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Archive pour septembre 2015

« Première à droite au fond à gauche »

Vendredi 25 septembre 2015

On se pose parfois de drôles de questions à propos de « l’autre ». Vous ne vous êtes jamais demandé comment votre voisin baise ? ou, si la réponse n’est pas publique, comment il se fait baiser… je veux dire comment il vote ?

Arrêt de jeu Dom : tu cesses d’être sage avec ta seconde interrogation car remettre en cause la représentation du peuple en sous-entendant que élection = piège à cons (sic), c’est faire le jeu du ni-ni frontiste. Tu files un mauvais coton et tu chagrines : serais-tu marine ?

Alors, droite ou gauche ?

Je les vois venir les mauvais coucheurs qui balaient d’un revers de main ma question, alléguant que cette opposition binaire est obsolète. Ceux-là sont en tout cas démasqués sur le champs en vertu d’un mot de Alain relevé dans ce court article :  « lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche ».

Il y a un obstacle de taille dans l’enquête sur le positionnement politique du voisin : gare aux imposteurs qui  « se flattent d’être de gauche » (drapés dans les valeurs du « coeur »), ou qui « avouent être de droite », fiers d’un courage qu’ils pensent alors exprimer. Petit aparté : depuis la « décomplexion » de la droite par Sarko et avec le procès de bien-pensance intenté systématiquement contre les gauchistes, on peut se demander en définitive s’il n’est pas plus aisé de se dire de droite que de gauche.

Je pense pouvoir reconnaître un prof qui vote à droite. C’est un prof qui donne des cours particuliers. Il ne se contente pas de son salaire de fonctionnaire, de son statut de salarié. Haro sur les 35 heures et les congés

martine

il convertit une partie de ses vacances en treizième mois. C’est un entrepreneur, d’ailleurs il a étudié le marché et il a déjà pensé à démissionner pour se lancer corps et âme dans l’industrie du cours particulier.

Et le prof qui vote à gauche ? il chante l’école publique, l’école de la République, il est plus sensible à l’égalité des chances qu’au mérite. C’est par ailleurs un réformateur et il ne souffre pas les textes qui lui suggèrent de sensibiliser les élèves à la dernière lubie du ministre socialiste en exercice au détriment de la traditionnelle triptyque « lire/écrire/compter ».

On sort de la salle de classe et on observe autour de soi : il y a des réactions, spontanées, instinctives, qui trahissent le secret de l’isoloir.

Coup d’oeil par exemple sur les faits d’actualité qui déclenchent l’indignation. Ce ne sont pas les mêmes stimuli qui font vibrer les cordes sensibles des deux camps, comme si la vision de l’actualité était en définitive hémiplégique. Avec une constante (d’un comique de répétition) : on reproche au camp indigné (s’il s’agite) de ne pas raison garder et de céder à l’émotion.

Les faits divers comme la mésaventure du bijoutier de Nice (qui avait abattu l’un des deux braqueurs de son commerce) ou les fraudes aux prestations sociales irritent au plus haut point les gens de droite. Le gars de gauche réagit quant à lui davantage lorsqu’un patron fait des siennes, ou qu’un grand groupe écorne son image suite à un scandale social.

Je vous livre maintenant une scène qui m’a retourné ; peut-être n’y aura-t-il plus de mystère sur le bord dont je suis/crois être.

Dans le registre « indignation », du « high level » avec l’intervention musclée (et stérile) de Robert Ménard dans des appartements de la Devèze squattés par des migrants Syriens.

Menardbeziers « vous n’êtes pas les bienvenus »

Qu’est-ce qui rend ces images nauséabondes ?

beziers (photomontage avec ajout de deux affichettes)

Sur la forme d’abord, la mise en scène et la démonstration de force souhaitées par Ménard, davantage destinées à parler à son électorat qu’à résoudre le problème, sont à vomir. Des images nauséeuses de propagande avec un minus en cowboy vent debout contre le Grand Remplacement.

On objectera que la photo du petit Alan a été largement exploitée pour susciter la prise de mauvaise conscience (à défaut d’une réelle mobilisation) et qu’il est donc dans l’ordre des choses que s’organise une riposte dans cette guerre d’images. Dont acte…mais ça pue quand même !

Sur le fond, c’est plus compliqué à trancher dans le vif. Parce que dire qu’on accueille les migrants POINT…ça fait bien, ça ne mange pas de pain, ce n’est pas la Méditerranée à boire. Mais on devine bien que la logistique (où ? comment ? combien ?) et la gestion de ces va-nu-pieds relèvent du casse-tête. Par ailleurs, condamner sans appel ceux qui craignent avec l’arrivée massive d’étrangers le déclassement ou une cohabitation avec de nouveaux voisins qui pourraient s’avérer encombrants, c’est penser que les autres ont, comme moi, assez de confort pour que l’Etat puisse regarder ailleurs que dans leur cuisine sans que cela leur soit préjudiciable.

Ces quelques précautions prises, il y a quand même :

  1. une compassion naturelle qui pousse à accueillir ces hommes désespérés. D’ailleurs, une générosité minimale peut être perçue comme un investissement de nature égoïste : bloquer des familles misérables derrière des rideaux de barbelés ne risque-t-il pas de fabriquer du ressentiment à la pelle (premier pas vers une radicalisation) et, à long terme, être nuisible à la communauté nationale ?
  2. une forme d’ironie dans l’idée extrême d’une fermeture des frontières. L’objectif déclaré est clair : éviter des « invasions barbares », le triomphe de l’islam et la fin de la civilisation christiano-européenne. Supposons un instant que « leur » hantise de l’islam ne relève pas du fantasme et que ce soit dans un futur proche l’avènement de la charia sur le territoire ; beaucoup tenteront de quitter leur douce France perdue pour un air plus respirable. Suspectés à leur tour d’être des djihadistes visant à passer à travers les mailles du filet, ils rencontreront peut-être des barbelés sur les routes de l’exil et vivront alors ce qu’ils souhaitent imposer aujourd’hui à des hommes qui fuient la guerre, Daesch ou tout autre choléra.

Mise à jour (6 oct) : Daniel Schneidermann écrit le 6 oct sur son site « arrêt sur images » : « La violence physique visible, télégénique, médiatisée, exercée sur deux dirigeants d’Air France, contre la violence sociale invisible de 2900 suppressions de postes envisagées dans la compagnie. Toujours la même opposition, irréductible. Toujours ce même ping pong intérieur, des deux violences : par laquelle suis-je, devrais-je être le plus indigné ? Pourquoi celle-ci me laisse-t-elle plus indifférent que celle-là ? »

 

 

Burne-out

Jeudi 24 septembre 2015

Jeudi soir (de la semaine dernière) je me sens patraque, patraque au point de ne pas finir ma carotte pelée. Les mauvaises langues réagissent vite : « ça y est, ça fait 3 semaines qu’il est rentré, il fait un burn-out ! »

Il est temps de rétablir la vérité.

D’abord, je ne nie pas que la reprise est éprouvante. Clem en a d’ailleurs fait les frais. Alors qu’il termine une matinée d’école à 11h et que je suis (ndlr : exceptionnellement) disponible pour le récupérer, je me gare en face du portail avec un peu d’avance et je rentabilise les 10 minutes à tuer par une micro-sieste. Je suis réveillé par un Clem furax qui tambourine contre le carreau pour que je déverrouille la portière. « Papa, tu viens me chercher au collège et tu dors ? » hurle-t-il, incrédule et honteux d’un père ne respirant pas la santé et le dynamisme.

Mais qu’est-ce qui me détraque ? peut-être l’actualité déprimante et une mauvaise conscience qui me traque.

Je connais un Syrien nommé Assad et j’ai pensé à lui à maintes reprises ces derniers jours. Même la leçon d’Histoire de Clem sur la Mésopotamie me ramène à l’Euphrate et à Raqqa où les parents et le petit frère de Assad survivent. Avec un doigt hésitant, je tape un sms à Assad pour qu’on déjeune ensemble, j’attends fébrilement son retour et suis content qu’il réponde positivement à mon invitation.

Au resto’U Vert-Bois, devant un plat de seiche, Assad déballe sa détresse et lorsqu’il s’arrête pour me demander des nouvelles de ma famille, un peu gêné aux entournures, je lui dis deux mots de la rentrée des garçons et de notre séjour en Crète. Assad, le sourire aux lèvres : « tu as croisé des migrants sur les plages ? » et il ajoute devant ma mine déconfite : « on peut rire de tout, même du tragique, non ?  »

 

Migrants, pour ou contre ?

Mardi 15 septembre 2015

Paraître plus intelligent qu’on ne l’est est une obsession chez le commun des mortels.

Illustration avec la question : « et toi, que penses-tu de l’accueil des migrants ? »

On écarte les plus fanfarons qui demanderont en préliminaire : « les migrants ou les réfugiés ? Non parce que ce n’est pas la même chose ! ».

Pour le gus lambda, donc, la  démonstration se fait toujours selon le même schéma : on balaie l’antithèse en une phrase puis on envoie du lourd, on expose sa théorie.

Ça commence donc comme ça :

  1. « bien sûr que c’est triste, bien entendu que c’est terrible - le gus ne pense pas un mot de ce qu’il dit au moment où il le dit, déjà tout entier à sa « thèse » – MAIS… »
  2. « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde MAIS quand même… »

Faire croire qu’on a embrassé la question dans sa complexité, qu’on a pesé chaque parti avec précision et que son propos, loin d’être caricatural, est tout en nuance et, surtout,  plein de bon sens.

Pourtant la caricature pend au nez de chacun. Exemple avec le coup de gueule de Moscato sur D8, du pain bénit pour la « fachosphère« .

Moscato tape sur les pipoles et, en creux, sur tous ceux qui (sur)jouent la carte de la solidarité. On apprécie le numéro de clown, on salue sa faconde et son improvisation. En réalité, aucune impro puisqu’il dit déjà grosso merdo la même chose en mai 2013 dans une interview accordée au Progrès :

« tu remarqueras un truc : le type qui te parle de partage, de solidarité, de générosité, quand tu le retrouves à la machine à café c’est toi qui casques. Cela dit, c’est humain d’exacerber des qualités que l’on n’a pas. »

1- D’abord, on sourit. Parce qu’on se reconnaît un peu dans le portrait du faux-cul que dresse Moscato. Solidarité ? sur le papier, oui. Un « impôt-migrant » supplémentaire ? pourquoi pas, mais pas question – et c’est non négociable !- de mouiller le maillot dans un quelconque camp, ou (pire) d’être famille d’accueil. Bref, générosité peut-être, à condition que ça ne perturbe en rien le ronron quotidien.

2- Ensuite, on réécoute, on relève un biais et on ne sourit plus.

On pense résumer l’idée de Moscato sans trop en dénaturer le sens par :  « commençons par aider son voisin français démuni, et on regardera les étrangers…APRÈS. (A1) »

On entend volontiers ces mots lorsque le locuteur est lui-même démuni ou a du mal à joindre les deux bouts : ce qui est investi pour les étrangers est « perdu », ne lui sera donc ipso facto plus jamais destiné. Pire, les frais d’accueil finiront sous une forme ou une autre (chômage, avantages rognés, impôt…) par l’impacter et peut-être l’anéantir.

On a plus de mal lorsque ces mots viennent de la bouche de nantis et lorsque ces mêmes gugus vomissent sur le social. Moscato dans le texte dans la dite interview : « à force d’avoir été trop social, d’avoir dit oui à tout, on est un peu à la ramasse aujourd’hui mais je reconnais que c’est dur d’être courageux. (A2) » Si les arguments (A1) et (A2) sont audibles, ils le sont à condition d’être formulés disjointement. Mais leur combinaison a un effet fallacieux.

Comment sous-entendre que les euros dépensés pour des Syriens pourraient être avantageusement mis à disposition de nécessiteux français alors qu’on dénonce, en d’autres circonstances, l’aide de l’état aux plus démunis nationaux ?

 

 

 

 

 

 

Gucci chie ou le goût de chichi ?

Mercredi 9 septembre 2015

Hasard malheureux, collision/télescopage regrettable, fâcheuse concomitance…c’est en ces mots que l’on commente la parution simultanée, dans le Monde daté du 4 sept, de la funeste photo du petit garçon syrien nommé Aylan (noyé et rejeté par les flots sur une plage turque) en une, et une publicité pour Gucci en page 5.

collision

On croit Hélène Dely lorsqu’elle affirme dans une chronique sur France culture : « les espaces publicitaires d’un journal sont répartis dans les pages et vendus aux annonceurs, bien avant que ne se décide le contenu des articles qui viendront cohabiter avec ces publicités. »

Inutile donc de blâmer le journal !

Faut-il de même laisser « tranquilles » les auteurs de la campagne de pub ?

On les connaît, ces « artistes », pas toujours seuls dans leur tête. Que dire par exemple de ce chef-d’oeuvre

gucci

Une interprétation ? Gucci ne se contente plus d’être un accessoire de mode faisant partie de l’arsenal de séduction, Gucci est la femme, la femme est totalement absorbée par son sac, elle y est tout entière contenue, ce qui fait de l’objet fendu (en principe externalisé, mais selon le photographe « enveloppant ») un être excitant, une sorte de vagin géant et insondable que l’homme, cédant à son obsession de remplir, fourre jouissivement. Pire, renversement des rôles : la femme lorsqu’elle sera visible deviendra un accessoire du sac. En tout cas-cas, c’est du Gucci-Ass/goût-de-chiasse !

Quant à la pub qui fait le buzz avec le mannequin échoué sur le sable, le sac de luxe en planche de salut, si sa parution en écho de la tragique photo de Aylan n’a pas été préméditée, on peut quand même se poser la question de savoir si les naufrages en série des migrants n’ont pas inspiré le photographe. N’est-ce pas une citation des boat people à destination des Beurk-pipoles ? Aussi, à voir le regard vide du mannequin, on les entend penser :  » Pauvres gens. Comme un malheur ne vient jamais seul, leur simple évocation provoque l’ennui. »

Après le porno-chic (Gucci-Hot/goût-de-chiotte), la tendance est au clodo-chic : Gucci-Haine/Goût de chienne !