Merci patrons !

J’ai eu au cours de mon adolescence deux « protecteurs », deux cousins plus âgés qui m’ont pris sous leurs ailes avant que je ne vole des miennes.

Le premier m’a offert sur un plateau « la toute première fois » ; parleur intarissable, il réussit à convaincre une nénette plus âgée que dépuceler un garçon dont il a vanté les mille qualités serait une affaire.

J’ai pensé à ce cousin en lisant ce passage (p137-138) du lièvre de Patagonie de C. Lanzmann :  Mais comme les lionnes entraînent leurs lionceaux à la chasse, Monny [le beau-père de Claude] nous instruisait lui aussi, mon frère et moi, des manèges de la séduction, de mille ruses et stratagèmes, tous fondés sur l’effet de surprise créé par son maniement éblouissant du langage [...] Une grande belle femme, trentenaire au visage sévère, accompagnée de sa suivante, allait nous croiser et soudain la sombre voix sépulcrale de Monny l’arrêta net, l’interloquant dans sa marche, irrésistiblement : « Ô madame, ne marchez pas sur mon ombre, elle a mal ! » Alors, sans lui laisser le temps de passer son chemin et de reprendre contenance, Monny lui prit la main, la baisa avec cérémonie et, me désignant : « je vous présente Claude, mon beau-fils, un garçon génial, interne au lycée Louis-le-Grand, qui revient de la guerre »[...] Monny seul parlait, je me taisais, il me glorifiait pour faire de moi un objet de convoitise.[...]Monny proposa alors d’aller prendre un verre[...] Elise, tourneboulée,[...] ne put résister aux couronnes de louanges qui m’étaient tressées. Elle devint ma maîtresse le samedi suivant[...]

Mon petit doigt me dit que vous en voulez encore un chouia de Lanzmann, avant que je ne revienne à mes patrons.

Puisque je faisais de la philosophie, ma belle patronne tenait à ce que je lui en enseignasse. Il était impératif[...] de commencer par des conversations élevées, avec objections et, de ma part, réponses qui devaient emporter l’adhésion.[...]jusqu’au moment où elle se penchait, inclinant sa blonde tête et son assez forte mâchoire vers mon sexe bandé qu’elle mordillait longtemps, longuement, sur toute sa longueur, à travers mon pantalon, dans un va-et-vient torturant, sans que -c’était l’apogée du rituel – je cessasse de philosopher. Je n’étais autorisé à me taire que lorsqu’elle entreprenait brusquement de me violer, me défaisant pour me libérer sans elle-même se déshabiller, la jupe en corolle masquant le délit. Et tandis qu’elle me chevauchait, elle répétait avec une ardeur croissante : « vous êtes beau, Claude, vous êtes beau, oh, Claude, vous êtes beau. »

Je n’ai pas eu droit à ce refrain, j’en conclus que je ne suis pas doué de tant de beauté.

La deuxième figure tutélaire est mon couz Jo qui faisait partie de l’élite du cyclisme réunionnais. Rigoureux et exigeant avec lui-même, Jo ne s’autorisait le dimanche soir une grosse coupe du meilleur glacier de Saint-Denis que s’il avait fait un podium. Contre-performance rimait avec diet. J’ai imité cette pratique (sur laquelle plane sans aucun doute l’influence de cette p… d’éducation judéo-chrétienne) dans ma gestion des branlettes. Je me livrais avec délice à l’onanisme le samedi soir si, et seulement si, à l’issue de mon match de foot, l’évaluation grossière de mes stats (nombre de ballons récupérés, de passes réussies…) en était digne.

On note que, pour Jo et moi, le narcissisme est omniprésent.

  1. Si assouvissement du désir (plaisir de la bouche/masturbation) il y a, c’est parce qu’on se voit bon/beau ; d’ailleurs, cela fait penser à celui qui se paluche en se regardant devant un miroir.
  2. Si privation il y a (« nous nous aimons nous-mêmes en tant qu’êtres neutralisant leurs propres désirs »), l’autopunition (à rapprocher de la mortification) est vécue comme une autorécompense.

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