Retour aux sources

Un séjour à la Réunion est essentiellement un retour aux sources.

source

La source est sucrée (« lé doux » en créole) lorsque Clem profite d’une leçon sur la consommation de la canne ; L’oncle Serge lui propose une variante au masticage-recrachage des fibres de la tige ; On peut en effet battre un segment entre deux noeuds jusqu’à son attendrissement et le tordre pour récupérer le précieux nectar.  Magnéto…Serge

Jus de canne

La source est cristalline lorsque, pour une reconstitution (partielle) de la jeunesse de papi Charlot et de ses frères, une réplique de la fontaine installée au coeur de leur quartier sert de décor à la troupe familiale et à sa pièce « véyèr dlo » (tentative de traduction : gardien de la fontaine).

C’est cette même fontaine Bayard à volant qui inspire mon oncle Benjamin.

La vieille fontaine 

Avec derrière son dos, le versant d’un talus,
d’un talus bien trop haut, qu’un soleil au-dessus
jamais n’est descendu jouer de ses rayons
sur sa coque tendue couverte de limon.
Avec ce sentiment d’éternel abandon,
avec le poids des ans a toujours tenu bon, 
vieille fontaine de mon enfance.

Et un arbre si gros comme seul horizon,
énorme filaos qui poussait en amont ;
un cerisier à côtes où des oiseaux en fête
y déposaient des notes au dessus de sa tête
dans des rires et des chants qui sentaient bon l’été
alors que sur son flanc l’humidité pleurait,
vieille fontaine de mon enfance.

Face à son front jauni, un chemin caillouteux
et des cases vieillies où d’honnêtes voyous
n’ont volé que des fruits pour survivre à genoux
quand famine riait à se tordre le cou ;
Quand la vie était dure, redressée sur son socle,
apaisait d’une eau pure des envies de révolte,
vieille fontaine de mon enfance

Sur son dernier côté, quand la brise soufflait,
il lui montait des villes un vent de liberté
qui ramenait du large, du bout de l’horizon
des envies de voyage ; de voir d’autres moussons
pour donner à ses rêves les moyens d’exister.
Mais de rêves en rêves, elle n’a fait que rêver,
vieille fontaine de mon enfance.

Quand je reviens parfois pour me désaltérer,
même si elle n’est plus là, je bois l’eau du passé.
De mon coeur en désordre jaillit une étincelle
et ma coupe déborde de larmes qui ruissellent.
Comme un être vivant elle a subi la mort,
écoute dans le vent, sa mémoire coule encore,
vieille fontaine de mon enfance.

Afin que le retour aux origines soit équilibré pour les garçons (côté pile : Réunion, face : Sud de la France), on a choisi pour la lecture du soir un livre qui sent bon le thym et qui donne un large écho au chant des cigales . Son titre ? Manon des sources con !

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