On ne naît pas homme, on le devient.

Ce que je suis, je le dois à l’ADN enfermé dans chacune de mes cellules et, quand le spermatozoïde de papa a rencontré l’ovule de maman, j’ai été conçu et déterminé de façon totale : mon identité est programmée depuis cet heureux jour.

Voilà un topo empreint de fatalité et donc pessimiste, mais caduc depuis que certains scientifiques ont sonné le glas du « tout génétique » dans les années 70. Il y a/a eu une forme de plasticité dans mon devenir, je pourrais/aurais pu me construire autrement.

En réalité, ce qui est pré-écrit depuis ma conception, « c’est un ensemble de possibilités et de contraintes dont l’actualisation dépend en permanence de mon histoire et de mon environnement ». L’épigénétique est la science toute neuve qui étudie les interactions entre l’intérieur et l’extérieur.

Il est surprenant que ce champs de recherche soit resté inexploré jusqu’à peu, surtout que des gonzes, plus de la filière littéraire que du monde scientifique, avaient déjà évoqué explicitement l’impact du milieu sur le matériel génétique.

On ne naît pas homme, on le devient.

Exemple 1 : dans le premier opus de « retour vers le futur », au début du film, le père de Marty, Georges Mcfly, est une mauviette, « une victime » à la botte de Biff Tannen. Lorsque Marty est parachuté dans le passé (5 nov 1955), il perturbe involontairement le destin de ses parents au point de faire manquer leur rencontre et de risquer une « mort dans l’oeuf ». Il convainc toutefois son timide de père de se rendre au bal du lycée où se trouve sa mère Lorraine, ultime occasion pour que leur union se fasse. Alors que Biff agresse Lorraine, Georges se fait violence, trouve les ressources pour lui décocher un coup de poing, le met KO, et séduit Lorraine. De retour en 1985, Marty découvre une famille radicalement différente de celle de la version alpha. En particulier, son père (dont le matériel génétique n’a pas muté entre la version buggée et la release candidate) est devenu un homme, un vrai, sûr de lui et achevé. Un reset et un destin autre que celui qu’il aurait connu sans ce coup de poing.

Exemple 2 : une illustration épigèn-antique.
Dans les métamorphoses d’Ovide, il y a cet étrange histoire de Iphis et Ianthé qui suggère encore qu’on est « le produit et le lieu de l’interaction entre gènes et environnement ». Née fille et condamnée à mourir pour ne pas avoir été garçon dans une famille pauvre, Iphis est sauvée par sa mère, placée sous la protection de la déesse Isis, et est élevée comme un garçon. Elle est fiancée à la jolie Ianthé (relation platonique homosexuelle) et, lorsque le jour des noces arrive, que le mariage doit être consommé et que le subterfuge est sur le point d’être révélé, Iphis se transforme en homme : « Son teint perd sa blancheur et ses forces s’accroissent, son visage se durcit et ses cheveux sans apprêt sont moins longs. » Comme dit le proverbe : « là où il y a du gène, il n’y a pas de plaisir. »

 

 

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