Devenons citoyens !

Rousseau, citoyen du futur.

L’auteur Jean-Paul Jouary s’en défend mais, de façon évidente, son livre est un texte incitatif, un manifeste pour une redéfinition du terme « citoyen » et plus si affinité.

Si J-P convoque J-J, c’est que le philosophe du XVIIIème siècle (1712-1778) ou plutôt sa pensée politique n’a pas pris une ride et est formidablement pertinente. Il en donne un aperçu dans un texte dont la lecture est, selon l’expression consacrée, stimulante.

Certains passages sont en effet éclairants.

Jouary s’arrête par exemple sur les 3 mots usuels représentant/dirigeant/gouvernant, considérés comme synonymes lorsque l’on parle de nos élus. Qu’en est-il ?

Lorsqu’ un « magistrat » est élu par les autres citoyens, il représente le peuple, c-à-d re-présente le peuple. Cela insinue donc que le peuple substitué est absent, que son pouvoir (pourtant rappelé par l’étymologie demo-cratie) est transféré à l’élu. Au choix, concession de son pouvoir décisionnel à l’élu, confiscation de sa souveraineté citoyenne par l’élu, dépossession.

Mélenchon, sors de ce corps ! Cela vide en tout cas le concept de démocratie de son coeur et de sa substance.

Mais alors que faire si on rejette notre sacrosainte élection au suffrage universel ?

Rousseau et, dans son sillage, Jouary suggèrent une élection au sort. Le terme de gouvernant prendrait alors tout son sens. Par quel procédé ?

A l’eau pour une métaphore filée rapprochant cité et bateau : par voie directe (genre votation suisse), le peuple fixe le cap pour chaque item de la vie de la cité. Le citoyen tiré au sort pour être « magistrat » a alors une charge (et non un avantage), un devoir (et non un pouvoir) : il a la responsabilité de tenir la barre/le gouvernail, c-à-d suivre la direction choisie par le peuple des citoyens. Il est gouvernant. A aucun moment, il ne choisit une direction de son propre chef : il n’est pas un dirigeant !

Le vocabulaire est implacable : dans une démocratie « vraie », le « magistrat » obéit au peuple ; dans notre système qu’on appelle improprement démocratie, le magistrat domine/dirige le peuple.

Après l’exposé de Jouary, les petites phrases genre « le pouvoir n’est pas dans la rue » deviennent insupportables, l’expression « démocratie participative » (respectivement « représentative ») apparaît comme un pléonasme (respectivement un non-sens).

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