Tatouage

Les we en Ardèche se suivent et… se ressemblent. Camping, grillades, bonne humeur…et art.

Le 20 juin, c’était les dessins et peintures de Chauvet. On change de dimension et de support le 27, pour un autre art que le pariétal, avec les tatouages des cousins lyonnais.

Une différence de taille évidemment : gloire méga-posthume pour les panneaux  de la grotte contre des productions irréversibles, définitives à l’échelle humaine mais qui ne survivront pas à leur support.

Jolie nana et camélias en encres colorées sur une cuisse pour Aurélie, montre à gousset pour le biceps gauche de Stef.

L’heure affichée sur le tatouage de Stef n’est pas le 10h10 standard. Point de nom de marque à mettre en valeur dans le V des aiguilles. Stef a choisi comme motif une montre (objet qu’il affectionne particulièrement) et son heure de naissance y est inscrite. Remplacement d’un instant essentiel mais de plus en plus lointain par un signe (spatial) permanent et à portée de main. Cela confirme la dimension « autobio(icono)graphique » du tatouage.

Le thème du temps interpelle. D’abord, quid du tatouage dans 30 ans ? Stef met les pendules à l’heure : il s’en moque ; sa montre pendouillera avec le muscle, et alors ?, sa montre se fera pendule, « la pendule d’argent qui ronronne au salon qui dit oui qui dit non qui dit je vous attends ».

D’ailleurs – psychologie à deux francs – son choix d’une montre (avec heure de naissance, en prime) ne traduit-il pas une crainte de la mort ?
Alors que la quarantaine pointe, alors que les premières courbatures se manifestent au réveil, alors que son énergie de sportif est sur la pente descendante, alors que la jouvence s’échappe, n’est-ce pas un moyen de reprendre le contrôle sur un corps qui tend à foutre le camp ? une façon de se rattacher à ce qui s’éloigne le plus de l’issue fatale, à savoir le commencement ? Conjurer la mort par l’affirmation de sa naissance.
Regard dans le rétroviseur à mi-parcours, éclairage du passé quand le futur semble s’assombrir. Photo du début sur le biceps, en guise de retardateur de la fin ?
Si cette hypothèse tenait, on assisterait à la conversion d’une angoisse profonde, sourde et diffuse en un signe superficiel, clair et circonscrit. Intériorité Vs extériorité.

Moins d’info pour la peinture corporelle d’Aurélie, mais son tattoo est sans aucun doute le « titou » de la tatoueuse et de la tatouée. Commande et orientation pour l’une avec la présentation de son univers « stylé », création pour l’autre avec son stylet. Cela suppose une forte dose d’intimité ; intimité confirmée par une anecdote que rapporte Aurélie : alors que la tatoueuse pique avec application dans l’entrecuisse, la tête penchée sur les détails de son oeuvre, un couple de tatoueuses gays interpelle leur collègue : « ça ne sent pas trop la moule ? »

En parlant de moule, je fais part d’une vague impression après avoir discuté avec Stef, Aurélie (et Guigui). Le tatoué

  1. s’écarte du strict moule biologique par modification corporelle légère, en fignolant l’enveloppe que lui a donné une matrice
  2. marque sa singularité par un signe cutané (pas complètement démocratisé) et sort donc aussi du moule social.

Il se marque pour mieux se démarquer. Aussi, il semble tirer une certaine fierté 1- de la mise à distance de la norme, 2- de son adhésion à une nouvelle communauté, la « tribu » des tatoués.
Autre ressort de cette fierté : le tatouage, incandescent sur la peau, semble conférer une forme de puissance, comparable à celle qui gagne le bleu-bite qui vient de perdre sa virginité ; tatouage rime – moule oblige – avec dépucelage.

Enfin, on entend la démarche esthétique. Tattoo, Bijou ? décoration ? peu importe, le tatoué casse la neutralité naturelle (voire la fadeur lisse)  du corps en « magnifiant la surface de la peau »et, bien qu’objet 2D, le tatouage (se) met en relief.
Une nouvelle fois, irruption de l’opposition « intériorité/extériorité » : le tatouage est un volcan au niveau de l’épiderme et c’est la personnalité qui est en éruption. De là, le tattoo change la silhouette ; il y a donc une dimension « plastique » et le caractère addictif du tatouage (confirmé par les cousins) renforce la comparaison avec la chirurgie esthétique.

 

 

 

 

 

3 Réponses à “Tatouage”

  1. Yan dit :

    Billy… racine carré ;)

  2. Dominique dit :

    Billy ou peu appelle à moin jcv

  3. Yan dit :

    « Je suis un mec simple, y’a pas plus compliqué que moi ! »
    JCV

    lol

    ;)

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