Archive pour juin 2014

Devenons citoyens !

Jeudi 26 juin 2014

Rousseau, citoyen du futur.

L’auteur Jean-Paul Jouary s’en défend mais, de façon évidente, son livre est un texte incitatif, un manifeste pour une redéfinition du terme « citoyen » et plus si affinité.

Si J-P convoque J-J, c’est que le philosophe du XVIIIème siècle (1712-1778) ou plutôt sa pensée politique n’a pas pris une ride et est formidablement pertinente. Il en donne un aperçu dans un texte dont la lecture est, selon l’expression consacrée, stimulante.

Certains passages sont en effet éclairants.

Jouary s’arrête par exemple sur les 3 mots usuels représentant/dirigeant/gouvernant, considérés comme synonymes lorsque l’on parle de nos élus. Qu’en est-il ?

Lorsqu’ un « magistrat » est élu par les autres citoyens, il représente le peuple, c-à-d re-présente le peuple. Cela insinue donc que le peuple substitué est absent, que son pouvoir (pourtant rappelé par l’étymologie demo-cratie) est transféré à l’élu. Au choix, concession de son pouvoir décisionnel à l’élu, confiscation de sa souveraineté citoyenne par l’élu, dépossession.

Mélenchon, sors de ce corps ! Cela vide en tout cas le concept de démocratie de son coeur et de sa substance.

Mais alors que faire si on rejette notre sacrosainte élection au suffrage universel ?

Rousseau et, dans son sillage, Jouary suggèrent une élection au sort. Le terme de gouvernant prendrait alors tout son sens. Par quel procédé ?

A l’eau pour une métaphore filée rapprochant cité et bateau : par voie directe (genre votation suisse), le peuple fixe le cap pour chaque item de la vie de la cité. Le citoyen tiré au sort pour être « magistrat » a alors une charge (et non un avantage), un devoir (et non un pouvoir) : il a la responsabilité de tenir la barre/le gouvernail, c-à-d suivre la direction choisie par le peuple des citoyens. Il est gouvernant. A aucun moment, il ne choisit une direction de son propre chef : il n’est pas un dirigeant !

Le vocabulaire est implacable : dans une démocratie « vraie », le « magistrat » obéit au peuple ; dans notre système qu’on appelle improprement démocratie, le magistrat domine/dirige le peuple.

Après l’exposé de Jouary, les petites phrases genre « le pouvoir n’est pas dans la rue » deviennent insupportables, l’expression « démocratie participative » (respectivement « représentative ») apparaît comme un pléonasme (respectivement un non-sens).

« Unité des contraires »

Mardi 24 juin 2014

(Billet adapté d’un passage de Rousseau, citoyen du futur,  J-P. Jouary)

Après que la passion amoureuse s’est estompée, après la période bénie où on baise et jouit partout.

Lui : on ne fait plus l’amour, d’ailleurs tu n’aimes pas l’amour, tu es devenue insensible à mes caresses.

Elle : Mais, est-ce-que tu t’es demandé pourquoi ? je refuse de jouer la sparring-partner dans ton sport favori si toi, « en vit », ne me fait pas envie. Et si je n’ai pas envie, c’est parce que, en définitive, je n’y trouve pas mon compte. Libido ne rime pas avec déception.

Lui : Je ne suis pas doué ? c’est ce que tu signifies. Ok, je suis un peu rapide, je te l’accorde. Mais on ne demande pas à un athlète qui court une fois par semaine de faire un marathon. Si j’ai quelques difficultés à me retenir, c’est parce que nos rapports sont trop espacés. Endurance rime, que tu le veuilles ou pas, avec fréquence.

Patatras ! On se heurte au paradoxe de la poule et de l’oeuf. Deux phénomènes dont chacun suppose l’autre, l’effet de l’un étant la cause de l’autre.

Une hypothèse : que nenni ! Et si la prétendue situation de cause à effet, permettant à chaque parti de se dédouaner et de se protéger d’une blessure narcissique, confortable donc pour l’un et l’autre, était artificielle et cachait une autre réalité ?

Démonstration : Chacun souffre de ses frustrations, chacun s’en plaint, mais aucun ne souhaite véritablement qu’on le débarrasse de la tare attribuée à l’autre. Le cadre « homme pressé/femme insensible » est vécu comme naturel et chacun pourra y puiser, selon son genre, une raison à ses faiblesses. On se protège à la guerre comme à la guerre.

On craint trop que le remède fasse plus de mal encore.

Petit scenario catastrophique :

  1. si la femme s’adonne davantage aux plaisirs de la chair, l’homme sera peut-être plus performant mais, malgré ses progrès, il n’est pas assuré de satisfaire sa compagne.
  2. Inversement, si l’homme se transforme en étalon, la femme aura-t-elle la garantie d’un appétit sexuel significativement accrue ?

Le couple « veut-il être guéri de ses maux ? » En réalité, il est probable que ce ne soit pas

  1.  » il éjacule trop vite parce qu’elle est frigide » OU « elle finit frigide parce qu’il éjacule trop vite « ,
  2. mais  » il éjacule trop vite ET elle est frigide. « 

Il y a un monde entre Mars et Vénus.

terremarsvenus

malgré une unité des contraires

unités des contraires

Et si les différences entre sexes, quantité/qualité, bestial/cérébral… se résumaient par : « idéalement », l’homme fréquente quotidiennement plusieurs maîtresses. Quant à la femme, un seul amant…différent chaque jour. Autre formulation : l’homme est infiniment infidèle, la femme fidèle une infinité de fois.

 

 

 

 

 

Bac Philo

Jeudi 19 juin 2014

Elsa passe le bac, série S (comme scientifique), mais elle se destine à un cursus artistique.

Avec sa culture et sa fibre littéraire, elle a peut-être choisi lundi (épreuve de philo) le sujet : l’artiste est-il maître de son oeuvre ?

En vrac, ce que j’aurais essayé de caser poussivement (j’aurais souffert pour illustrer !)  :

1 ) Maîtrise à la conception ?

Maîtrise des techniques, des outils (peinture, cinéma, instruments et voix…) mais, dans une création, plein de choses qui ne sont pas du ressort de la technique, qui relèvent de l’émotion, des sensations, de l’instant s’imposent en partie à l’artiste. D’ailleurs, production à l’instant t différente a priori de ce qui serait créé à t+epsilon (cf les séries).

« Maître de son oeuvre » sous-entend « contrôle total ». Or,

  1. Rôle parfois d’éléments extérieurs sur lesquels on n’a aucune prise : lumière pour le peintre/photographe (cf impressionnisme)…
  2. Importance des tranches de vie : rencontre amoureuse/rupture, naissance/décès d’un proche, périodes de Picasso…
  3. Oeuvre souvent dépendante de courants, de mode (artiste prisonnier de son époque ?). Et même si l’artiste est précurseur d’un quelconque mouvement et rompt donc avec les codes en vigueur, il s’agit souvent d’une réaction à un courant en vogue.
  4. Artiste officiel d’un régime autoritaire : productions sur commande et donc message imposé, Vs artiste engagé

2) Maîtrise après réalisation ?

L’oeuvre vit, indépendamment de l’artiste : pas de contrôle sur l’interprétation, sur la réception par le public, sur l’impact, sur la valeur marchande…

Par ailleurs, oeuvre au delà de l’artiste : artiste disparaît, oeuvre survit (parfois célébrité/reconnaissance posthume).

3) L’oeuvre est-elle sa propriété ?

téléchargement +  oeuvres revisitées/parodiées/plagiées et donc en partie dans le domaine public.

4) « Renversement » du rapport de force : oeuvre envahissante qui mange/ronge l’artiste, artiste qui devient esclave (au service de l’oeuvre), qui devient fou, qui abandonne femme et enfants (Gauguin)…

 

 

 

 

En bullant

Jeudi 12 juin 2014

Un dessin et une bulle vide à remplir dans svj  :

casse-ta-fiole

On avait proposé :

1) Boire ou ne pas bien se conduire, il faut choisir !
2) On m’appelle Casse-ta-Fiole !

On a eu droit à un clin d’œil. La prochaine, c’est la bonne.

Tiens ! avec un p’tit vent de folie ou une petite « fiole de folie », vous n’auriez pas une petite idée à nous souffler pour la prochaine ?

cactus

 

Le sens caché du monde

Mercredi 11 juin 2014

Le mot est une valise ; y sont rangés un préfixe, un suffixe et un radical qui indiquent le sens (de son voyage).

Parfois, un passager clandestin se glisse dans le pêle-mêle de lettres. Pas facile de le déloger. Mais lorsqu’il est débusqué, on veille à ce qu’il ne se fasse pas la malle parce que, dorénavant lié au mot initial comme un frère de sang, il verrouille la valise.

C’est ainsi que les auteurs de  anagrammes renversantes  (titre)

index

ont percé le secret de « L’Origine du monde, Gustave Courbet » ; ils ont révélé le sens caché du monde (sous-titre) : « ce vagin où goutte l’ombre d’un désir ».

origine

Déborah de Robertis, elle , n’a rien à cacher et, assise entre le spectateur et la célèbre toile, en miroir, elle lève le voile sur son intimité : elle remonte sa robe dorée comme le cadre du tableau et ouvre sa vulve pour une version 2.0 du chef d’oeuvre.

deborahrobertis

Tous les articles sur le geste de Déborah renvoient à une autre performance réalisée le jour de pâques, celle de Milo Moiré qui, debout au dessus de sa toile, peint en expulsant de son vagin des oeufs de colorants préalablement enfournés.

Art ou pas art ? On s’en fout, mais les deux jeunes femmes n’auront pas volé leur titre de « hardistes ».

La création de « ma poule » – surnom cruel pour une performeuse qui se dit féministe – est assez étonnante.

MiloMoiré

J’y vois … l’appareil génital féminin

appareil

Comme le suggère anagrammes renversantes :

anagramme-2

 

 

Bali-Ballot

Lundi 2 juin 2014

On passe quelques jours à l’étranger et on croit/prétend connaître le pays visité alors que, par définition de « étranger≠familier », l’idée de co-naître est…tuée dans l’oeuf.

Il n’y a que deux mots échangés avec l’autochtone, on n’a qu’une vision étriquée et parcellaire du lieu, on n’a accès qu’au folklorique, mais – raccourci étymologique (folk=peuple, lore=tradition) ?- on disserte en expert sur les us et coutumes locaux à grands coups d’affirmations péremptoires.  Et si on rencontre un copain qui a fait le même voyage, chacun vendra son périple avec la mention « authentique », en étant « plus soucieux de débiter ses marchandises que d’en acquérir de nouvelles. »

Du partiel au global, du particulier au général, de l’échantillon à la population, on procède par induction.

Le risque est évidemment l’erreur.

Le physicien Dirac a deux méthodes pour amoindrir ce risque.

L’une est sans faille : se taire.

L’autre, pas très éloignée du mutisme, est un mélange de concision-précision.

  1. La concision pour circonscrire une erreur éventuelle. D’ailleurs, selon Dirac, « la parole, à l’inverse de l’artillerie, ne compense pas l’imprécision du tir par l’abondance de la mitraille. »
  2. La précision au risque d’être ridicule. Alors qu’un collègue, qui partage le même wagon que le taiseux Dirac et qui juge le silence pesant, engage la conversation en remarquant que les moutons au loin dans la campagne sont fraîchement tondus, Dirac répond : « exact, au moins de ce côté-ci ! »

On est partagé entre l’exposé prétentieux qui se paie par une dose d’arrogance (réelle ou supposée) et le souci de vérité qui invite au silence.

Mais, si on parle, on pourra toujours contrer celui qui nous fera grief du sacrifice de LA VERITE par la célèbre anagramme : la vérité est… relative.