Pierre nique, Domi-nyc

I] ♫ Pierre nique-nique-nique ♫

Pierre_Louÿs

Pierre Louis (PL) est son vrai nom, Pierre Louÿs son nom de plume.

Pierre Louis à la ville, Pierre Louÿs à la scène.

A la question onomastique : pourquoi un ÿ à la place du i ?, on formule une hypothèse ; Si PL a été aussi obsédé qu’on le prétend [1], il a réussi avec son pseudo le tour de force de fusionner le i du zizi (barre droite surmontée d’une goutte suspecte) et le ÿ qui évoquerait la femme. Les deux points du signe diacritique pour les seins, couronnant un « delta » de Vénus ruisselant.

L’oeuvre officielle de Pierre Louis (=Pierre Louÿs), déjà hardie, est de facture lisible – disent les spécialistes – alors que les kg de manuscrits, que l’écrivain n’a jamais envisagé de publier et qui ont été sortis des tiroirs à sa mort, seraient en grande partie abjects.

Du coup, est-ce honnête/pertinent de les publier post mortem sous le nom Pierre Louÿs ?

Car – mettons les points sur les i – les papiers secrets sont la production du Pierre « en dehors de la scène », c-à-d étymologiquement du Pierre « ob-scène ». Davantage l’oeuvre de Pierre Louis que celle de Pierre Louÿs !

Deux jours avant notre we-ski à Chamrousse, je furète à la bibliothèque en espérant mettre la main sur un Pierre Louÿs croustillant. Je tombe sur Trois filles de leur mère chez Payot :

3fillesdeleurmere

Au premier regard, je ne saisis pas la couverture. J’y vois d’abord un mur qu’un skieur averti s’apprête à dévaler avant de réaliser qu’il s’agit d’une croupe saillante, précipice dans lequel le petit bonhomme va se précipiter.

Pour avoir une idée du ton, un « CTRL f » dans la version numérique, accessible ici, donne 51 occurrences de « enculer » à l’infinitif, je passe sur les formes conjuguées.

Aucun doute, Loulou nique, Pierre est le loup. Son obsession de la sodomie et son côté franchement loufoque fait dire qu’il aurait même eu la tentation du phoque/foc, Pierre n’aurait donc pas eu peur du loup !

II] Manimal

De retour d’un court séjour à New-York City (NYC), je choisis pour ce billet un pseudonyme, un « nickname » : Domi-Nÿc.

Je ne suis pourtant pas un loup de Wall Street. Il n’y a qu’à voir ma piètre négociation pour la location de vélos à Central Park : « 15$ for 3 hours. » Je tente en vain un « 10 $ for 2 hours » en argumentant : « the same thing for you. »

velosCP

Au mieux serais-je un chien dans un jeu de Yankee [2]

Yankee

géniteur de renards des surfaces.

footCP (Soccer à Central Park)

Si on poursuit le bestiaire new-yorkais, je dois confesser avoir rêvé sur la High Line être une tortue, à la C. Willem (private joke auprès de Manou [3])

Turtle

mais j’ai été ramené à ma condition de pigeon

  • le premier soir au camion-snack à la sortie du M&M’s de Time Square, 3 hot dog et 1 brochette pour 19$
    MetMs
  • à l’entrée du pont de Brooklyn, « rançon » de 5 $  réclamée par de gentils danseurs de Hip-Hop pour la libération de Clem.
    HipHop

Puisqu’il est question de noms d’oiseaux, je ne désespère pas. Tout est une question d’évolution ; au pays des immigrés, la mouette passée par Ellis Island

mouette

ne s’est-elle pas transformée en pygargue ?

pygargue2 (gare du World Trade Center)

Toujours sur la High Line, j’ai été tenté par une métamorphose en ours à la vue du building-iceberg

iceberg

avant de me rappeler in extremis être dans le pays des affaires et que les investisseurs préfèrent à la tendance « bearish » ou baissière, le sentiment « bullish« , de bas en haut.

Pourtant, pour ce deuxième séjour à Manhattan, c’est bien une déception que je ressens. L’indice NY chute dans l’estime à la clôture du voyage. Le tréma du ÿ dans le pseudo Domi-Nÿc renvoie à ce propos à des abîmes, un peu comme les deux bassins de Ground zero creusés à la place des tours jumelles.

III] ♫ Domi Nÿc-Nÿc-Nÿc ♫

Analyse du naufrage.

Avant mai 2010 et notre première escapade à Manhattan, le NY que j’aimais à travers les cartes postales, les images TV… n’avait pas d’existence tangible. Un NY hors de l’espace et du temps dont la réalité n’avait aucun rapport avec la mienne. Le premier séjour était alors une faveur du destin dont il était impératif de profiter, devant laquelle il était interdit de se dérober. En présence de tel ou tel « phénomène » qui semblait révélateur d’un trait new-yorkais, je me sentais agité d’une joie de pas-peu-fier.

Cueilli comme mes camarades de voyage par le flot montant. Pour un deuxième séjour sur l’île de Manhattan, le reflux inévitable était à craindre et je suis en effet redescendu avec la marée. L’image du ressac me vient au sommet de la Freedom Tower lorsque je découvre une miss Liberty esseulée et triste sur son petit carré de terre. Sa torche dans le vent n’a pas réussi cette fois-ci à m’enflammer.

SL

La statue n’avait pas ce statut d’exilée en 2010, elle assurait un rôle plus noble ; Au sommet du Rockfeller, je découvrais un Manhattan cubiste dont la Liberté apparaissait en point de fuite.

Si je poursuis la métaphore marine, j’ai vu cette fois-ci en Manhattan un paquebot, les buildings de la skyline faisant office de cheminées.

paque (eau bleue)

paquebotbabord(eau verte)

Image renforcée lorsque les copains disent ressentir un mouvement-balancier, une sorte de tangage au 102ème étage de la Freedom Tower (« observation deck »). Le vocabulaire va dans le même sens : « deck » pour plate-forme, « deck » pour pont de bateau.

NYbateau

Et la statue de Bartholdi ? non pas en figure de proue, mais hélas en écueil. Titanic !

NYpaquebot

Le premier contact est une fausse note. Aidé par la moue dubitative d’Arnaud, je réalise que Times Square sur-éclairé par les néons n’a en réalité aucun éclat propre. Aussi lisse que ses milliers d’écrans incandescents, écrans de fumée.

« Pas grave -me dis-je- NY renaîtra de ses cendres dès demain. » Et ma confiance est augmentée lorsque sur le chemin du retour à l’hôtel une gentille dame à qui on demande le chemin nous lance : « where are you from ?… France ! welcome to New-york ! »

Hélas, NY n’est pas Phénix. Que s’est-il passé ?

Il est impératif d’anticiper le miracle, y croire un peu en amont pour qu’il se produise. Imaginer d’abord pour concrétiser ensuite. Se mettre dans les meilleurs dispositions, se pré-parer à vivre la magie. Selon la méthode Coué, simuler un peu pour stimuler et finalement jouir. Allumer l’étincelle pour espérer une flamme inextinguible.

Or Arnaud, esprit fort, vigilant, en pompier [4], veille au grain, comme le lait sur le feu. Il ne triche pas. Réserve défiante de règle, réserve sans indulgences. Et sa réserve m’a atteint, d’ailleurs je n’ai pas essayé de la contrer. J’ai fait preuve de pudeur alors qu’ »il eût fallu que j’arrogance », quitte à être excessif et théâtral. Je n’ai pas embrassé NY, NY ne m’a pas embrasé.

Arnaud pose au cours du séjour deux questions purement rhétoriques. La première est : « mais que disent les Américains lorsqu’il arrivent à Paris, ville-musée ? » Sous-entendu : comment peut-on s’émerveiller dans un New-York sans histoire, où, en architecture par exemple, il n’est que question de néo ?

La deuxième : « serions-nous capables d’organiser un programme de visites digne d’intérêt autour de Montpellier ? »

Si on fait la synthèse, Arnaud adresse une critique sévère concernant ma façon de faire du tourisme ; il se demande légitiment s’il est pertinent de se perdre à l’autre bout du monde, croyant y trouver une herbe plus verte – « croyant », précisément parce qu’on ignore son décor de proximité.

Un autre esprit fort et lucide avait déjà formulé ce point de vue. Seuls les exemples changeaient. Lionel se demandait s’il était raisonnable d’en faire des tonnes sur Central Park alors qu’il y a en France des parcs bien plus beaux, naturels de surcroît. Il s’interrogeait également sur l’impératif de se rendre au MET quand on est à NY, alors qu’on n’a jamais mis les pieds au musée Fabre.

IV] ♫ Note positive ♫

Un moment de grâce. Sur le ferry qui nous conduit à Ellis Island, je regarde la statue de la liberté plantée devant la perspective lointaine du pont de Brooklyn. Je jauge les deux monstres sacrés de NY.

sLB

Mon regard glisse de l’un à l’autre, allers-retours entre cuivre et acier.

Sofpont (dame de fer)

SL2 (dame de vert)

J’ai l’impression d’être à la place de Bartholdi dans la rade de New York au moment de l’inauguration de sa statue. On raconte qu’il appréhendait ce moment, craignant que son oeuvre soit éclipsée par l’ouvrage de l’ingénieur allemand Roebling. Je suis à cet instant dans la peau de Bartholdi, acteur in situ et non plus simplement lecteur de sa biographie.

Domi-Nÿc

Notes

[1] Recherche « Pierre Louÿs » avec gogle image

PL

[2] Chien dans un jeu de quilles ? Que dire de Clem portant les couleurs de San Francisco au Chelsea Market ?

SF

[3] Clin d’oeil à Manou

WM

[4] Pompier à NY surnommé « heros ».

pompier (Ecussons des pompiers du monde à la chapelle St Paul, Ground Zero)

 

 

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