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Archive pour janvier 2016

Le roi George et l’empereur Auguste

Mardi 12 janvier 2016

D’abord une photo

Misslaser

puis une question : y-a-t-il des points communs entre le Jedi Yoda, créature de George Lucas, et la statue de la liberté réalisée par Auguste Bartholdi ?

yodaSt_Liberte

D’abord, de but en blanc, vertement, le vert. Miss Liberty, juchée sur un piédestal dans la rade de New-York depuis 130 ans, s’est de suite fondue dans la société américaine en prenant la couleur du dieu local, le dollar. Yoda, bien que chargé en midi-chloriens et non en chloroplastes, a la couleur des Hollywood chewing-gum à la chlorophylle.

Mais ce vert n’est pas celui de l’incroyable Hulk, célèbre pour ses colères érotisantes.

Hulk

En effet, le chaste Yoda, sexy comme un crapaud vert rabougri, met en garde le padawan Anakin à propos des effets de la colère et de l’amour. Miss Liberty, quant à elle, au visage austère, presque viril, ne laisse pointer aucun bout de féminité sous son ample toge et fait plus penser à la mère de famille protectrice qu’à l’amante enflammée. Par ailleurs, comme Yoda, elle dégage une sérénité et une force tranquille que n’a pas l’impétueuse meneuse de Delacroix :

Eugène_Delacroix_-_La_liberté_guidant_le_peuple

A la place d’un bonnet phrygien séditieux, elle porte un diadème en soleil ; le drapeau bleu-blanc-rouge qui enflamme est remplacé par une torche qui éclaire et le fusil à baïonnette par une tablette,  un livre de loi qui exclut la violence. La liberté de Bartholdi est modérée, non révolutionnaire comme l’explique le cerveau du projet, le maître du sculpteur, un certain Edouard Laboulaye lors d’un banquet de promotion au début de la campagne de lancement :

« Elle ne ressemblera pas à ces colosses de bronze si vantés, et dont on raconte toujours avec orgueil qu’ils ont été coulés avec des canons pris sur l’ennemi ; c-à-d qu’ils rappellent le sang versé, les larmes des mères, les malédictions des orphelins. Notre statue aura sur ces tristes monuments un grand avantage ; c’est qu’elle sera faite de cuivre vierge, fruit du travail et de la paix. « 

Par ailleurs, lorsque la République galactique est détruite par Palpatine, Maître Yoda se retire dans les marais de Dagobah ; Il n’y a rien à sauvegarder, le temps est à la méditation et à la paix intérieure. On peut lier cette prise de distance du prêtre Jedi à une étape clé dans le « grand projet » de Bartholdi. Après la défaite contre la Prusse en 1871 et la Commune, la France est en miettes et peu sûre de son républicanisme. La première République de 1792 n’a pas résisté à Napoléon Bonaparte, la seconde de 1848 a été bafouée par son neveu Louis-Napoléon Bonaparte et, en cette période fatale au second empire, la troisième n’est pas encore sortie des limbes. Auguste Bartholdi « a mal à la France » et il trouve une échappatoire en partant pour l’Amérique. A cet instant, sa statue qui n’existe que sur papier mais qui est déjà mentalement exposée sur l’île de Bedloe, regarde l’ancienne Europe, « regarde au loin un monde saturé de mémoires plurielles et conflictuelles, enlisé dans une histoire qui produit le ressentiment, le nationalisme et la guerre. »

Enfin, si la statue, cadeau du peuple français aux Etats-Unis pour célébrer son indépendance, rend hommage à Washington et La Fayette , certains ont également vu l’empreinte de la révolution américaine distillée parmi les nombreuses références de Star Wars. Les 13 colonies de la Côte Est se rassemblent pour lutter contre l’empire britannique de Georges III, à l’instar de « la troupe bigarrée des Luke Skywalker, Obi-Wan Kenobi, Han Solo et de la princesse Leia » engagée contre l’Empire de Palpatine. Maître Yoda pourrait donc incarner, comme Miss Liberty, la République.

Deux remarques sur ce qui m’a servi à rédiger ce billet :

1) A l’image de son art budgétivore et peu lucratif (la statuaire monumentale) qui passe par les commandes publiques et/ou qui recourt à la souscription, le sculpteur Bartholdi n’est pas « bankable » et, puisqu’il ne fait pas partie des « bons clients », il n’inspire pas la frénésie aux biographes.

On s’est toutefois attelé au Bartholdi, R. Belot et D. Bermond, Perrin, avec, très vite, la conviction d’avoir en main un document de qualité. Les auteurs respectivement historien et journaliste, ont vraisemblablement remonté minutieusement le parcours de l’alsacien en fouillant soigneusement dans sa correspondance, ses carnets de voyage et même ses bulletins scolaires. Ils donnent au lecteur, pour son plus grand plaisir de voyeur, l’impression d’être au coeur des « petits papiers ».

Bartholdi

Ils promettent dès les premières lignes une « histoire moins lisse, moins éthérée, que celle qui a cours dans les gazettes et les manuels », éloignée de l’hagiographie, tout en reconnaissant modestement dans l’épilogue qu’il est illusoire de penser avoir serré sa vie.

Le rapport de Bartholdi aux femmes par exemple est très difficile à saisir au point que les auteurs n’écartent pas son homosexualité ou asexualité. Pourtant, si le commerce des femmes n’est pas son affaire, il associe dans sa grande oeuvre femme et flamme. Une chose est certaine, sa miss n’est pas sourire et ses formes ne visent pas l’imaginaire érotique.

La Liberté a coûté 15 ans de la vie de Bartholdi, des sacrifices, des affronts, des déceptions avant la reconnaissance. Les biographes démontrent tout de même que le sculpteur « n’est pas un saint républicain », « animé (depuis toujours) de sentiments exclusivement républicains », ce que pourrait suggérer sa grande oeuvre. Le jeune et ambitieux Auguste a par exemple sollicité les personnalités les plus radicales du régime impérial de Napoléon III pour son général Rapp exposé à Colmar.

2) Je n’ai vu aucun épisode ni de la trilogie Star Wars, ni des préquelles. Je donne donc allègrement dans un travers que je dénonce vigoureusement chez certains : parler de ce qu’on ne connaît pas. J’ai tenté de combler cette lacune par des échanges nourris avec mes deux oiseaux (spécialistes de l’univers Star Wars) et par la lecture du PM Hors-série Star Wars, le mythe tu comprendras.

Un article du magazine signé par Julian Baggini (??) a particulièrement retenu mon attention : l’auteur montre que George Lucas n’est pas l’artiste à contre-courant qu’il a envisagé d’être à ses débuts. D’ailleurs, même si – à un moment de rupture avec le consumérisme américain – il applique un vernis oriental à Star Wars, le jeune rebelle des sixties est plus conservateur qu’on pourrait le croire, cède très tôt aux sirènes de la fortune et est « absorbé par la machine hollywoodienne. »

 

 

2016 rime avec M…nez

Samedi 2 janvier 2016

Il est des personnalités qui captent la lumière, qui la siphonnent puis rayonnent à un point tel que leur entourage, plongé dans la fadeur, pâlit de jalousie.

Guigui est de cette trempe. Son principal atout, une gueule à la Bruel. Aussi joue-t-il la carte de la séduction, l’as de trèfle qui pique « carreaument » les coeurs.

as

Il paraît que si, dans la même famille, on demande la soeur, on est servi à toute blinde par un wagon de charme.

Mais le baron de Caravètes, dansant ici le mia avec un faux-air de Travolta

Ken

n’est pas la star du réveillon.

La star n’est pas de sang bleu. Ce qui coule dans ses veines est plutôt…jaune.

Non, ce n’est pas Alex, d’origine vietnamienne. D’ailleurs, lorsque ce dernier dépose en loucedé Sonny avant d’emmener Alyssa à une soirée, on se dit que le mal des Jullien est contagieux, qu’il est en train de fourguer les gosses ici et là pour faire la fête là-bas.

Ce n’est pas non plus Lionel, trop occupé avec Sébastien, à ouvrir les huîtres et à les humer. Des lourdingues disent avec malice qu’à chaque fois qu’ils pénètrent la coquille à 2 valves avec leur lame lisse, ils chantonnent sur un air de Franky  : « …ça glisse au pays des merveilles… »

Pendant ce temps, Cyril, le Yoda Jedi « Di-Jé », casque sur une seule oreille à la Guetta, soigne ses transitions

Yoda

tandis que Chris et Dom, dont la moyenne des taux d’alcoolémie plongerait le simple quidam dans un coma éthylique, échangent sur des destinations idylliques, Nouvelle Calédonie, Réunion, Amsterdam et New-York.

Chrisdom

Il n’y a plus de mystère : par élimination, le roi de la soirée, le seul, l’unique, le vrai, celui qui emballe, celui qui déballe, c’est Manu. Sitôt les douze coups de minuit retentis, sitôt les bises et voeux échangés -et surtout la santé !!-, Babar (surnom tout droit sorti des vestiaires) se fait é-vanescent et…Vanessa car, selon toute vraisemblance, il ouvre l’année 2016 par un feu d’artifices. Respect ! A son retour parmi les siens, Manu est salué comme un général romain victorieux.

Hélas, il est peu de distance du capitole à la roche tarpéienne ; Pour l’espagnol Manu, asi como subis, bajas !

Porté en triomphe grâce à sa santé et à son sabre laser, Manu bascule du côté obscur en fin de soirée : le maître a trop longtemps fait rimer Babar avec Ricard, il franchit la ligne jaune, il rend tripes et boyaux.

A peine a-t-il posé un pâté que les chacals surgissent en voleurs d’images – l’instinct de prédation prenant le pas sur toute hu-Manu-té

paté

et crépitent les flashs autour d’une star harcelée, traquée.

Manu(Cliché du paparazzi Alex)

Scenario symptomatique de l’époque postmoderne : on déboulonne les idoles à la vitesse de la lumière – celle-là même sous laquelle on les a propulsés.

La postmodernité caractérisée par

  1. la précarisation des liens
  2. la « tendance à veiller à ce que toutes les attaches que l’on noue soient aisées à dénouer, soient valables seulement… »jusqu’à nouvel ordre »"

est parfois qualifiée de « modernité liquide« . Alors pourquoi ne pas remplacer postmodernité par le terme « past(is)-modernité » ?

La légende du Roi Numa Manu ou…comment, dans une même soirée, vivre le pire et le meilleur, à savoir :

  1. dégorger le poireau et dégorger par le haut ?
  2. honorer son égérie et ériger son déshonneur ?