Eglise baroque à Rome

Qui dit église, dit pape François, dit St François d’Assise, dit ordre mendiant et voeu de pauvreté.

Mais alors, le contraste est saisissant, entre ce dénuement (christique) auquel invite l’Eglise et les ors de quelques chiesas romaines. Abondance, exubérance, surcharge des décorations : on est au coeur de l’art baroque.

On a une vague idée du contexte historique dans lequel naît le baroque. Alors que Luther, Calvin et leurs épigones, indignés par le commerce des indulgences (en particulier en vue de la (re)construction de la basilique St-Pierre), remettent en cause la hiérarchie ecclésiastique et veulent faire de la bible leur unique guide, les jésuites de Ignacio de Loyola contre-attaquent au service du pape et réaffirment le culte de Marie et des saints. Pour séduire le fidèle égaré sur les terres protestantes, s’impose une propagande basée sur l’image. Rien n’est trop beau pour gagner les coeurs.

Il n’empêche que l’expression « église baroque » est une drôle d’association de mots, le chaud et le froid juxtaposés, l’austérité et l’ostentation côte à côte : un oxymore. Dans l’ordre chronologique du séjour, on a déambulé dans St André-de-la-vallée, St Ignace de Loyola et Gesù.

1) On se déplace dans la nef de St-André-de-la-Vallée et on est victime d’un tourbillon ascendant lorsqu’on piétine sous la coupole, la pomme d’Adam tourné vers le ciel. La peinture en spirale au plafond et la position instable du spectateur donnent le tournis. L’illusion d’une aspiration vers le ciel fonctionne bien. Les voûtes envoûtent. Alors, on se pose sur un banc, s’allonge pour chercher l’équilibre, vaincre le vertige et mieux poser son regard sur la coupole. Pas le temps de passer au crible la composition, pas le temps de déceler les ficelles de la mise en scène, un curé intervient promptement et exige avec autorité la position verticale.

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2) La visite est encore plus spectaculaire dans l’église St-Ignace-de-Loyola.

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Spectacle d’illusionnisme d’excellente facture, qui amène une vive discussion entre Cyril et Dom pour savoir si le plafond est plat ou en berceau : Cyril, oeil de Lynx, a vu la surface semi-cylindrique, le trompe-l’oeil de Pozzo a pris Dom dans ses rets.

Discussion

De la verticalité encore : un temple à ciel ouvert prolonge l’architecture de l’édifice et le spectateur – exposé (comme les 4 continents) à la lumière divine qu’irradie le coeur d’Ignace de Loyola – est encore une fois happé par la perspective, par la profondeur, vers Jésus, vers le fondateur de la compagnie des jésuites, vers le paradis.

Paradis artificiel via une extension du plafond à l’infini : aucun doute, l’Eglise est l’un des premiers virtuoses de la société du spectacle.

Parenthèse : cette perspective avec prolongement de la structure fait penser à l’École d’Athène peinte par Raphaël au Vatican (Renaissance). Cette fois-ci, l’artiste a creusé un temple fréquenté par d’illustres Grecs dans un mur latéral de la Chambre de la Signature.

chambre de la signature

3) Spectacle toujours à l’église du Gesù avec le plafond de Gaulli.

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Difficile de régler l’autofocus de sa mirette ; la mise au point est mise à mal par les violents contrastes : avalanche écrasante de personnages, dont certains sculptés sortent et envahissent notre espace, et simultanément un tourbillon ascendant vers la lumière divine. Une kyrielle excentrée d’anges et autres créatures sont projetés vers le sol alors que le spectateur est injecté au centre dans la composition. La fresque dégueule du cadre, c’est à la fois pénétrant et écoeurant. On est débordé, et, toujours selon une logique oxymorique, les frontières se brouillent entre peinture et sculpture, espace de l’artiste et espace du spectateur, proche et lointain, terre et ciel.

« Je ne tiens pas debout, le ciel coule sur mes mains »

En définitive, l’oxymore est la principale figure de la « rhétorique baroque ».

 

 

 

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