent, et  sont donc un peu moi quand j’avais leur âge, alors ils sont – rencontre digne de Retour vers le futur- un peu mes aïeux

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et, de façon moins paradoxale que cela semblait l’être, ils sont eux aussi des experts de la maïeutique.