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Archive pour juillet 2014

Retour aux sources

Mardi 22 juillet 2014

Un séjour à la Réunion est essentiellement un retour aux sources.

source

La source est sucrée (« lé doux » en créole) lorsque Clem profite d’une leçon sur la consommation de la canne ; L’oncle Serge lui propose une variante au masticage-recrachage des fibres de la tige ; On peut en effet battre un segment entre deux noeuds jusqu’à son attendrissement et le tordre pour récupérer le précieux nectar.  Magnéto…Serge

Jus de canne

La source est cristalline lorsque, pour une reconstitution (partielle) de la jeunesse de papi Charlot et de ses frères, une réplique de la fontaine installée au coeur de leur quartier sert de décor à la troupe familiale et à sa pièce « véyèr dlo » (tentative de traduction : gardien de la fontaine).

C’est cette même fontaine Bayard à volant qui inspire mon oncle Benjamin.

La vieille fontaine 

Avec derrière son dos, le versant d’un talus,
d’un talus bien trop haut, qu’un soleil au-dessus
jamais n’est descendu jouer de ses rayons
sur sa coque tendue couverte de limon.
Avec ce sentiment d’éternel abandon,
avec le poids des ans a toujours tenu bon, 
vieille fontaine de mon enfance.

Et un arbre si gros comme seul horizon,
énorme filaos qui poussait en amont ;
un cerisier à côtes où des oiseaux en fête
y déposaient des notes au dessus de sa tête
dans des rires et des chants qui sentaient bon l’été
alors que sur son flanc l’humidité pleurait,
vieille fontaine de mon enfance.

Face à son front jauni, un chemin caillouteux
et des cases vieillies où d’honnêtes voyous
n’ont volé que des fruits pour survivre à genoux
quand famine riait à se tordre le cou ;
Quand la vie était dure, redressée sur son socle,
apaisait d’une eau pure des envies de révolte,
vieille fontaine de mon enfance

Sur son dernier côté, quand la brise soufflait,
il lui montait des villes un vent de liberté
qui ramenait du large, du bout de l’horizon
des envies de voyage ; de voir d’autres moussons
pour donner à ses rêves les moyens d’exister.
Mais de rêves en rêves, elle n’a fait que rêver,
vieille fontaine de mon enfance.

Quand je reviens parfois pour me désaltérer,
même si elle n’est plus là, je bois l’eau du passé.
De mon coeur en désordre jaillit une étincelle
et ma coupe déborde de larmes qui ruissellent.
Comme un être vivant elle a subi la mort,
écoute dans le vent, sa mémoire coule encore,
vieille fontaine de mon enfance.

Afin que le retour aux origines soit équilibré pour les garçons (côté pile : Réunion, face : Sud de la France), on a choisi pour la lecture du soir un livre qui sent bon le thym et qui donne un large écho au chant des cigales . Son titre ? Manon des sources con !

Le beurre peut être salé !

Jeudi 3 juillet 2014

Pour le 8ème de finale du Mondial contre le Nigéria, on reçoit une bande d’ Alunés(copains qui participent chaque année au festival ardéchois d’Aluna)  allumés. Chacun a apporté une bricole et on partage bières, chips, pizzas…et le stress d’une élimination possible.

Cyril, assis sur une chaise au 3ème rang, chambre : il feint de ne pas bien distinguer nos valeureux Français et me suggère de « travailler plus pour gagner plus » si je souhaite corriger cette fausse note dans notre accueil presque parfait ; le profit dû aux heures supp, corrections supp… permettrait en effet l’acquisition d’un plus grand écran.

L’oncle de Myriam qui est prof suit cette ligne ; toute rentrée d’argent supplémentaire sert en effet à mettre du beurre dans les épinards : elle a la fonction de permettre la consommation immédiate d’un bien/service inenvisageable autrement. Convaincant !

Mais alors, pourquoi n’ai-je pas le même fonctionnement ? Suis-je aussi idiot que celui qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre ?

La raison principale s’appelle paresse. A l’écoute de la nature qui minimise les dépenses énergétiques dans le monde vivant, je suis un partisan du moindre effort !

Evidemment, mon service minimum et la situation familiale l’autorisent. A Sophie qui se tue à la tâche pour décrocher une prime, je répète d’ailleurs: « lève le pied, la vie professionnelle est longue. »

Rien à foutre, Sophie besogne, devient bouchère fermière et amène le beurre dans les épinards. Notez que je suis assez filou pour partager le beurre, l’argent du beurre et le…(parce qu’on y entre précisément comme dans du beurre). Après tout, normal : je ne compte pas pour …

Il y a une autre raison, secondaire mais non négligeable, à ma réticence aux petits extra. « Bosser plus pour gagner plus » ou plutôt sa suite implicite « gagner plus pour… » n’est pas en accord avec mon fonctionnement axiologique (désolé pour le gros mot, je n’en ai pas d’autres et ne sais d’ailleurs pas s’il convient).

Qu’est-ce-qui pousse Sof à faire des journées-marathon pour son entreprise ? La conscience professionnelle évidemment. Mais ce n’est pas tout. Elle pourrait assurer sa mission au strict nécessaire mais elle est prisonnière d’un système.

(Ce qui suit est largement inspiré d’un échange entendu entre Frédéric Lordon et Judith Bernard.)

Le chef a un désir (celui de vendre le maximum de …), Sof en a a priori d’autres (hobbies épanouissants…) et le defi du chef est de faire en sorte que les désirs individuels épousent le désir-maître. Pour réduire cette distance, il récompense (primes, challenge…), joue les GO (tournoi de pétanques, petit séjour à Barcelone…). Alternativement, il met la pression et caresse dans le sens du poil. Il manipule jusqu’à ce que son salarié éprouve « l’amour du maître », ce truc zarbi qui fait qu’on est heureux quand notre travail de bon petit soldat est reconnu.

Le système prête main forte au chef. Le système a inventé la société de consommation. De beaux objets nous font les yeux doux. Aucun doute, on craque si on a des sous. Alors, on bosse plus, au détriment de nos désirs profonds, pour acheter plus. Le cercle est vicieux, aux sens propre et figuré.

Alors, camarades ! Ne vous endormez pas en disant OUI au système. La tête qui dit OUI, c’est la tête de celui qui plonge dans le sommeil. Dites NON avec la tête, un mouvement qui évoque au contraire le réveil.

PS à Sof : si tu me lis, on va où pour les prochaines vacances ? t’as compris, je suis un peu radin  radis, « rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur et toujours près de l’assiette au beurre« .