Pourquoi s’éclater ?

29 novembre 2015

Je salue l’école de la République, l’école de la chance, même si je suis un pur produit de l’immobilisme social, même si ma position est davantage le fruit de mon héritage social qu’une chance offerte par l’école.

Avec une vraie dose de fausse modestie et de pédantisme, je plagie Beaumarchais : « je me suis donné la peine de naître, rien de plus ! »

Le héros, c’est papa-charlot , plus déshérité qu’héritier : il a fait une ascension sociale fulgurante.

Merci qui ? La mère-Patrie !

Je n’ai pas connu comme lui la misère et la faim collée aux savates ; je n’ai pas connu la dénutrition avant de réussir, avant de pouvoir apprécier les épaisses côtes de boeuf. Mais j’ai schématisé son histoire et j’en ai fait une légende. Je l’ai mythifiée avec un vernis de romantisme, puis je l’ai absorbée. Et, en définitive, ma gratitude à l’endroit de la France dépasse sans doute la sienne.

(***)

Comment peut-il se plaindre à l’occas de payer trop d’impôt et comment peut-il m’inciter à courir après le moindre échelon de carrière ? Forfaiture ? Trahison ? Je reprends à mon compte son parcours en terre bleu-blanc-rouge, un parcours que Charlot galvaude par des préoccupations bassement matérielles. Le sentiment d’être arrivé et d’être à jamais redevable envers l’état bienfaiteur  a aboli mon esprit critique. Plus reconnaissant (mais moins lucide, de fait) que le principal intéressé !

Vive la France, vive la République !

Et s’il y avait, à la source de la détestation de la France par les Omar Ismaël Mostefaï, le même processus psychique qui explique… mon amour inconditionnel de la patrie et ma fidélité sans limite ? Et si ces assassins avaient eux aussi déformé l’histoire de leurs parents à tel point que leur imaginaire est, plus que de mémoire, fait de légendes ?

Ils ont la nostalgie d’un Bled qu’ils n’ont pas connu ; ils se sentent meurtris, humiliés par une France impérialiste pour une décolonisation que seuls leurs aïeux ont vécue. Comme on peut me reprocher de ne pas être assez critique vis-à-vis du fonctionnement de la République (que j’ai trop idéalisée), on a envie de leur dire que « leurs revendications [ruminées] de droits piétinés par un siècle et demi de colonisation » sont surannées et de moins en moins légitimes.

Toujours dans le registre « plus que mon ancêtre », les Mostefaï se sentent plus musulmans que leurs parents. Dans quel contexte l’islam rigoriste s’est-il imposé à ces jeunes qui n’ont aucun intérêt pour la théologie, qui seraient incapables de placer la Syrie sur une carte du monde, qui « consentent à leur disparition alors que longtemps, ils ont été du côté frivole, égoïste et transgressif » ?

Selon Tavoillot, l’homme est tiraillé entre deux tentations :

  1. celle du narcissisme, qui exige qu’on gonfle le torse, qui requiert une certaine tension de l’être, une posture d’assurance et de confiance en soi. Inflation/tuméfaction/enflement/boursouflure de l’ego, en grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf. Et BOUM !
  2. celle du vide, de l’effacement et du repos, de la soumission. Rétraction de l’être en vue d’une dissolution de l’ego.

Le petit voyou égocentrique, narcissique, qui fait le coq, qui joue les caïds et qui cache ses failles à tout prix, n’échappe pas à la fatigue d’être soi-même. Il peut aspirer à prendre congé de lui-même. L’islamisme guerrier répond à ces deux aspirations diamétralement opposées par

  1. la soumission à la parole divine (sens du mot islam)
  2. l’effort (sens du mot djihad) qui débouche sur la lumière

« Disparaître de soi » avant de « paraître » en héros.

Première étape : choix de ne plus choisir, on s’abandonne à Allah, on se laisse mener tranquilou par la loi de Dieu, on ne décide plus de rien, c’est confortable parce que suivre n’implique pas son être profond/sa personne. Pas de liberté et donc pas de frustration.

Cette reconversion par le choix de l’islam salafiste est doublement trompeuse. D’abord, elle est contre toute attente le contraire de l’engagement (islam = soumission !). Enfin, cet islam, éloigné de celui des parents, perçu comme un moyen de se reconstruire, participe au fantasme de l’homme auto-construit, du self-made-man, intiment lié au narcissisme.

Deuxième étape : Lorsqu’on passe à l’acte criminel, on est sous les feux des projecteurs pour la plus grande satisfaction de son ego, on fascine, on jouit d’un charisme surnaturel, on est enveloppé dans l’aura des martyrs.

Avec cette clé de lecture, on peut revisiter le sens de l’activation d’une ceinture d’explosifs. Le djihadiste (prêt à se faire exploser) oublie la proximité de l’autre, il a ramené le monde à lui par égocentrisme, il n’est concentré que sur lui-même. Il a circonscrit le monde à sa petite personne et, lorsqu’il s’éclate en mode big-bang (expansion de l’islam ?), il lâche prise, il se dissout, se désagrège, s’efface. D’abord l’infini du démiurge en lui, puis l’indéfini par la néantisation de soi.

Références :

http://pagepersodephtavoillot.blogspot.fr/2015/11/la-philosophie-politique-de-lei-2-lart.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html

(***) François Arago, Histoire de ma jeunesse (1854). Petit dialogue entre l’examinateur Legendre et l’élève Arago à l’Ecole Polytechnique lors du passage en deuxième année

«Comment vous appelez-vous ? me dit-il brusquement. – Arago, répondis-je. – Vous n’êtes donc pas Français ? – Si je n’étais pas Français, je ne serais pas devant vous, car je n’ai pas appris qu’on ait été jamais reçu à l’Ecole sans avoir fait preuve de nationalité. – Je maintiens, moi, qu’on n’est pas Français quand on s’appelle Arago. – Je soutiens, de mon côté, que je suis Français, et très bon Français, quelque étrange que mon nom puisse vous paraître. – C’est bien ; ne discutons pas sur ce point davantage, et passez au tableau.»

Je m’étais à peine armé de la craie, que M. Legendre, revenant au premier objet de ses préoccupations, me dit : «Vous êtes né dans les départements récemment réunis à la France ? – Non, Monsieur ; je suis né dans le département des Pyrénées-Orientales, au pied des Pyrénées. – Eh, que ne me disiez-vous cela tout de suite ; tout s’explique maintenant. Vous êtes d’origine espagnole, n’est-ce pas ? – C’est présumable ; mais, dans mon humble famille, on ne conserve pas de pièces authentiques qui aient pu me permettre de remonter à l’état civil de mes ancêtres : chacun y est fils de ses oeuvres. Je vous déclare de nouveau que je suis Français, et cela doit vous suffire.»

parIS ou PARis ?

17 novembre 2015

Jacques me montre gentiment du doigt dans les vestiaires et lance aux coéquipiers :

- Regarde comme il est maigre !

Venant de Jacques, c’est un compliment : il est en train d’expliquer mon activité sur le terrain, éminemment plus grosse que celles des vétérans plus âgés et bedonnants.

Puis il s’adresse à moi :

- tu sais que, s’il y a une guerre, toi, maigre comme ça, t’es le premier à partir.

Vingt minutes plus tard, après la douche, Romain ouvre son portable : « oh putain, ça tire à la kalash à Paris. »

Dans la semaine du vendredi 13 nov, je tombe sur une petite interview d’un certain P-J. Salazar. Ce dernier présente son livre  Paroles armées dans lequel il déconstruit le discours de l’Etat Islamique (IS=Islamic State en anglais).

« Etymologiquement, dit-il, « terroriser » signifie « chasser du territoire ». L’usage de la terreur par le Califat est un acte d’appropriation territoriale, ni plus ni moins. »

Sous cet angle, le dessin ci-dessous, publié lundi par l’Obs, a une drôle de saveur après les attentats revendiqués par-IS:

parIS PARis ?

D’ailleurs, ce serpent séduisant qui « avanceee-avancee », c’est l’image mentale qui vient lorsque j’écoute le communiqué de Daesh (« enrobé d’un chant propagandiste »).

Même cette Marianne endeuillée fait trop d’honneur aux crevures de l’Etat Islamique, le bandeau noir-Daesh semblant gangréner le Bleu-Blanc-Rouge.

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Je préfère cette autre image : la République des Lumières qui bat en brèche l’obscurantisme, pour que le serpent du mal se morde la queue.

EN IMAGES. ''Pray for Paris'' : les hommages sur les réseaux sociaux

« Cryomachinchose », le mieux en ennemi du bien

17 novembre 2015

Au foot, on fait part de ses pépins physiques et, quand on va bien, on veut aller mieux ; Alors on s’échange des astuces pour une meilleure récupération, pour de meilleures performances.

A chacun son credo. Alex gagne en gainant. Depuis sept, moi je mets les jambes dans l’eau fraîche de la piscine en rentrant du stade. Cryothérapie, un joli mot pour m’auto-convaincre de l’efficacité d’une pratique désagréable pour ne pas dire douloureuse.

Aurélie, qui a davantage conscience des effets délétères du froid que de son action bénéfique, a un autre mot lorsque j’embarque sans barque Maxence et Rafael à l’eau : cryo-machinchose.

cryo

Lundi dernier,  Alex saute à la corde pendant les temps de repos et multiplie les accélérations lorsqu’il joue. Il dit « taper dans les réserves » et, avec son sens inné de la formule, il emploie un mot qui fait mouche : régénération.

Je sens que je peux aussi intégrer le concept de régénération à ma pratique. Par associations d’idée : eau froide, choc thermique et stress tonifiant, réduction de l’activité par exposition au froid avant restauration et redéploiement, une pseudo-hibernation et sa puissance régénératrice.

Alors, dans une surenchère de régénération, je m’immerge entièrement mercredi et, au lieu de rester immobile dans l’eau 10 minutes comme à l’accoutumée, je pousse la séance au quart d’heure.

Je sors de l’eau violet, grelotte, dois interrompre à trois reprises le déjeuner par des séries de pompes. Clément est sans pitié : « quel cave ! » Je tente une dernière fois de me persuader des vertus dopantes du bain en remarquant que les athlètes sous EPO font aussi de l’exercice pour relancer la fréquence cardiaque en pleine nuit, mais je renonce le lendemain à mon opinion lorsque, en proie à des douleurs aux mâchoires, je cherche en vain le cauchemar explicatif de la nuit avant de relier les tensions maxillaires au froid de la veille.

T’assures pas !

7 novembre 2015

Le groupe Generali a signé un contrat de sponsoring avec le club de foot du village. En échange d’une enveloppe, le club a donné les coordonnées de ses adhérents.

Dimanche après-midi, je suis étonné lorsque j’aperçois le commercial-assureur qui m’a contacté, gravir les gradins du stade, au bras de sa compagne, et s’installer en tribune dans le champs visuel des dirigeants. J’éprouve alors un mélange de tristesse et de mépris à son égard.

Comment, par un dimanche ensoleillé, plus printanier qu’automnal, ce mec peut-il embarquer sa nana pour un spectacle de foot sans grand intérêt et tout ça, pour un moment de « public relations » ? l’objectif est clair : attendre la mi-temps pour serrer la patte au président.

Comment ce mec a-t-il pu se faire bouffer par son entreprise au point de sacrifier ses passions, ses activités, le repos dominical ? Assurer coûte que coûte, être en représentation y compris le dimanche ?

A ce moment là, c’est l’angle alpha de F. Lordon qui me parle ; Lordon dit grosso modo qu’entre le désir du maître et celui du salarié, il y a un écart que le boss tente d’écraser « à tout prix ». Résister à « l’emprise qu’exerce l’entreprise sur nos désirs pour les soumettre à son désir-maître », c’est au contraire ouvrir cet angle, prendre de la distance avec le boulot.

Difficile parfois d’entrer en dissidence ; je devine la méthode de Generali pour que son commercial adhère sans réserve à la quête du profit et à l’appétit insatiable de l’entreprise. Elle est imparable : un fixe au lance-pierres et de copieuses commissions.

Aussi, mon commercial mouille le maillot et s’engrène dans la machine infernale. Il m’a laissé en début de semaine un message sur répondeur pour une assurance habitation. Je n’ai pas donné signe de vie. Le gus, le genre sangsue, débarque vendredi 16h au portail. Clem lui dit que je rentre vers 17h. Le gus réapparaît à 17h, je l’envoie sur les roses.

« Triste Again ! »

 

On ne naît pas homme, on le devient.

6 novembre 2015

Ce que je suis, je le dois à l’ADN enfermé dans chacune de mes cellules et, quand le spermatozoïde de papa a rencontré l’ovule de maman, j’ai été conçu et déterminé de façon totale : mon identité est programmée depuis cet heureux jour.

Voilà un topo empreint de fatalité et donc pessimiste, mais caduc depuis que certains scientifiques ont sonné le glas du « tout génétique » dans les années 70. Il y a/a eu une forme de plasticité dans mon devenir, je pourrais/aurais pu me construire autrement.

En réalité, ce qui est pré-écrit depuis ma conception, « c’est un ensemble de possibilités et de contraintes dont l’actualisation dépend en permanence de mon histoire et de mon environnement ». L’épigénétique est la science toute neuve qui étudie les interactions entre l’intérieur et l’extérieur.

Il est surprenant que ce champs de recherche soit resté inexploré jusqu’à peu, surtout que des gonzes, plus de la filière littéraire que du monde scientifique, avaient déjà évoqué explicitement l’impact du milieu sur le matériel génétique.

On ne naît pas homme, on le devient.

Exemple 1 : dans le premier opus de « retour vers le futur », au début du film, le père de Marty, Georges Mcfly, est une mauviette, « une victime » à la botte de Biff Tannen. Lorsque Marty est parachuté dans le passé (5 nov 1955), il perturbe involontairement le destin de ses parents au point de faire manquer leur rencontre et de risquer une « mort dans l’oeuf ». Il convainc toutefois son timide de père de se rendre au bal du lycée où se trouve sa mère Lorraine, ultime occasion pour que leur union se fasse. Alors que Biff agresse Lorraine, Georges se fait violence, trouve les ressources pour lui décocher un coup de poing, le met KO, et séduit Lorraine. De retour en 1985, Marty découvre une famille radicalement différente de celle de la version alpha. En particulier, son père (dont le matériel génétique n’a pas muté entre la version buggée et la release candidate) est devenu un homme, un vrai, sûr de lui et achevé. Un reset et un destin autre que celui qu’il aurait connu sans ce coup de poing.

Exemple 2 : une illustration épigèn-antique.
Dans les métamorphoses d’Ovide, il y a cet étrange histoire de Iphis et Ianthé qui suggère encore qu’on est « le produit et le lieu de l’interaction entre gènes et environnement ». Née fille et condamnée à mourir pour ne pas avoir été garçon dans une famille pauvre, Iphis est sauvée par sa mère, placée sous la protection de la déesse Isis, et est élevée comme un garçon. Elle est fiancée à la jolie Ianthé (relation platonique homosexuelle) et, lorsque le jour des noces arrive, que le mariage doit être consommé et que le subterfuge est sur le point d’être révélé, Iphis se transforme en homme : « Son teint perd sa blancheur et ses forces s’accroissent, son visage se durcit et ses cheveux sans apprêt sont moins longs. » Comme dit le proverbe : « là où il y a du gène, il n’y a pas de plaisir. »

 

 

Banane

1 novembre 2015

« Banane ! », en interjection, est une insulte ; Y a qu’à entendre Biff Tannen lancer à Marthy McFly : « tu veux ma photo, banane ! »

Banane, en surnom, peut en revanche être affectueux, voire flatteur. Sa forme convexe rappelle le sourire de celui qui a…la banane, sa forme et sa peau lisse font aussi penser au sexe de celui qui a…la patate.

Il y a une paire de décennies, un villageois d’ici, qui faisait un usage immodéré de son sgeg, héritait du sobriquet de « Banane ».

Voici deux lignes d’une biographie hypothétique de Banane, prétexte pour illustrer le phénomène de la « transmission transgénérationnelle des traits acquis par l’épigénétique ».

Rien de la nature de Banane ne présage une activité sexuelle hors-norme. Pas de prédisposition particulière à une sexualité débordante. Mais…sollicité par la gente féminine parce que bel homme et charismatique, Banane honore une première fois une dame de son entourage qui lui fait les yeux doux (réponse à un stimulus/signal inducteur), entrevoit une vie de Don Juan à laquelle il prend goût peu à peu, et finit par courir les jupons (mémoire en absence de signal). Banane n’a pas volé son surnom.
L’idée : si Banane est Banane, cela n’est pas exclusivement de l’inné, cela relève aussi du caractère acquis puisqu’il répond à des signaux de l’extérieur. Le destin de Banane est donc déterminé par lui-même, et aussi par son interaction avec l’environnement.

Une comparaison avec un exemple classique de l’épigénétique : « how to bee-come a queen ? » ; toutes les larves d’abeilles naissent avec le même patrimoine génétique. Celles qui deviennent reines sont celles qui sont nourries à la gelée royale – dotée de vertus extraordinaires selon certains, dépourvue selon d’autres de la toxicité relative du pollen qu’absorbent les futures ouvrières.

Retour dare-dare à Banane et à son dard. Je connais un petit-fils de Banane. Aussi, me vient une question, que vous devinerez après lecture de ceci :

« En 2002, l’épidémiologiste suédois Gunnar Kaati a étudié l’impact de l’alimentation d’hommes nés entre 1890 et 1920 sur leurs descendants. Conclusion : quand les grands-pères ont subi des restrictions alimentaires entre 8 et 12 ans, leurs petits-fils ont une mortalité cardio-vasculaire plus faible et une espérance de vie accrue.
Ceux dont les aïeux ont été bien nourris ont quatre fois plus de diabète et vivent moins vieux. La santé des petits-enfants est donc influencée par des conditions de vie qu’ils n’ont pas connues, dont leur organisme garde la mémoire. »

Le petit-fils de Banane est-il lui-même…Banane ? Autrement dit, le caractère « chaud » de Banane, non associé à son ADN mais acquis, est-il toutefois héréditaire ?

Attention au faisceau d’indices qui ferait dire trop hâtivement que la réponse positive est une Lip-Alice-Sade.

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Pour ceux qui voient une situation digne d’un « Retour vers le futur », je précise que la nouvelle voiture du petit-fils de Banane (achetée le 21 oct 2015 ?) explore l’Espace, mais n’est pas une Delorean qui fait voyager dans le temps.

 

 

 

Biomimicry

30 octobre 2015

Biomimicry en anglais, et 3 termes en français : bionique (vers 1960)/biomimétisme (vers 2000)/bio-inspiration (vers 2010), démarche qui consiste à observer la nature, comprendre un phénomène et l’adapter à l’échelle de l’homme, dans une finalité industrielle, médicale ou autre.

L’exemple le plus courant de la bio-inspiration : le fruit de la bardane qui s’accroche aux lacets et aux pantalons et sa déclinaison dans notre quotidien, le système de fermeture Velcro (velours/crochet).

Velcro

La compagnie d’assurances Generali s’inspire aussi de ces boules végétales, avec une technique marketing basée sur le viral.

Je contracte une assurance-vie. Le commercial (pardon, le conseiller), non content de faire une (petite) affaire, me sollicite pour mon carnet d’adresses. Le principe : je lui donne les numéros de mes proches, je les convaincs de l’intérêt d’un coup de fil du groupe qui n’engage en rien, et il appelle pour décrocher un rendez-vous à domicile.

Je lui explique que je ne suis pas un bon vendeur (façon gentille de lui signifier que je ne veux pas être ambassadeur de la marque comme Zidane, si je ne récolte pas les fruits de la publicité).

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Moi trop velours, lui trop crochet, il insiste, fait fi de mon manque d’enthousiasme en me proposant un SMS-type à semer à tout vent.

Sa technique de « propagation » a déjà fait ses preuves dans la nature : « disséminer gratuitement et efficacement les graines ».

Le bouche à oreille, pourquoi pas ? – lui dis-je pour écourter poliment l’échange – le viral non.

Consommateur OUI, consom-amateur pas trop car je consomme parfois à mon corps défendant, consom-acteur dans la mesure du possible NON !

Réf : http://www.institut-paul-ricard.org/IMG/pdf/LettreIOPR2013-web.pdf et http://www.internetactu.net/2005/09/15/internet-viral/

Quelque chose en nous de … Falcone

13 octobre 2015

Sous la dictature de la maternité, on stigmatise les individus sans enfants, leurs vies sans nuits fractionnées par des tétées sont marquées du sceau de l’égoïsme le plus infamant, leurs « chambres sans berceau » sont aussi incongrues qu’un salon sans télévision.

- Regarde celle-là, tu te rends compte, elle prive son mari de la joie paternelle parce qu’elle refuse de voir son ventre se déformer. C’est scandaleux ! Bon, d’accord, elle a souffert d’anorexie pendant son adolescence, mais « Non mais allô quoi, t’es une fille, t’as pas envie d’enfanter ? » Alors, ils ont adopté mais c’est pas pareil !

Quand une femme tient ce genre de discours, on crie : « Simone, reviens, elles sont devenues folles ! »

Chez les honnêtes gens, c-à-d ceux qui ont au moins un mouflet, on idolâtre la progéniture. Et on minaude : « c’est tellement beau l’amour parental ! »

Mais aime-t-on l’enfant seulement pour lui-même, ou a-t-on quelque chose en nous de Falcone ?

Mateo Falcone, le héros de la nouvelle éponyme écrite par Mérimée, et sa femme Giuseppa élèvent à la lisière d’un maquis corse leur cadet Fortunato, seul garçon de la fratrie, et ils placent tout « l’espoir de la famille » en leur fils. Et, lorsque le garçon de 10 ans cache le « bandit » Gianetto poursuivi par les gendarmes (contre une pièce d’argent) puis le trahit  appâté par une plus belle récompense (la belle montre de l’adjudant Gamba), Mateo est envahi d’une colère froide. Ne pas respecter la loi de l’hospitalité et, pire, ne pas tenir sa parole sont un crime de lèse-majesté chez les Falcone. Crime de haute trahison qui salit le nom, souille l’honneur de la famille. Mateo sévit – étymologie de circonstance, saevus=cruel- en tuant son fils d’une balle. Clairement, Mateo préfère à son fils l’ambition qu’il nourrit pour lui, et le fils ne peut survivre à sa faute rédhibitoire qui marque la fin de toute projection paternelle.

On reporte tous son ambition sur sa progéniture, on espère que l’énergie investie sur le mioche se convertira en réussite. On est habité par une obsession, le sentiment de « postéromanie » : perpétuer avec succès son nom. Mission : survie de l’espèce. D’ailleurs, chez Mérimée, Mateo sauvage comme un « lynx », en sacrifiant son fils comparé à un « chat » (animal domestiqué), éteint sa lignée à cause d’une évolution qu’il juge dégénérescente.

On vise la réussite du descendant parce qu’elle rejaillira en amont. Là-dedans, de l’orgueil… et un égoïsme plus sournois et donc plus vil que celui des individus sans enfants.

Quid si l’enfant ne correspond pas au modèle rêvé, si , à trop espérer de lui, on est déçu ?

On fera le deuil des ambitions projetées ! Faire le deuil ? cela signifie qu’on aura, de façon symbolique évidemment, tué le fils. On est en germe, en imagination, en puissance un Mateo Falcone. Après Oedipe ou le meurtre du père, Falcone ou le meurtre du fils. Falcone en figure universelle : ne pas avoir d’enfant = avortement radical (pré-conception), en avoir = déception fatale due à l’avorton.

Un mot sur la « genèse » de ce billet :

  1. Erik Orsenna fait la promo de son livre « la vie, la mort, la vie » à la radio (biographie de Pasteur qui a occupé le fauteuil 17 de l’académie française comme Orsenna). Il raconte que le père de Pasteur, ancien soldat de Napoléon qui a élevé son enfant dans l’idée d’une certaine grandeur de la France, fait litière du baccalauréat que prépare Louis à Paris lorsque son fils déprime loin de la famille, et le fait revenir à la maison sans une seconde d’hésitation. Tant pis pour les ambitions de papa qui veut avant tout le bien-être de son fils.
  2. Anecdote qui entre en collision avec le destin tragique de Fortunato dans la nouvelle Mateo Falcone de Mérimée.
  3. Vient la question : où se placer entre Mateo et le père Pasteur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Impossible de violer cette femme pleine de vices »

1 octobre 2015

KK

Virginie Despentes, King Kong théorie, p49 : « Dans Les Métamorphoses d’Ovide, on dirait que les dieux passent leur temps à vouloir attraper des femmes qui ne sont pas d’accord, à obtenir ce qu’ils veulent par la force. Facile, pour eux qui sont des dieux. Et quand elles tombent enceintes, c’est encore sur elles que les femmes des dieux se vengent. La condition féminine, son alphabet. Toujours coupables de ce qu’on nous fait. Créatures tenues pour responsables du désir qu’elles suscitent. »

Je suis tombé par hasard sur un extrait des Métamorphoses d’Ovide qui donne raison à Despentes et qui illustre joliment son petit chapitre titré « Impossible de violer cette femme pleine de vices ». Dans l’extrait, Persée explique à des convives d’où vient la monstruosité de la tête de Méduse.

Meduse

« Apprenez tous que Méduse brillait jadis de tout l’éclat d’une exceptionnelle beauté et qu’elle fut l’objet des voeux empressés de mille amants ! On dit que le dieu des mers fut épris de ses charmes, l’entraîna dans un temple de Minerve où il abusa d’elle. Horrifiée d’un tel acte sacrilège, la déesse rougit, détourna ses yeux modestes, et les cacha sous son égide. Pour venger ses autels souillés, elle changea les cheveux de Méduse en serpents. Maintenant même, la fille de Jupiter, pour imprimer la crainte, porte sur la terrible égide qui couvre son sein la tête de la Gorgone et ses serpents affreux. »

J’ai cherché ce passage sur internet et suis … médusé par le « gommage » du viol dans certaines traductions. On trouve par exemple : « Il (Neptune) osa profaner avec elle le temple de la chaste déesse. » On écoute V. Despentes au sujet de l’évitement du mot « viol » :

  1. « les rares fois où j’ai cherché à raconter ce truc, j’ai contourné le mot « viol » : « agressée », « embroullée », « se faire serrer », « une galère », whatever… »
  2. « les hommes continuent de faire ce que les femmes ont appris à faire pendant des siècles : appeler ça autrement, broder, s’arranger, surtout ne pas utiliser le mot pour décrire ce qu’ils ont fait. Ils ont « un peu forcé » une fille, ils ont « un peu déconné », elle était « trop bourrée » ou bien c’était une nymphomane qui faisait semblant de ne pas vouloir : mais si ça a pu se faire, c’est qu’au fond la fille était consentante »

Despentes pense que « le viol fabrique les meilleures putes » : « une fois ouverte par effraction, elles gardent parfois à fleur de peau une flétrissure que les hommes aiment, quelque chose de désespéré et de séduisant. Le viol est souvent initiatique, il taille dans le vif pour faire la femme offerte, qui ne se referme plus tout à fait. Je suis sûr qu’il y a comme une odeur, quelque chose que les mâles repèrent, et qui les excite davantage. »

Sur les pas du père de la psychanalyse, on peut faire – mais c’est affreud ! – de Méduse violée une sorte de vampire sexuel : n’a-t-elle pas une tête hérissée de phallus grouillants et son pouvoir de pétrification est-il étranger à l’érection chez l’homme ? On retrouve donc chez Ovide l’équation « violée=prostituée ».

Double punition pour Méduse : violée puis coupable ! Comme dit Tartuffe à Elmire :

« Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange,
Et si vous condamnez l’aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits. »
On imagine à ce moment Tartuffe, affublé du bouclier poli comme un miroir dont Persée s’est servi pour éviter le regard de Méduse avant de la décapiter, le tourner vers Elmire pour que celle-ci prenne conscience de l’image qu’elle renvoie.

V. Despentes explique la stratégie de la myopie chez la femme agressée par la crainte de ce deuxième traumatisme, celui d’être reconnue responsable de sa propre agression :

  1. « la culpabilité est comme soumise à une attraction morale non énoncée, qui voudrait qu’elle penche toujours du côté de celle qui s’est fait mettre, plutôt que de celui qui a cogné. »
  2. « comment peux-tu en être sortie vivante, sans être une salope patentée ? Une femme qui tiendrait à sa dignité aurait préféré se faire tuer. Ma survie, en elle-même, est une preuve qui parle contre moi. Le fait d’être plus terrorisée à l’idée d’être tuée que traumatisée par les coups de reins des trois connards, apparaissait comme une chose monstrueuse… »

A ce sujet, c’est hallucinant de retrouver la double peine dans cette petite histoire (pour enfant ?) racontée par des témoins de Jéhovah. S’il est arrivé malheur à Dinah (violée par Sichem), c’est parce que l’imprudente, qui sympathise avec des filles peu fréquentables de Canaan, n’est pas restée cloîtrée chez papa Jacob en attendant un bon mari. Lorsque ses deux frères Siméon et Lévi lavent son honneur en passant au fil de l’épée les hommes de la ville de Sachem, Jacob ne manque pas de reprocher à ses fils leur mauvaise action. Fermez la ban !

 

« Première à droite au fond à gauche »

25 septembre 2015

On se pose parfois de drôles de questions à propos de « l’autre ». Vous ne vous êtes jamais demandé comment votre voisin baise ? ou, si la réponse n’est pas publique, comment il se fait baiser… je veux dire comment il vote ?

Arrêt de jeu Dom : tu cesses d’être sage avec ta seconde interrogation car remettre en cause la représentation du peuple en sous-entendant que élection = piège à cons (sic), c’est faire le jeu du ni-ni frontiste. Tu files un mauvais coton et tu chagrines : serais-tu marine ?

Alors, droite ou gauche ?

Je les vois venir les mauvais coucheurs qui balaient d’un revers de main ma question, alléguant que cette opposition binaire est obsolète. Ceux-là sont en tout cas démasqués sur le champs en vertu d’un mot de Alain relevé dans ce court article :  « lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche ».

Il y a un obstacle de taille dans l’enquête sur le positionnement politique du voisin : gare aux imposteurs qui  « se flattent d’être de gauche » (drapés dans les valeurs du « coeur »), ou qui « avouent être de droite », fiers d’un courage qu’ils pensent alors exprimer. Petit aparté : depuis la « décomplexion » de la droite par Sarko et avec le procès de bien-pensance intenté systématiquement contre les gauchistes, on peut se demander en définitive s’il n’est pas plus aisé de se dire de droite que de gauche.

Je pense pouvoir reconnaître un prof qui vote à droite. C’est un prof qui donne des cours particuliers. Il ne se contente pas de son salaire de fonctionnaire, de son statut de salarié. Haro sur les 35 heures et les congés

martine

il convertit une partie de ses vacances en treizième mois. C’est un entrepreneur, d’ailleurs il a étudié le marché et il a déjà pensé à démissionner pour se lancer corps et âme dans l’industrie du cours particulier.

Et le prof qui vote à gauche ? il chante l’école publique, l’école de la République, il est plus sensible à l’égalité des chances qu’au mérite. C’est par ailleurs un réformateur et il ne souffre pas les textes qui lui suggèrent de sensibiliser les élèves à la dernière lubie du ministre socialiste en exercice au détriment de la traditionnelle triptyque « lire/écrire/compter ».

On sort de la salle de classe et on observe autour de soi : il y a des réactions, spontanées, instinctives, qui trahissent le secret de l’isoloir.

Coup d’oeil par exemple sur les faits d’actualité qui déclenchent l’indignation. Ce ne sont pas les mêmes stimuli qui font vibrer les cordes sensibles des deux camps, comme si la vision de l’actualité était en définitive hémiplégique. Avec une constante (d’un comique de répétition) : on reproche au camp indigné (s’il s’agite) de ne pas raison garder et de céder à l’émotion.

Les faits divers comme la mésaventure du bijoutier de Nice (qui avait abattu l’un des deux braqueurs de son commerce) ou les fraudes aux prestations sociales irritent au plus haut point les gens de droite. Le gars de gauche réagit quant à lui davantage lorsqu’un patron fait des siennes, ou qu’un grand groupe écorne son image suite à un scandale social.

Je vous livre maintenant une scène qui m’a retourné ; peut-être n’y aura-t-il plus de mystère sur le bord dont je suis/crois être.

Dans le registre « indignation », du « high level » avec l’intervention musclée (et stérile) de Robert Ménard dans des appartements de la Devèze squattés par des migrants Syriens.

Menardbeziers « vous n’êtes pas les bienvenus »

Qu’est-ce qui rend ces images nauséabondes ?

beziers (photomontage avec ajout de deux affichettes)

Sur la forme d’abord, la mise en scène et la démonstration de force souhaitées par Ménard, davantage destinées à parler à son électorat qu’à résoudre le problème, sont à vomir. Des images nauséeuses de propagande avec un minus en cowboy vent debout contre le Grand Remplacement.

On objectera que la photo du petit Alan a été largement exploitée pour susciter la prise de mauvaise conscience (à défaut d’une réelle mobilisation) et qu’il est donc dans l’ordre des choses que s’organise une riposte dans cette guerre d’images. Dont acte…mais ça pue quand même !

Sur le fond, c’est plus compliqué à trancher dans le vif. Parce que dire qu’on accueille les migrants POINT…ça fait bien, ça ne mange pas de pain, ce n’est pas la Méditerranée à boire. Mais on devine bien que la logistique (où ? comment ? combien ?) et la gestion de ces va-nu-pieds relèvent du casse-tête. Par ailleurs, condamner sans appel ceux qui craignent avec l’arrivée massive d’étrangers le déclassement ou une cohabitation avec de nouveaux voisins qui pourraient s’avérer encombrants, c’est penser que les autres ont, comme moi, assez de confort pour que l’Etat puisse regarder ailleurs que dans leur cuisine sans que cela leur soit préjudiciable.

Ces quelques précautions prises, il y a quand même :

  1. une compassion naturelle qui pousse à accueillir ces hommes désespérés. D’ailleurs, une générosité minimale peut être perçue comme un investissement de nature égoïste : bloquer des familles misérables derrière des rideaux de barbelés ne risque-t-il pas de fabriquer du ressentiment à la pelle (premier pas vers une radicalisation) et, à long terme, être nuisible à la communauté nationale ?
  2. une forme d’ironie dans l’idée extrême d’une fermeture des frontières. L’objectif déclaré est clair : éviter des « invasions barbares », le triomphe de l’islam et la fin de la civilisation christiano-européenne. Supposons un instant que « leur » hantise de l’islam ne relève pas du fantasme et que ce soit dans un futur proche l’avènement de la charia sur le territoire ; beaucoup tenteront de quitter leur douce France perdue pour un air plus respirable. Suspectés à leur tour d’être des djihadistes visant à passer à travers les mailles du filet, ils rencontreront peut-être des barbelés sur les routes de l’exil et vivront alors ce qu’ils souhaitent imposer aujourd’hui à des hommes qui fuient la guerre, Daesch ou tout autre choléra.

Mise à jour (6 oct) : Daniel Schneidermann écrit le 6 oct sur son site « arrêt sur images » : « La violence physique visible, télégénique, médiatisée, exercée sur deux dirigeants d’Air France, contre la violence sociale invisible de 2900 suppressions de postes envisagées dans la compagnie. Toujours la même opposition, irréductible. Toujours ce même ping pong intérieur, des deux violences : par laquelle suis-je, devrais-je être le plus indigné ? Pourquoi celle-ci me laisse-t-elle plus indifférent que celle-là ? »

 

 

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