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Archive pour février 2015

Solitaire

Mardi 24 février 2015

Une figure récurrente du romantisme est le célèbre voyageur contemplant une mer de nuages de Friedrich. Il peut illustrer selon Google Images  les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau :

Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog

Parodie à Crest-Voland avec les skieurs surfant une mer de nuages :

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Pour Cavanna qui (dé)classe Rousseau parmi « les sales cons, prétentieux, et enfoirés d’enquiquineurs de pauvres gosses », le philosophe peut aller se promener, Cavanna préfère rêver avec Bibi Fricotin (Les Ritals) :

bibi-fricotin

Aux chiottes « la méditation solitaire, l’étude de la nature et la contemplation de l’univers ».

En solitaire, il y a plus fun, moins nébuleux et plus jouissif :

  1. il y a l’écriture : « pour arriver à écrire, l’important c’est d’attraper le tagada-tagada »
  2. et, toujours dans la veine du tagada-tagada, il y a le tagada-tsouin-tsouin la masturbation. Extrait de les ritals   (le jeune Cavanna fantasme sur sa voisine) :

Je me fous la tête sous l’oreiller, je ferme les yeux très fort, je me dis bon, je frappe à sa porte, elle vient m’ouvrir (je me concentre bien bien pour bien la voir dans ma tête), je lui dis c’est pour un renseignement, mais bien sûr entrez donc, oh! je voudrais pas déranger, vous me dérangez pas faites pas de chichis, j’essuie mes pieds sur le paillasson, j’entre, excusez le désordre je suis en plein ménage, mais non c’est moi qui m’excuse, elle est en peignoir éponge, à poil dessous (je bande comme un fou, je commence à me tripoter le bout du gland, merde, eh non, pas encore, faut se garder pour le vrai chouette moment de l’histoire), elle s’assoit, moi aussi, elle croise les jambes, sa cuisse passe par l’ouverture, blanche comme du lait avec de fines veines bleues qu’on devine sous la peau, une douce odeur de ventre tiède monte lentement, je la regarde, elle me regarde avec cet air de se marrer qu’elle a, elle se penche, ses nichons pendent, pâles, dans la pénombre, elle se marre de plus en plus, je me dis j’y vas j’y vas pas (j’ai autant la trouille que si j’y étais pour de vrai), je la prends aux épaules, elle dit rien, me regarde en se marrant toujours, sa lèvre tremble, celle d’en bas, je me lève, je la serre doucement, son visage contre mon ventre, elle se lève aussi, m’enlace, elle est pleine de tendresse, de chaleur, d’amitié, de complicité, on est là tous les deux, mais arrivé là j’en peux plus, moi, ça fait un moment que, à mon insu, ma main m’astique le poireau, de plus en plus frénétique, me retenir davantage impossible, dommage, la suite aurait été formidable : je l’aurais renversée sur le bord du lit, j’aurais ouvert ses cuisses, doucement, elle aurait juste un peu résisté, juste un peu, et puis j’aurais eu en pleine figure l’incroyable violente terrible surprise de sa longue fente bistre fripée tapie derrière ses crins crépus serrés, j’aurais décollé bien doucement les lèvres de sa fente, je serais entré dans tout ce rose caché qui m’attend, qui m’aime, qui m’aspire, qui est mon refuge et ma raison de vivre, et merde, chaque fois pareil, je me suis étranglé la pine comme un furieux, beaucoup trop tôt, plus rien ne comptait que le spasme imminent, vas-y que je t’étrangle, et que je te m’envoie en l’air à en perdre le souffle, renversé culbuté aplati éclaté, l’ouragan ravage tout, il n’ y a plus de haut ni de bas, ni de moi, ni de pas moi, et je me retrouve, vidé comme une grenouille morte, les doigts empoissés, la tête pleine de cloches, sans défense devant la culpabilité qui monte, qui monte…

les-ritals

ça va taguer

Dimanche 22 février 2015

Quand l’actualité légère de mon entourage rencontre la plus pesante. D’un côté, mon cousin Stef est sur le point de se faire tatouer, de l’autre mon amie Mimie, Mamimie, est engagée depuis hier dans un âpre combat contre une leucémie.

Deux #tags donc pour ce billet, tatoo et cancer, auxquels les deux sens du mots tag me conduisent par association d’idées :

  1. tag = graffiti —> tatouage
  2. tag = marqueur —> cancer

Mouuuu..ais ! Mais pourquoi une telle association ?

D’abord, deux constats :

  1. Je trouve qu’un tatouage bien choisi et assumé participe au charme de celui qui le porte. Je ne me vois pas avec un tatouage.
  2. Tous les dermatologues qui m’ont ausculté m’ont sommé de me protéger du soleil en brandissant le mélanome comme épée de Damoclès.

Qu’est-ce qui pourrait toutefois me décider à un signe cutané ? peut-être un cancer de la peau.

Il s’agirait alors d’une réaction, loi du talion :

  1. le cancer (traumatisant) marque au fer rouge. Alors, revanche, on  marque à son tour ce qui a été l’objet de sa souffrance.
  2. On met au rancart les hideux grains de beauté, on les insère dans un tatouage-placard.
  3. On règle son compte au naevus : son ancrage assassin dans la peau est puni par un encrage malin. Il a voulu un acte testamentaire, il aura un acte tégumentaire.
  4. Si le mélanome a (au sens propre) ma peau, j’aurai (au sens propre) la sienne (celle dont il m’a dépossédé).
  5. On customise sa peau à pois(ons), on en fait un maillot à pois pour mieux remonter la pente.

Pour l’heure, c’est à Mamimie que je pense : « oeil pour oeil, dent pour dent, 100 pour 100, tu feras la peau à cette bon sang de leucémie, même si elle te fait faire du mauvais sang ! »

 

 

 

 

 

Du cul, Pardi !

Lundi 2 février 2015
Le hussard sur le toit, roman de l’égoïsme et de l’égoïsme, il y en a à tous les étages.
1) Au rez-de-chaussée, en tout cas au ras des pâquerettes : Alors que le choléra rôde, on ne pense qu’à sa petite gueule. Villes barricadées, quarantaines, plus de lien avec l’étranger ; on peut même rompre avec ses proches si ces derniers sont atteints, on abandonne lâchement leur dépouille lorsqu’ils succombent.
2)  Au sous-sol : Egoïsme du cholérique. C’est la thèse peu académique du vieux médecin-philosophe du chap 13. Celui qui flirte avec le choléra, est séduit (au sens étymologique : détourné du droit chemin) par l’univers de la mort, une sorte de paradis laïc, un infini avec lequel il lui tarde de fusionner. « Le cholérique n’est pas un patient : c’est un impatient. » (p.478). Attiré irrésistiblement par le spectacle promis (70 vierges ?), c’est avec lucidité, en toute connaissance de cause, « en voyant clair et des deux côtés », qu’il sacrifie fissa famille et vie terrestre pour l’autre monde.
Pauline fait une première expérience de ce désir de mort, résistant in extremis au corbeau qui lui conte fleurette : « Je n’ai jamais rien entendu de plus horrible que cette chanson endormeuse qu’il m’adressait sans arrêt. Je me sentais sucrée de la tête aux pieds et envie de fermer l’oeil. A quoi j’ai dû céder deux secondes et il était sur moi. »
La vieille nonne qui lave les morts à Manosque a aussi perçu la dimension psychosomatique du choléra.
– Allons! allons, dit la nonne. Et elle prit l’ homme dans ses bras. Allons, allons! dit-elle, un peu de patience. Tout le monde y arrive ; ça va venir. On y est, on y est. Ne te force pas, ça vient tout seul. Doucement, doucement. Chaque chose en son temps.
Elle lui passa la main sur les cheveux.
– Tu es pressé, tu es pressé, dit-elle, et elle lui appuyait sa grosse main sur les genoux pour l’ empêcher de ruer dans le bois du lit. Voyez-vous s’ il est pressé! Tu as ton
tour. Ne t’ inquiète pas. Sois paisible. Chacun son tour. Ça va venir. Voilà, voilà, ça y est.
C’ est à toi. Passe, passe, passe.
L’ homme donna un coup de reins et resta immobile. (p.190)
Une nonne en plein gang bang ? Pas du tout ! L’homme est dans un corps à corps avec la mort, c’est une mise-Amor. La nonne est une entremetteuse, une passeuse.
3) Sur les toits : Mais y-a-t-il un héros pour le salut de l’humanité ?
J’ai crû en Pardi, mais je ne suis (du verbe suivre) plus Pardi ! Parce que Pardi est un imposteur, un escroc. Angelo Pardi est un tartuffe.
Pourtant, tout concourt à le porter aux nues.
  • D’abord, un prénom ! Angelo, ange, messager de Dieu. Aussi, avec sa chasteté irréprochable, on se demande si, à l’instar des anges, Angelo a un sexe.
  • Ensuite, une filiation un peu vague : Angelo est le fils de la duchesse Ezzia Pardi mais aucune référence n’est faite au père ; Angelo est le fils de sa mère comme Jésus fils de Marie. Messager de Dieu ou messie ?
Mais en réalité,
  1. son chemin de croix au coeur d’une Provence malade n’est qu’un chemin de soi, un chemin de l’ego !
    Regarde-le, « l’épi d’or sur son cheval noir », au chevet d’une population ravagée par l’épidémie. Générosité et dévouement – certes ! – lorsqu’il frictionne les mourants ou lave les morts. Mais il en abuse, et de fait nous abuse : il fait du charnier un terrain de jeu pour son orgueil ; en accomplissant ce qu’il s’est fixé comme devoir, il est, dans un passage à vide (d’humanité),  « au comble du bonheur ».
  2. Autre comportement suspect de Angelo : l’abstinence sexuelle et le jeûne. Et si carême rime avec « himself/il s’aime » !
    1. Affamé et assoiffé dès les premières lignes du roman, après quelques imprudences alimentaires, il s’astreint à une ascèse diététique : polenta, thé, aliments soigneusement bouillis, et rien d’autres.
    2. Privations sexuelles aussi ! C’est le « Tohu-bohu » , l’orgie, la partouze à l’auberge du chap 5. Des femmes « dépoitraillées » – pieds posés sur des barreaux de chaises – qu’on « fourrage ouvertement », miaulent comme « des chattes en chasses », gloussent comme des poules. Angelo est d’abord troublé, excité, mais le puceau réprime/censure vite ses émotions érotiques.

Interprétation soufflée par Cespedes dans l’homme expliqué aux femmes : « l’ascétisme embellit son autopunition au point qu’il la prend pour une autorécompense. Les exercices de mortification ont laissé la place aux exercices de narcissisme. »
Toutefois, Angelo craque un peu à la fin du roman, chez le médecin-philosophe. Faut dire qu’il y a la tentation conjointe de la chair et de la bonne chère.

  1. D’abord une « puissante odeur de venaison et de sauce au vin ». Angelo tentera de rester droit  comme un cierge de Pâques dans ses bottes mais cèdera à la popote.
  2. Trempé jusqu’aux os après la tempête, sur ordre du médecin, il « se fout à poil » et s’enroule dans une couverture près du feu et près de Pauline.
    « Au diable la pudeur, restez là près du feu. Vous êtes bien fait, qu’est-ce-que vous risquez ? Croyez-vous que mademoiselle a été créée et mise au monde per studiare matematica ? …regardez-moi ce visage et ces grands yeux.« 
  3. Les deux tentations sont même indissociables lorsque Pauline dévore et pousse quelques « petits gémissements de gourmandise ».

 

Quid du cul, pardi ? Il la nique ou pa(s)-nique ?
Ne pas lire le chap 14 en diagonale, sinon le contresens est assuré :
« il souleva les jupes. Une main de glace saisit sa main. » J’aime mieux mourir « , dit Pauline…Il se débarrassa de la main avec brutalité et arracha les lacets qui nouaient la jupe à la taille. Il déshabilla la jeune femme comme on écorche un lapin, tirant les jupons et un petit pantalon de dentelle…Il découvrit le ventre et le regarda avec attention. Il le toucha des deux mains, partout. Il était souple et chaud…Les gémissements de la jeune femme jaillissaient maintenant assez forts et sous le coup de spasmes. C’était une plainte continue qui ne trahissait pas une très grande douleur, qui accompagnait le travail profond d’une sorte d’état ambigu, qui attendait, espérait même, semblait-il, un paroxysme où le cri alors devenait sauvage et comme délirant…Enfin, il eut toute une série de petite pensée très colorée, de lumières très vives dont quelques-unes étaient cocasses et risibles et, à bout de forces, il reposa sa joue sur ce ventre qui ne tressaillait plus que faiblement, et il s’endormit… » J’ai dormi, se dit-il, mais à voix haute et d’un ton lamentable. - Tu étais à bout de forces « , dit-elle.
Angelo violeur, dépiauteur ? Angelo en mâle dominateur ? Si on tombe par ailleurs sur les lignes : Pauline avait commencé à se salir par en bas. Il nettoya soigneusement tout et plaça sous les fesses une alèse faite de lingeries brodées qu’il avait sorties de la valise.« , on pourra même penser qu’il est scatophile.
Rien de tout ça ! Avec ses petits bras, il frictionne Pauline. Il ne la chauffe pas, il la réchauffe.
« Ce n’est pas la première fois, se dit Angelo, mais ils me sont tous morts dans les mains. »
Et si, ce coup-ci, la cholérique choisit la vie, c’est parce qu’elle aime Angelo à mourir ; ce n’est pas parce qu’il a eu les bons gestes, Angelo (très peu mâle) est le mal dominateur, Angelo est un diable, « plus fort, ou plus beau, ou plus séduisant que la mort. » Comme dit Baudelaire, « il a voulu devenir un ange, il est devenu une bête. »