Archive pour avril 2016

Un lien et une liaison

Mercredi 27 avril 2016

Il n’y a plus d’espace sur le blog Deux oiseaux.

La suite sur Deux zoiseaux

Et pour la nouvelle aventure, malgré moi, une légère angoisse, la peur de la feuille blanche. Preuve d’un orgueil sournois. Comme si j’étais attendu !

En solo

Lundi 25 avril 2016

Pour entrer dans l’eau fraîche d’une piscine, le premier choisit la méthode radicale, saut à pieds joints sans même mouiller nuque et aisselles. Le second plus chochotte glisse le gros orteil, le retire immédiatement en le rétractant, le remet et, petit à petit, s’enfonce dans le bassin. Deux plongeons, l’un brutal, l’autre en douceur.

Si on leur demande de s’immerger ensemble en se donnant la main, il est probable que la vitesse d’exécution choisie soit intermédiaire, une sorte de moyenne, qui ne conviendra ni au premier pour qui le second sera un boulet freinant la plongée, ni au second qui aura l’impression d’être entraîné par un boulet au fond de l’eau.

Alors que mercredi, dernière journée à New-York, j’ai le choix entre pédaler à Central Park avec Sof, Arnaud et les enfants, et visiter le MoMA avec Sophie, je décide d’enfourcher le vélo même si j’ai dans l’absolu une préférence pour le musée.

Rien de farfelu dans ce choix. Je sais que Sophie attend avec enthousiasme cette demi-journée culturelle, qu’elle en attend plus que moi, que la visite lui sera plus profitable et que son immersion, pour être parfaite, doit se faire en solo.

Mon propos n’est pas de jouer les grands seigneurs, d’autant plus que le sacrifice est dérisoire.

Je renonce au Moma parce que je ressens viscéralement le besoin de m’extraire parfois du groupe pour avancer à ma guise et que, si ce sentiment était partagé par Sophie, je serais un obstacle à son plaisir, et le responsable d’une forte frustration s’il n’était pas total.

Besoin vital de m’extraire du groupe, un cri qui vient du ventre. Pour la dernière aprem consacrée aux achats – j’espère que si Renaud passe par ici, il mesurera l’effort fourni pour ne pas dire shopping – j’entends ce cri et m’échappe des magasins de Lexington Avenue.

Je déambule et me pose un moment devant le General Electric Building.

Au cri de Munch (autour de 1900) évoqué par Sophie avant le départ à propos de la galerie Neue

Neue

fait alors écho ce morceau d’angle du gratte-ciel (autour de 1930)

NYcri

Reste à enquêter pour savoir si ce détail du bâtiment est effectivement une citation du tableau.

 

 

 

Pierre nique, Domi-nyc

Vendredi 22 avril 2016

I] ♫ Pierre nique-nique-nique ♫

Pierre_Louÿs

Pierre Louis (PL) est son vrai nom, Pierre Louÿs son nom de plume.

Pierre Louis à la ville, Pierre Louÿs à la scène.

A la question onomastique : pourquoi un ÿ à la place du i ?, on formule une hypothèse ; Si PL a été aussi obsédé qu’on le prétend [1], il a réussi avec son pseudo le tour de force de fusionner le i du zizi (barre droite surmontée d’une goutte suspecte) et le ÿ qui évoquerait la femme. Les deux points du signe diacritique pour les seins, couronnant un « delta » de Vénus ruisselant.

L’oeuvre officielle de Pierre Louis (=Pierre Louÿs), déjà hardie, est de facture lisible – disent les spécialistes – alors que les kg de manuscrits, que l’écrivain n’a jamais envisagé de publier et qui ont été sortis des tiroirs à sa mort, seraient en grande partie abjects.

Du coup, est-ce honnête/pertinent de les publier post mortem sous le nom Pierre Louÿs ?

Car – mettons les points sur les i – les papiers secrets sont la production du Pierre « en dehors de la scène », c-à-d étymologiquement du Pierre « ob-scène ». Davantage l’oeuvre de Pierre Louis que celle de Pierre Louÿs !

Deux jours avant notre we-ski à Chamrousse, je furète à la bibliothèque en espérant mettre la main sur un Pierre Louÿs croustillant. Je tombe sur Trois filles de leur mère chez Payot :

3fillesdeleurmere

Au premier regard, je ne saisis pas la couverture. J’y vois d’abord un mur qu’un skieur averti s’apprête à dévaler avant de réaliser qu’il s’agit d’une croupe saillante, précipice dans lequel le petit bonhomme va se précipiter.

Pour avoir une idée du ton, un « CTRL f » dans la version numérique, accessible ici, donne 51 occurrences de « enculer » à l’infinitif, je passe sur les formes conjuguées.

Aucun doute, Loulou nique, Pierre est le loup. Son obsession de la sodomie et son côté franchement loufoque fait dire qu’il aurait même eu la tentation du phoque/foc, Pierre n’aurait donc pas eu peur du loup !

II] Manimal

De retour d’un court séjour à New-York City (NYC), je choisis pour ce billet un pseudonyme, un « nickname » : Domi-Nÿc.

Je ne suis pourtant pas un loup de Wall Street. Il n’y a qu’à voir ma piètre négociation pour la location de vélos à Central Park : « 15$ for 3 hours. » Je tente en vain un « 10 $ for 2 hours » en argumentant : « the same thing for you. »

velosCP

Au mieux serais-je un chien dans un jeu de Yankee [2]

Yankee

géniteur de renards des surfaces.

footCP (Soccer à Central Park)

Si on poursuit le bestiaire new-yorkais, je dois confesser avoir rêvé sur la High Line être une tortue, à la C. Willem (private joke auprès de Manou [3])

Turtle

mais j’ai été ramené à ma condition de pigeon

  • le premier soir au camion-snack à la sortie du M&M’s de Time Square, 3 hot dog et 1 brochette pour 19$
    MetMs
  • à l’entrée du pont de Brooklyn, « rançon » de 5 $  réclamée par de gentils danseurs de Hip-Hop pour la libération de Clem.
    HipHop

Puisqu’il est question de noms d’oiseaux, je ne désespère pas. Tout est une question d’évolution ; au pays des immigrés, la mouette passée par Ellis Island

mouette

ne s’est-elle pas transformée en pygargue ?

pygargue2 (gare du World Trade Center)

Toujours sur la High Line, j’ai été tenté par une métamorphose en ours à la vue du building-iceberg

iceberg

avant de me rappeler in extremis être dans le pays des affaires et que les investisseurs préfèrent à la tendance « bearish » ou baissière, le sentiment « bullish« , de bas en haut.

Pourtant, pour ce deuxième séjour à Manhattan, c’est bien une déception que je ressens. L’indice NY chute dans l’estime à la clôture du voyage. Le tréma du ÿ dans le pseudo Domi-Nÿc renvoie à ce propos à des abîmes, un peu comme les deux bassins de Ground zero creusés à la place des tours jumelles.

III] ♫ Domi Nÿc-Nÿc-Nÿc ♫

Analyse du naufrage.

Avant mai 2010 et notre première escapade à Manhattan, le NY que j’aimais à travers les cartes postales, les images TV… n’avait pas d’existence tangible. Un NY hors de l’espace et du temps dont la réalité n’avait aucun rapport avec la mienne. Le premier séjour était alors une faveur du destin dont il était impératif de profiter, devant laquelle il était interdit de se dérober. En présence de tel ou tel « phénomène » qui semblait révélateur d’un trait new-yorkais, je me sentais agité d’une joie de pas-peu-fier.

Cueilli comme mes camarades de voyage par le flot montant. Pour un deuxième séjour sur l’île de Manhattan, le reflux inévitable était à craindre et je suis en effet redescendu avec la marée. L’image du ressac me vient au sommet de la Freedom Tower lorsque je découvre une miss Liberty esseulée et triste sur son petit carré de terre. Sa torche dans le vent n’a pas réussi cette fois-ci à m’enflammer.

SL

La statue n’avait pas ce statut d’exilée en 2010, elle assurait un rôle plus noble ; Au sommet du Rockfeller, je découvrais un Manhattan cubiste dont la Liberté apparaissait en point de fuite.

Si je poursuis la métaphore marine, j’ai vu cette fois-ci en Manhattan un paquebot, les buildings de la skyline faisant office de cheminées.

paque (eau bleue)

paquebotbabord(eau verte)

Image renforcée lorsque les copains disent ressentir un mouvement-balancier, une sorte de tangage au 102ème étage de la Freedom Tower (« observation deck »). Le vocabulaire va dans le même sens : « deck » pour plate-forme, « deck » pour pont de bateau.

NYbateau

Et la statue de Bartholdi ? non pas en figure de proue, mais hélas en écueil. Titanic !

NYpaquebot

Le premier contact est une fausse note. Aidé par la moue dubitative d’Arnaud, je réalise que Times Square sur-éclairé par les néons n’a en réalité aucun éclat propre. Aussi lisse que ses milliers d’écrans incandescents, écrans de fumée.

« Pas grave -me dis-je- NY renaîtra de ses cendres dès demain. » Et ma confiance est augmentée lorsque sur le chemin du retour à l’hôtel une gentille dame à qui on demande le chemin nous lance : « where are you from ?… France ! welcome to New-york ! »

Hélas, NY n’est pas Phénix. Que s’est-il passé ?

Il est impératif d’anticiper le miracle, y croire un peu en amont pour qu’il se produise. Imaginer d’abord pour concrétiser ensuite. Se mettre dans les meilleurs dispositions, se pré-parer à vivre la magie. Selon la méthode Coué, simuler un peu pour stimuler et finalement jouir. Allumer l’étincelle pour espérer une flamme inextinguible.

Or Arnaud, esprit fort, vigilant, en pompier [4], veille au grain, comme le lait sur le feu. Il ne triche pas. Réserve défiante de règle, réserve sans indulgences. Et sa réserve m’a atteint, d’ailleurs je n’ai pas essayé de la contrer. J’ai fait preuve de pudeur alors qu’ »il eût fallu que j’arrogance », quitte à être excessif et théâtral. Je n’ai pas embrassé NY, NY ne m’a pas embrasé.

Arnaud pose au cours du séjour deux questions purement rhétoriques. La première est : « mais que disent les Américains lorsqu’il arrivent à Paris, ville-musée ? » Sous-entendu : comment peut-on s’émerveiller dans un New-York sans histoire, où, en architecture par exemple, il n’est que question de néo ?

La deuxième : « serions-nous capables d’organiser un programme de visites digne d’intérêt autour de Montpellier ? »

Si on fait la synthèse, Arnaud adresse une critique sévère concernant ma façon de faire du tourisme ; il se demande légitiment s’il est pertinent de se perdre à l’autre bout du monde, croyant y trouver une herbe plus verte – « croyant », précisément parce qu’on ignore son décor de proximité.

Un autre esprit fort et lucide avait déjà formulé ce point de vue. Seuls les exemples changeaient. Lionel se demandait s’il était raisonnable d’en faire des tonnes sur Central Park alors qu’il y a en France des parcs bien plus beaux, naturels de surcroît. Il s’interrogeait également sur l’impératif de se rendre au MET quand on est à NY, alors qu’on n’a jamais mis les pieds au musée Fabre.

IV] ♫ Note positive ♫

Un moment de grâce. Sur le ferry qui nous conduit à Ellis Island, je regarde la statue de la liberté plantée devant la perspective lointaine du pont de Brooklyn. Je jauge les deux monstres sacrés de NY.

sLB

Mon regard glisse de l’un à l’autre, allers-retours entre cuivre et acier.

Sofpont (dame de fer)

SL2 (dame de vert)

J’ai l’impression d’être à la place de Bartholdi dans la rade de New York au moment de l’inauguration de sa statue. On raconte qu’il appréhendait ce moment, craignant que son oeuvre soit éclipsée par l’ouvrage de l’ingénieur allemand Roebling. Je suis à cet instant dans la peau de Bartholdi, acteur in situ et non plus simplement lecteur de sa biographie.

Domi-Nÿc

Notes

[1] Recherche « Pierre Louÿs » avec gogle image

PL

[2] Chien dans un jeu de quilles ? Que dire de Clem portant les couleurs de San Francisco au Chelsea Market ?

SF

[3] Clin d’oeil à Manou

WM

[4] Pompier à NY surnommé « heros ».

pompier (Ecussons des pompiers du monde à la chapelle St Paul, Ground Zero)