« Première à droite au fond à gauche »

On se pose parfois de drôles de questions à propos de « l’autre ». Vous ne vous êtes jamais demandé comment votre voisin baise ? ou, si la réponse n’est pas publique, comment il se fait baiser… je veux dire comment il vote ?

Arrêt de jeu Dom : tu cesses d’être sage avec ta seconde interrogation car remettre en cause la représentation du peuple en sous-entendant que élection = piège à cons (sic), c’est faire le jeu du ni-ni frontiste. Tu files un mauvais coton et tu chagrines : serais-tu marine ?

Alors, droite ou gauche ?

Je les vois venir les mauvais coucheurs qui balaient d’un revers de main ma question, alléguant que cette opposition binaire est obsolète. Ceux-là sont en tout cas démasqués sur le champs en vertu d’un mot de Alain relevé dans ce court article :  « lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche ».

Il y a un obstacle de taille dans l’enquête sur le positionnement politique du voisin : gare aux imposteurs qui  « se flattent d’être de gauche » (drapés dans les valeurs du « coeur »), ou qui « avouent être de droite », fiers d’un courage qu’ils pensent alors exprimer. Petit aparté : depuis la « décomplexion » de la droite par Sarko et avec le procès de bien-pensance intenté systématiquement contre les gauchistes, on peut se demander en définitive s’il n’est pas plus aisé de se dire de droite que de gauche.

Je pense pouvoir reconnaître un prof qui vote à droite. C’est un prof qui donne des cours particuliers. Il ne se contente pas de son salaire de fonctionnaire, de son statut de salarié. Haro sur les 35 heures et les congés

martine

il convertit une partie de ses vacances en treizième mois. C’est un entrepreneur, d’ailleurs il a étudié le marché et il a déjà pensé à démissionner pour se lancer corps et âme dans l’industrie du cours particulier.

Et le prof qui vote à gauche ? il chante l’école publique, l’école de la République, il est plus sensible à l’égalité des chances qu’au mérite. C’est par ailleurs un réformateur et il ne souffre pas les textes qui lui suggèrent de sensibiliser les élèves à la dernière lubie du ministre socialiste en exercice au détriment de la traditionnelle triptyque « lire/écrire/compter ».

On sort de la salle de classe et on observe autour de soi : il y a des réactions, spontanées, instinctives, qui trahissent le secret de l’isoloir.

Coup d’oeil par exemple sur les faits d’actualité qui déclenchent l’indignation. Ce ne sont pas les mêmes stimuli qui font vibrer les cordes sensibles des deux camps, comme si la vision de l’actualité était en définitive hémiplégique. Avec une constante (d’un comique de répétition) : on reproche au camp indigné (s’il s’agite) de ne pas raison garder et de céder à l’émotion.

Les faits divers comme la mésaventure du bijoutier de Nice (qui avait abattu l’un des deux braqueurs de son commerce) ou les fraudes aux prestations sociales irritent au plus haut point les gens de droite. Le gars de gauche réagit quant à lui davantage lorsqu’un patron fait des siennes, ou qu’un grand groupe écorne son image suite à un scandale social.

Je vous livre maintenant une scène qui m’a retourné ; peut-être n’y aura-t-il plus de mystère sur le bord dont je suis/crois être.

Dans le registre « indignation », du « high level » avec l’intervention musclée (et stérile) de Robert Ménard dans des appartements de la Devèze squattés par des migrants Syriens.

Menardbeziers « vous n’êtes pas les bienvenus »

Qu’est-ce qui rend ces images nauséabondes ?

beziers (photomontage avec ajout de deux affichettes)

Sur la forme d’abord, la mise en scène et la démonstration de force souhaitées par Ménard, davantage destinées à parler à son électorat qu’à résoudre le problème, sont à vomir. Des images nauséeuses de propagande avec un minus en cowboy vent debout contre le Grand Remplacement.

On objectera que la photo du petit Alan a été largement exploitée pour susciter la prise de mauvaise conscience (à défaut d’une réelle mobilisation) et qu’il est donc dans l’ordre des choses que s’organise une riposte dans cette guerre d’images. Dont acte…mais ça pue quand même !

Sur le fond, c’est plus compliqué à trancher dans le vif. Parce que dire qu’on accueille les migrants POINT…ça fait bien, ça ne mange pas de pain, ce n’est pas la Méditerranée à boire. Mais on devine bien que la logistique (où ? comment ? combien ?) et la gestion de ces va-nu-pieds relèvent du casse-tête. Par ailleurs, condamner sans appel ceux qui craignent avec l’arrivée massive d’étrangers le déclassement ou une cohabitation avec de nouveaux voisins qui pourraient s’avérer encombrants, c’est penser que les autres ont, comme moi, assez de confort pour que l’Etat puisse regarder ailleurs que dans leur cuisine sans que cela leur soit préjudiciable.

Ces quelques précautions prises, il y a quand même :

  1. une compassion naturelle qui pousse à accueillir ces hommes désespérés. D’ailleurs, une générosité minimale peut être perçue comme un investissement de nature égoïste : bloquer des familles misérables derrière des rideaux de barbelés ne risque-t-il pas de fabriquer du ressentiment à la pelle (premier pas vers une radicalisation) et, à long terme, être nuisible à la communauté nationale ?
  2. une forme d’ironie dans l’idée extrême d’une fermeture des frontières. L’objectif déclaré est clair : éviter des « invasions barbares », le triomphe de l’islam et la fin de la civilisation christiano-européenne. Supposons un instant que « leur » hantise de l’islam ne relève pas du fantasme et que ce soit dans un futur proche l’avènement de la charia sur le territoire ; beaucoup tenteront de quitter leur douce France perdue pour un air plus respirable. Suspectés à leur tour d’être des djihadistes visant à passer à travers les mailles du filet, ils rencontreront peut-être des barbelés sur les routes de l’exil et vivront alors ce qu’ils souhaitent imposer aujourd’hui à des hommes qui fuient la guerre, Daesch ou tout autre choléra.

Mise à jour (6 oct) : Daniel Schneidermann écrit le 6 oct sur son site « arrêt sur images » : « La violence physique visible, télégénique, médiatisée, exercée sur deux dirigeants d’Air France, contre la violence sociale invisible de 2900 suppressions de postes envisagées dans la compagnie. Toujours la même opposition, irréductible. Toujours ce même ping pong intérieur, des deux violences : par laquelle suis-je, devrais-je être le plus indigné ? Pourquoi celle-ci me laisse-t-elle plus indifférent que celle-là ? »

 

 

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