Narration de RECHERCHE

C’est un exercice scolaire qui consiste à exposer le cheminement de la pensée dans une situation de recherche.

Exemple :

La tenue d’un blog a une teneur tenace en addiction qu’atténuent à peine les tenants du quotidien (phrase qui ne veut rien dire, mais qui tonne bien : on encense le son quand fond le sens).

Il y a urgence à publier !

Cela a au moins 3 effets :

  1. On met les sens en alerte, on se fait « instrument à sensations » car on voudrait tout convertir en billets : c’est du capitalisme textuel.
  2. Puisque tout n’est pas publiable, on expérimente, on laisse décanter avant de formuler une réflexion qu’on juge un peu singulière, méritant donc d’être rendue publique.
  3. Par paresse, trop souvent, on ne prend pas le temps d’assimiler et de réfléchir, on néglige le « labo des idées » et passe trop rapidement à la case « publication » : on laisse alors éclater au grand jour sa cuistrerie.
    Bien fait pour sa gueule ! Le blogueur (en mal de reconnaissance ?) a un formidable terrain de jeu pour sa vanité et, selon la maxime au fronton de « Deux oiseaux », il affiche en grand seigneur l’ambition d’ éclairer alors que, en Roi-Soleil, il n’a – fichtre ! – que la prétention de briller.

C’est donc avec cet « impératif de poster » et de briller que je me suis lancé, bille en tête, dans la lecture de Combray, premier opus de la trilogie du côté de chez Swann, elle-même première partie du roman-fleuve de Proust intitulé à la recherche du temps perdu.

Pourquoi Proust ? Le hasard l’a placé plusieurs fois sur ma route ces derniers temps, à moins que Proust Marcel :

  1. En marge du 100ème anniversaire de la publication de Swann, j’ai découvert l’épisode de la madeleine, indépendamment de l’oeuvre. En gros, une gorgée de thé avec des miettes du gâteau qui fait remonter un rototo des souvenirs (hors de portée de l’intelligence).
    La madeleine qui stimule la « mémoire involontaire » est devenue le blason de Proust.
  2. On a vu au ciné Pierre Niney qui  incarne YSL, un esprit torturé/écorché/tourmenté dans un corps tordu/crochu/segmenté mais encore un esprit envoûtant dans un corps vouté.
    La scène dans laquelle le comédien est à mon avis au sommet de son art est celle où il répond dans une piscine à « l’interrogatoire » de Laura Smet sur ses préférences. Il est entouré de proches, est donc en confiance et, tout introverti qu’il est, il fait preuve d’audace verbale. Mais son corps trahit sa timidité : des gestes de mains désordonnés et une voix qu’il a du mal à canaliser et qui s’échappe parfois par éclats. Niney réussit le tour de force de jouer (sans jamais surjouer) la timidité dans une ambiance non intimidante, rassérénante .
    J’apprends que le questionnaire en question est dit …  » de Proust.« 

Si je ne m’étais pas engagé avec moi-même pour un commentaire blogué sur ce roman, je me serais enfui, comme un prou(s)t sur une toile cirée.

Parce que, à la lecture des premières pages, j’ai été aussi désorienté que le narrateur au prise avec ses hallucinations d’insomniaque et j’ai trébuché.
Parce que j’ai éprouvé grandeur nature ce qui se dit sur le style du romancier (pierre d’achoppement) : des phrases tortueuses déployées avec maintes propositions subordonnées (concaténées, imbriquées), véritables monstres grammaticaux à écarter des écoliers sous peine de phobie scolaire, à écarter parfois du petit lecteur obligé de remonter une demi-page pour en saisir un bout de sens. Difficile à lire, comme une de ses dissertations de philo que son prof annotait : « c’est un bloc où il y a à peine une fente pour y discerner deux parties. »

Mais je suis rassuré ; Certains grands lecteurs (rapporteurs de maisons d’édition) à la réception du manuscrit en 1913 ont fait des commentaires meurtriers, comme celui-ci : «je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil.»
Si Proust a donc été raillé par de nombreux détracteurs qui voyait un « coupeur de cheveux en 4″, même ses amis, pourtant ralliés à son projet, se sont interrogés par exemple sur le titre « du côté de chez Swann », peu poétique, lourdingue, dérangeant car à la limite du bon français.

Avant de sombrer moi-même dans le sommeil livre en main, j’ai parfois sauté des paragraphes, rassuré cette fois par des proustophiles, proustolâtres ou proustiens qui confessent en avoir fait autant. « Bonheur de Proust : d’une lecture à l’autre, on ne saute jamais le même passage. »

Et, au bout de longs efforts, comme une récompense,  le sentiment authentique, véritable, non feint, de comprendre enfin la formule de Proust :  « en réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de Swann soi-même. »

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