Archive pour mai 2014

Bali, île de la réunion ?

Dimanche 18 mai 2014

Un fait d’actualité : en Inde, les nationalistes hindous ont frappé un grand coup au parlement. Le nouveau premier ministre Modi est l’un des leurs. La minorité musulmane, modi-te ?, qui a été victime de massacres en 2002 dans l’état que dirigeait alors Modi, est légitimement inquiète.

Notre survol de Bali nous renseigne-t-il sur la cohabitation hindouisme-islam à Bali ?

Dans le grand croissant de lune que forme l’archipel indonésien, Bali est une petite île qui maintient son identité hindouiste, bien que rattachée à une république musulmane à 90%.

Grain de sable dans l’engrenage pour les islamistes javanais, d’autant plus que le Bali balnéaire (le Bali australien avec ses boîtes de nuits où le local n’est admis que s’il est accompagné d’un « blanc ») est selon eux le temple de la débauche. Ils y commettent deux attentats meurtriers en 2002 et 2005.

Kuta 2002, 202 victimes (essentiellement australiennes, anglaises et américaines) et une chute temporaire mais douloureuse de la fréquentation touristique.

Quels sont les stigmates de ces attentats dans la société balinaise ?

Réponse (de Normand ?) de la part de notre guide Estie : ça a été un coup dur pour l’économie, mais on reste debout et tout va à présent pour le mieux dans le meilleur des mondes. D’ailleurs, aucune tension significative entre hindous et musulmans.

Réponse du même tonneau (de cidre ?) pour notre deuxième guide Kadet.

Le mythe d’un paradis sur l’île des dieux est-il entretenu pour rassurer le touriste ?

Parce que j’ai eu un autre son de cloche avec le géo de 07/2013 et parce que la volonté de faire coïncider la vérité du terrain avec mon a priori vire à l’obsession, je soumets une nouvelle fois la question à un serveur sympa de notre résidence à Ubud.

La tonalité est autre : il est gamin en 2002 mais garde un souvenir vivace et poignant de la catastrophe. Kuta 2002, c’est son 11 sept ; touché dans sa chair, il s’est fait tatouer au milieu du dos une tête de mort en hommage aux victimes. Aucun mot islamophobe mais on sent, si ce n’est une animosité envers la communauté musulmane de Bali, la détermination de maintenir, coûte que coûte, quitte à en découdre, sa religion et de préserver sa terre des kamikhazes.

Il ne semble pourtant pas rassuré. Aucun souci par les airs, assure-t-il, avec les contrôles drastiques à la sortie de l’aéroport. Le point faible vient de la mer : les ports sont poreux.

 

 

Chakra

Dimanche 11 mai 2014

La nuit est tombée depuis deux heures sur les campagnes balinaises et il n’y a plus âme qui vive dans les rizières en terrasses de Sidemen. A deux étages en contrebas de l’hôtel, Sof se fait masser dans un petit pavillon isolé par un prêtre du village.

Une pensée morbide me traverse l’esprit. Si le prêtre abuse d’elle, le drame du viol sera suivi d’une deuxième peine, celle d’une justice impossible : Comment et où porter plainte à Bali ? Peut-on par ailleurs être pris au sérieux si on accuse un personnage dont l’aura est aussi immense ?

Soulagement lorsque, attablés au restaurant, on voit Sof revenir avec la banane, d’une expérience qu’elle juge unique.

Soulagement de courte durée pour moi, car elle est rapidement envahie de frissons, ses yeux sont larmoyants, son état extatique. Son témoignage troublant me fait l’effet d’un kiss kriss pointé sur le coeur : les mains chaudes et expertes du masseur, entre plexus et pubis, ont chamboulé son intérieur, provoquant une confusion (orgasmique ?) du bas de ventre.

Et après ? pèlerinage au temple mère de Besa-aqui Bésakih ?

Je redoute d’abord un viol pour soupçonner ensuite un degré de nirvana auquel mes petites mains maladroites et froides ne l’ont probablement jamais conduite.

« Chakra massage » devient pour moi « cha craint message », voire « chagrin message ».

Que ce malheureux prêtre continue à faire résonner son tambour à fente en haut du « bale kukul » et qu’il ne s’aventure pas dans un « ballet couille-couille » !

blog bale kulkul de Taman Ayun (bale Kulkul = pavillon aux tambours, au temple de Taman (jardin) Ayun (flottant))

Sinon, il y aura « bataille-coq » :

https://www.youtube.com/watch?v=JDRiKS1ectI&feature=youtu.be

Intellig-ant sur les routes balinaises

Dimanche 11 mai 2014

Je pense d’abord que les bandeaux « Pariwisata » (tourisme) apposés sur les pare-brises avant et arrière de notre minibus nous confèrent (comme un caducée d’infirmière en France) quelques droits sur les routes (parfois sinueuses) de Bali ; notre chauffeur Made, un brin « mad », effectue sans crier gare des demi-tours sur une 2-voies ou effectue des dépassements dangereux tandis qu’on coopère en face sans aucun geste d’impatience ou de mauvaise humeur.

Il n’en est rien. En réalité, chaque automobiliste et chaque motard (en nombre) se déplacent en toute égalité, surtout en toute intelligence.

Intelligence sociale de proximité, savoir-conduire ensemble, en harmonie, selon un processus d’auto-organisation. Car il n’y a pas de règles de priorité strictes, pas de code de la route rigide.

Cela fait penser aux fourmis (« ant » en anglais), qui « font partie des rares êtres vivants à se déplacer en groupe, en même temps et en empruntant le même chemin dans deux directions opposées. » Selon Ameisen, elles ne se gênent pas les unes les autres et, de façon spontanée, les fourmis qui ne sont pas chargées s’écartent pour laisser passer celles qui rentrent au bivouac avec la nourriture.

Différence significative avec nos routes : le bon « sot-va-JE » n’est pas qu’un mythe chez nous !

 

Bali à ciel ouvert

Dimanche 11 mai 2014

Le hall de l’aéroport de Denpasar est en partie recouvert d’un toît en forme de vague, en partie à ciel ouvert.

aeroport

Ouvert pour un heureux présage à notre incursion balinaise. Sitôt sortis, sur la route qui nous mène à Kuta (paradis des surfers australiens), on passe par un premier candi bentar (portail fendu, et donc ouvert), symbole des temples de l’île des Dieux.

D’ailleurs, Bali est elle-même un temple à ciel ouvert ; comme de petites lanternes qui jalonnent notre chemin, de minuscules corbeilles en feuilles de palmiers, garnies de fleurs de frangipanier, de pétales de roses et de feuilles de pandanus, protègent chaque devanture, chaque voiture, chaque coin de trottoir des démons.

On se laisse alors guider et on surfe sur la vague de la spiritualité. Au vestiaire « le père, le fils et le saint esprit » pour suivre la trinité hindou : Brahma, Vishnu et Shiva.

A ce sujet, ne pas se méprendre : en arrière-plan, ce n’est pas un sapin (de noël) mais un méru au temple de Uluwatu (« tête-roche »).

blog sapin

Grenouilles de bénitier, nous ne l’étions pas, mais fidèles hindous nous le devenons. Ardents ennemis de la sorcière Rangda

 

blog rangda

Comme un nouveau baptême, on se mouille aux fontaines sacrées de Tirta Empul (eaux bénites qui jaillissent),

blog tirta

cela malgré la fraicheur de l’eau.

blog froid

Puis, on se réchauffe dans les eaux tièdes et verdâtres de Banjar (« coupées » au soufre)

blog Benjar

avant d’avoir le souffle coupé aux cascades de Sekumpul.

blog cascade

On flotte entre terre et mer au Tanah-Lot

blog tanah lot

puis, après quelques retraites méditatives,

blog retraiteblog retraite1blog meditation

  1. on entre en contact avec Ganeshblog ganesh
  2. ou on s’élève (sans la monture Garuda de Vishnou)blog elevation
  3. ou encore, on marche sur l’eau à Tirta Ganggablog tita gangga

L’eau est omniprésente à Bali. Tirta pour eau sacrée. Mais comme le dit le Géo de 07/2013 , le mythe de l’eau immaculée a une conséquence désastreuse : on la croit imputrescible et on est loin des préoccupations écologiques. Pourvu que Bali ne devienne pas … une décharge à ciel ouvert.

En route pour Bali

Dimanche 11 mai 2014

23 avril 2014, c’est le D-Day. En route pour Bali.

Et même si notre chemin est minutieusement bali-sé, on ne se racontera pas de bali-Verne : on ne peut s’empêcher de baliser !

Il n’ y a qu’à jeter un coup d’oeil à nos bagages. Nos angoisses les plus profondes y dégoulinent :

  1. Sof a au moins 3 frousses :
    1. les piqûres de moustiques ; elle a chargé ses trousses en bombes à la citronnelle qu’elle dégaine plus vite que son ombre.
    2. le manque de nourriture ; c’est pour cela qu’elle a rempli son sac à main de cookies enfermés dans de volumineux tupperware.
    3. le froid ; des gilets d’hiver tapissent le fond de sa valise malgré des températures annoncées voisinant les 30°C.
  2. Myriam craint les toilettes publiques. Sa valise est celle d’une commerciale, représentante de lingettes désinfectantes.
  3. Cyril a une phobie de l’imprévu : il a la liste exhaustive des ambassades françaises dans un rayon de 3000 kms autour de Kuala Lumpur, des fois que notre avion s’égare dans ce coin du monde.
    Il a par ailleurs en horreur les fesses rouges de macaque et, craignant d’en avoir des semblables, il a 6 rouleaux de PQ triple épaisseur.
    Blog1
  4. Dom n’a qu’une phobie mais elle est de taille : le soleil. Il n’a prévu que des manches longues, a 3 jeux de casquettes pour la famille, et surtout des litres de crème solaire.

A part ça, à fond l’aventure !