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Archive pour octobre 2015

Biomimicry

Vendredi 30 octobre 2015

Biomimicry en anglais, et 3 termes en français : bionique (vers 1960)/biomimétisme (vers 2000)/bio-inspiration (vers 2010), démarche qui consiste à observer la nature, comprendre un phénomène et l’adapter à l’échelle de l’homme, dans une finalité industrielle, médicale ou autre.

L’exemple le plus courant de la bio-inspiration : le fruit de la bardane qui s’accroche aux lacets et aux pantalons et sa déclinaison dans notre quotidien, le système de fermeture Velcro (velours/crochet).

Velcro

La compagnie d’assurances Generali s’inspire aussi de ces boules végétales, avec une technique marketing basée sur le viral.

Je contracte une assurance-vie. Le commercial (pardon, le conseiller), non content de faire une (petite) affaire, me sollicite pour mon carnet d’adresses. Le principe : je lui donne les numéros de mes proches, je les convaincs de l’intérêt d’un coup de fil du groupe qui n’engage en rien, et il appelle pour décrocher un rendez-vous à domicile.

Je lui explique que je ne suis pas un bon vendeur (façon gentille de lui signifier que je ne veux pas être ambassadeur de la marque comme Zidane, si je ne récolte pas les fruits de la publicité).

zizou

Moi trop velours, lui trop crochet, il insiste, fait fi de mon manque d’enthousiasme en me proposant un SMS-type à semer à tout vent.

Sa technique de « propagation » a déjà fait ses preuves dans la nature : « disséminer gratuitement et efficacement les graines ».

Le bouche à oreille, pourquoi pas ? – lui dis-je pour écourter poliment l’échange – le viral non.

Consommateur OUI, consom-amateur pas trop car je consomme parfois à mon corps défendant, consom-acteur dans la mesure du possible NON !

Réf : http://www.institut-paul-ricard.org/IMG/pdf/LettreIOPR2013-web.pdf et http://www.internetactu.net/2005/09/15/internet-viral/

Quelque chose en nous de … Falcone

Mardi 13 octobre 2015

Sous la dictature de la maternité, on stigmatise les individus sans enfants, leurs vies sans nuits fractionnées par des tétées sont marquées du sceau de l’égoïsme le plus infamant, leurs « chambres sans berceau » sont aussi incongrues qu’un salon sans télévision.

- Regarde celle-là, tu te rends compte, elle prive son mari de la joie paternelle parce qu’elle refuse de voir son ventre se déformer. C’est scandaleux ! Bon, d’accord, elle a souffert d’anorexie pendant son adolescence, mais « Non mais allô quoi, t’es une fille, t’as pas envie d’enfanter ? » Alors, ils ont adopté mais c’est pas pareil !

Quand une femme tient ce genre de discours, on crie : « Simone, reviens, elles sont devenues folles ! »

Chez les honnêtes gens, c-à-d ceux qui ont au moins un mouflet, on idolâtre la progéniture. Et on minaude : « c’est tellement beau l’amour parental ! »

Mais aime-t-on l’enfant seulement pour lui-même, ou a-t-on quelque chose en nous de Falcone ?

Mateo Falcone, le héros de la nouvelle éponyme écrite par Mérimée, et sa femme Giuseppa élèvent à la lisière d’un maquis corse leur cadet Fortunato, seul garçon de la fratrie, et ils placent tout « l’espoir de la famille » en leur fils. Et, lorsque le garçon de 10 ans cache le « bandit » Gianetto poursuivi par les gendarmes (contre une pièce d’argent) puis le trahit  appâté par une plus belle récompense (la belle montre de l’adjudant Gamba), Mateo est envahi d’une colère froide. Ne pas respecter la loi de l’hospitalité et, pire, ne pas tenir sa parole sont un crime de lèse-majesté chez les Falcone. Crime de haute trahison qui salit le nom, souille l’honneur de la famille. Mateo sévit – étymologie de circonstance, saevus=cruel- en tuant son fils d’une balle. Clairement, Mateo préfère à son fils l’ambition qu’il nourrit pour lui, et le fils ne peut survivre à sa faute rédhibitoire qui marque la fin de toute projection paternelle.

On reporte tous son ambition sur sa progéniture, on espère que l’énergie investie sur le mioche se convertira en réussite. On est habité par une obsession, le sentiment de « postéromanie » : perpétuer avec succès son nom. Mission : survie de l’espèce. D’ailleurs, chez Mérimée, Mateo sauvage comme un « lynx », en sacrifiant son fils comparé à un « chat » (animal domestiqué), éteint sa lignée à cause d’une évolution qu’il juge dégénérescente.

On vise la réussite du descendant parce qu’elle rejaillira en amont. Là-dedans, de l’orgueil… et un égoïsme plus sournois et donc plus vil que celui des individus sans enfants.

Quid si l’enfant ne correspond pas au modèle rêvé, si , à trop espérer de lui, on est déçu ?

On fera le deuil des ambitions projetées ! Faire le deuil ? cela signifie qu’on aura, de façon symbolique évidemment, tué le fils. On est en germe, en imagination, en puissance un Mateo Falcone. Après Oedipe ou le meurtre du père, Falcone ou le meurtre du fils. Falcone en figure universelle : ne pas avoir d’enfant = avortement radical (pré-conception), en avoir = déception fatale due à l’avorton.

Un mot sur la « genèse » de ce billet :

  1. Erik Orsenna fait la promo de son livre « la vie, la mort, la vie » à la radio (biographie de Pasteur qui a occupé le fauteuil 17 de l’académie française comme Orsenna). Il raconte que le père de Pasteur, ancien soldat de Napoléon qui a élevé son enfant dans l’idée d’une certaine grandeur de la France, fait litière du baccalauréat que prépare Louis à Paris lorsque son fils déprime loin de la famille, et le fait revenir à la maison sans une seconde d’hésitation. Tant pis pour les ambitions de papa qui veut avant tout le bien-être de son fils.
  2. Anecdote qui entre en collision avec le destin tragique de Fortunato dans la nouvelle Mateo Falcone de Mérimée.
  3. Vient la question : où se placer entre Mateo et le père Pasteur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Impossible de violer cette femme pleine de vices »

Jeudi 1 octobre 2015

KK

Virginie Despentes, King Kong théorie, p49 : « Dans Les Métamorphoses d’Ovide, on dirait que les dieux passent leur temps à vouloir attraper des femmes qui ne sont pas d’accord, à obtenir ce qu’ils veulent par la force. Facile, pour eux qui sont des dieux. Et quand elles tombent enceintes, c’est encore sur elles que les femmes des dieux se vengent. La condition féminine, son alphabet. Toujours coupables de ce qu’on nous fait. Créatures tenues pour responsables du désir qu’elles suscitent. »

Je suis tombé par hasard sur un extrait des Métamorphoses d’Ovide qui donne raison à Despentes et qui illustre joliment son petit chapitre titré « Impossible de violer cette femme pleine de vices ». Dans l’extrait, Persée explique à des convives d’où vient la monstruosité de la tête de Méduse.

Meduse

« Apprenez tous que Méduse brillait jadis de tout l’éclat d’une exceptionnelle beauté et qu’elle fut l’objet des voeux empressés de mille amants ! On dit que le dieu des mers fut épris de ses charmes, l’entraîna dans un temple de Minerve où il abusa d’elle. Horrifiée d’un tel acte sacrilège, la déesse rougit, détourna ses yeux modestes, et les cacha sous son égide. Pour venger ses autels souillés, elle changea les cheveux de Méduse en serpents. Maintenant même, la fille de Jupiter, pour imprimer la crainte, porte sur la terrible égide qui couvre son sein la tête de la Gorgone et ses serpents affreux. »

J’ai cherché ce passage sur internet et suis … médusé par le « gommage » du viol dans certaines traductions. On trouve par exemple : « Il (Neptune) osa profaner avec elle le temple de la chaste déesse. » On écoute V. Despentes au sujet de l’évitement du mot « viol » :

  1. « les rares fois où j’ai cherché à raconter ce truc, j’ai contourné le mot « viol » : « agressée », « embroullée », « se faire serrer », « une galère », whatever… »
  2. « les hommes continuent de faire ce que les femmes ont appris à faire pendant des siècles : appeler ça autrement, broder, s’arranger, surtout ne pas utiliser le mot pour décrire ce qu’ils ont fait. Ils ont « un peu forcé » une fille, ils ont « un peu déconné », elle était « trop bourrée » ou bien c’était une nymphomane qui faisait semblant de ne pas vouloir : mais si ça a pu se faire, c’est qu’au fond la fille était consentante »

Despentes pense que « le viol fabrique les meilleures putes » : « une fois ouverte par effraction, elles gardent parfois à fleur de peau une flétrissure que les hommes aiment, quelque chose de désespéré et de séduisant. Le viol est souvent initiatique, il taille dans le vif pour faire la femme offerte, qui ne se referme plus tout à fait. Je suis sûr qu’il y a comme une odeur, quelque chose que les mâles repèrent, et qui les excite davantage. »

Sur les pas du père de la psychanalyse, on peut faire – mais c’est affreud ! – de Méduse violée une sorte de vampire sexuel : n’a-t-elle pas une tête hérissée de phallus grouillants et son pouvoir de pétrification est-il étranger à l’érection chez l’homme ? On retrouve donc chez Ovide l’équation « violée=prostituée ».

Double punition pour Méduse : violée puis coupable ! Comme dit Tartuffe à Elmire :

« Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange,
Et si vous condamnez l’aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits. »
On imagine à ce moment Tartuffe, affublé du bouclier poli comme un miroir dont Persée s’est servi pour éviter le regard de Méduse avant de la décapiter, le tourner vers Elmire pour que celle-ci prenne conscience de l’image qu’elle renvoie.

V. Despentes explique la stratégie de la myopie chez la femme agressée par la crainte de ce deuxième traumatisme, celui d’être reconnue responsable de sa propre agression :

  1. « la culpabilité est comme soumise à une attraction morale non énoncée, qui voudrait qu’elle penche toujours du côté de celle qui s’est fait mettre, plutôt que de celui qui a cogné. »
  2. « comment peux-tu en être sortie vivante, sans être une salope patentée ? Une femme qui tiendrait à sa dignité aurait préféré se faire tuer. Ma survie, en elle-même, est une preuve qui parle contre moi. Le fait d’être plus terrorisée à l’idée d’être tuée que traumatisée par les coups de reins des trois connards, apparaissait comme une chose monstrueuse… »

A ce sujet, c’est hallucinant de retrouver la double peine dans cette petite histoire (pour enfant ?) racontée par des témoins de Jéhovah. S’il est arrivé malheur à Dinah (violée par Sichem), c’est parce que l’imprudente, qui sympathise avec des filles peu fréquentables de Canaan, n’est pas restée cloîtrée chez papa Jacob en attendant un bon mari. Lorsque ses deux frères Siméon et Lévi lavent son honneur en passant au fil de l’épée les hommes de la ville de Sachem, Jacob ne manque pas de reprocher à ses fils leur mauvaise action. Fermez la ban !