Charlie, la méthode de l’ami TODD

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Le massacre de Charlie Hebdo et de l’hyper-cacher début janvier est le fait d’actualité qui m’a incontestablement le plus marqué.

Il m’a bouleversé !

Signe de l’ébranlement interne : j’ai alterné les lectures de billets blogués teintés d’idéologies diamétralement opposées.

D’abord, j’ai étanché ma soif d’un durcissement législatif et expectoré ma haine en passant chez des intellos durs avec l’islam, voire islamophobes.  J-P Brighelli et P. Bilger, par exemple, amenuisent sans état d’âme l’isthme entre les mers Islam et Islamisme, l’une pourtant pacifique et l’autre démontée. Todd a peut-être raison quand il dit : « Le choc provoqué par l’horreur des attentats du 7 janvier a pris la France par surprise et permis la libération de tendances instinctives jusque-là refoulées. » (p.98)

Dans un second temps, un peu honteux de ma « gueule de bois idéologique », je suis allé sur des terres plus politiquement correctes, enrichies d’engrais moins passionnels.

Dans le registre rationnel, le texte de F. Lordon intitulé Charlie à tout prix ? est exceptionnel. Le juge et la guêpe de Maître Eolas vaut aussi son pesant d’or. L’avocat met en garde contre le choc anaphylactique. Quésaco ?

« Le terrorisme est pour le corps social comme une piqûre de guêpe. C’est douloureux, l’auteur de ces lignes en sait quelque chose. Cela arrache un cri de douleur, parfois des larmes. Mais ce n’est jamais mortel. Ce qui peut provoquer la mort, c’est la réaction excessive du corps face à cette agression … le système immunitaire du corps qui en, sur-réagissant, finit par se détruire lui-même. »

Même longueur d’onde avec l’introduction du dernier essai de E. TODD, Qui est Charlie ?, paru début mai chez Seuil. L’auteur parle d’hystérie collective à propos de l’excès émotionnel qu’a suscité l’horreur et constate que, au lendemain des attentats, « être français c’était, non pas avoir le droit, mais le devoir de blasphémer. »

Y-a-t-il eu un « flash totalitaire » comme l’affirme Todd ? une anecdote par ici semble lui donner raison. Lors de la 20ème journée de ligue 1, le Montpelliérain El Kaoutari est le seul joueur à s’échauffer sans le t-shirt « #je suis Charlie ». Au lieu de susciter l’indifférence – soyons fous, va pour un peu de mépris -, il est cloué au pilori.

Mais qui est Charlie ? Vous, moi, enfin toute la France. Pas si évident, petite confidence : je n’étais pas au défilé du 11 janvier. Peut-on dresser un portrait-robot de Charlie ?

Todd va enquêter en profileur. Il laisse de côté les raisons louables de manifester, qui relèvent du conscient, qui sont grosso modo l’attachement aux valeurs fondamentales de la République.

Il traque à l’échelle de la société les forces/pulsions profondes qui, en sourdine, conduisent les individus à être Charlie. Plus qu’un slogan sur une banderole, qu’est-ce qui détermine Charlie ?

J. Macé-Scaron peut ironiser facilement lorsqu’il dézingue Todd dans son article au vitriol, Emmanuel Todd, intellectuel zombie :

« chers lecteurs, vous ne voyez pas ce que vous voyez, vous ne pensez pas ce que vous pensez. Chers lecteurs, vous êtes pareils au prisonnier de la Caverne de Platon, vos perceptions vous abusent, et vous prenez les ombres et les fumées sorties de votre imagination pour la réalité. »

Todd ne prétend pas faire de la psychologie, à l’échelle individuelle ; son travail, de nature statistique, s’appuie sur la masse et relève de la modélisation.

Dans son intro, il annonce un portrait pas très avantageux. Inutile de pousser des cris d’orfraie : le Charlie de Todd n’est ni vous, ni moi mais un modèle.

Affaire à suivre.     

Une réponse à “Charlie, la méthode de l’ami TODD”

  1. mariecandide dit :

    D’accord avec monsieur Todd sur l’idée du « devoir de blasphémer » consécutif aux attentats. L’émotion collective est contagieuse, parfois. Dans mon village, aussi, tout le monde a été « Charlie » pendant quelques semaines. Au bureau de tabac, la commerçante insignifiante s’est gonflée d’importance, avec sa pancarte « plus de Charlie » scotchée en vitrine, comme, j’imagine, son aïeule, sous l’Occupation, avec « plus de viande, de sucre, de chocolat ». On a connu la guerre, en janvier, et tout le monde a eu des poussées d’héroïsme. J’y suis allée aussi de ma petite pierre courroucée sur l’image honnie des empêcheurs de blasphémer en rond. Ils font peur, quand même, ces énervés de la sourate, et leur discours se répand vite et fort. Cependant, ce qui m’effraie davantage, c’est ce que j’ai senti de haine collective autour de moi, chez la boulangère, le facteur, les collègues, les amis, même les plus pacifiques, et en moi aussi, un peu. « tendances instinctives jusque là refoulées ». C’est exactement ça, on y revient toujours. L’Autre, et le danger potentiel qu’il véhicule, avec ou sans kalach.

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