Le beurre peut être salé !

Pour le 8ème de finale du Mondial contre le Nigéria, on reçoit une bande d’ Alunés(copains qui participent chaque année au festival ardéchois d’Aluna)  allumés. Chacun a apporté une bricole et on partage bières, chips, pizzas…et le stress d’une élimination possible.

Cyril, assis sur une chaise au 3ème rang, chambre : il feint de ne pas bien distinguer nos valeureux Français et me suggère de « travailler plus pour gagner plus » si je souhaite corriger cette fausse note dans notre accueil presque parfait ; le profit dû aux heures supp, corrections supp… permettrait en effet l’acquisition d’un plus grand écran.

L’oncle de Myriam qui est prof suit cette ligne ; toute rentrée d’argent supplémentaire sert en effet à mettre du beurre dans les épinards : elle a la fonction de permettre la consommation immédiate d’un bien/service inenvisageable autrement. Convaincant !

Mais alors, pourquoi n’ai-je pas le même fonctionnement ? Suis-je aussi idiot que celui qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre ?

La raison principale s’appelle paresse. A l’écoute de la nature qui minimise les dépenses énergétiques dans le monde vivant, je suis un partisan du moindre effort !

Evidemment, mon service minimum et la situation familiale l’autorisent. A Sophie qui se tue à la tâche pour décrocher une prime, je répète d’ailleurs: « lève le pied, la vie professionnelle est longue. »

Rien à foutre, Sophie besogne, devient bouchère fermière et amène le beurre dans les épinards. Notez que je suis assez filou pour partager le beurre, l’argent du beurre et le…(parce qu’on y entre précisément comme dans du beurre). Après tout, normal : je ne compte pas pour …

Il y a une autre raison, secondaire mais non négligeable, à ma réticence aux petits extra. « Bosser plus pour gagner plus » ou plutôt sa suite implicite « gagner plus pour… » n’est pas en accord avec mon fonctionnement axiologique (désolé pour le gros mot, je n’en ai pas d’autres et ne sais d’ailleurs pas s’il convient).

Qu’est-ce-qui pousse Sof à faire des journées-marathon pour son entreprise ? La conscience professionnelle évidemment. Mais ce n’est pas tout. Elle pourrait assurer sa mission au strict nécessaire mais elle est prisonnière d’un système.

(Ce qui suit est largement inspiré d’un échange entendu entre Frédéric Lordon et Judith Bernard.)

Le chef a un désir (celui de vendre le maximum de …), Sof en a a priori d’autres (hobbies épanouissants…) et le defi du chef est de faire en sorte que les désirs individuels épousent le désir-maître. Pour réduire cette distance, il récompense (primes, challenge…), joue les GO (tournoi de pétanques, petit séjour à Barcelone…). Alternativement, il met la pression et caresse dans le sens du poil. Il manipule jusqu’à ce que son salarié éprouve « l’amour du maître », ce truc zarbi qui fait qu’on est heureux quand notre travail de bon petit soldat est reconnu.

Le système prête main forte au chef. Le système a inventé la société de consommation. De beaux objets nous font les yeux doux. Aucun doute, on craque si on a des sous. Alors, on bosse plus, au détriment de nos désirs profonds, pour acheter plus. Le cercle est vicieux, aux sens propre et figuré.

Alors, camarades ! Ne vous endormez pas en disant OUI au système. La tête qui dit OUI, c’est la tête de celui qui plonge dans le sommeil. Dites NON avec la tête, un mouvement qui évoque au contraire le réveil.

PS à Sof : si tu me lis, on va où pour les prochaines vacances ? t’as compris, je suis un peu radin  radis, « rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur et toujours près de l’assiette au beurre« .

 

 

 

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