Ils sont fous ces romains

9 avril 2015

En attendant de voir le blason de Rome et sa devise SPQR (= Senatus PopulusQue Romanus = le sénat et le peuple romain) apposée -paraît-il- sur les plaques d’égout, les poubelles et un peu partout,

en attendant de voir la fresque de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine, on a vu ceci :

SPQR

en longeant (le lundi de pâques) les murs en ruine d’un oppidum lors d’une ballade à Murviel-lès-Montpellier.

Lu sur le net : le rétroacronyme SPQR=Sono Pazzi Questi Romani pour « Ma qué ? ils sont fous, ces Romains ! »

France Intox ou inutile de vous dire qu’on n’en sait rien !

11 mars 2015

Titre de cette entrée sous forme de prétérition (= figure de style consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé que l’on ne va pas en parler).

Jolie illustration dans le journal de 13h de France Info lorsque l’envoyée spéciale en Argentine commente l’enquête sur l’accident des 2 hélicoptères qui a coûté la vie à « 3 étoiles » du sport Français (Les autres, on s’en fout !)

A-t-elle des informations sur l’avancée de l’enquête ?

Non, mais selon la « rumeur » (sic !), la piste privilégiée est celle d’une erreur de pilotage.

Et d’enfoncer le clou dans le grand n’importe-quoi journalistique : elle précise lors de la même intervention que l’épouse d’un des deux pilotes souhaiterait, par respect pour son mari disparu, de la prudence (sic, sic !) avant les conclusions officielles de l’enquête.

Tout et son contraire, titre d’ailleurs d’un programme sur France Info.

Tout et son contraire déjà hier avec une annonce fracassante suivie d’un démenti :

canular

En rapport avec Dropped, autres prétéritions relevées dans ce tweet de Wiltord :

Je suis triste pour mes amis , je tremble , je suis horrifié , je n’ai pas de mots , je ne veux rien dire #Tristesse #Pleurs #JesuisàParis

 

 

Alb(i)us, alba, Albin = blanc

3 mars 2015

Une maison d’édition a souvent une couleur idéologique. La Fabrique s’inscrit par exemple dans la mouvance de la gauche radicale (cf sa fiche wikipedia).

Lorsque je vois en dernière de couverture de mon magazine la pub suivante pour Albin Michel

Albin

j’étiquette : Albin Michel, qui édite aussi une traduction du coran par Jacques Berque, en jouant le chevalier blanc au secours d’une société divisée, navigue dans les eaux limpides de la bien-pensance. Choc des civilisations si on avance dans l’ignorance, dans l’obscurité, mais la guerre des fois n’aura pas lieu puisque Albin éclaire, pose sa lumière (blanche) sur la situation.  D’ailleurs, ma prochaine lecture est fixée, ce sera…

Z

Zemmour ? Erreur de casting ? Incohérence dans la ligne éditoriale, ou réalité marchande ?

De toute façon, nul n’est exempt de contradictions. Exemple : le rappeur Soprano, aussi blanc que le célèbre esclave Réunionnais Alb(i)us, a des textes qui prônent globalement la tolérance et l’ouverture. Mais, dans son morceau La famille, il chante :

« Tu sais, dis-toi que j’ai rien contre ce mec
Tant qu‘il te respecte et qu’il te dirige vers la Mecque
P’tite sœur, qu’importe ton choix je serai toujours avec toi. »

Autrement dit : n’importe qui, mais pas un roumi.

Solitaire

24 février 2015

Une figure récurrente du romantisme est le célèbre voyageur contemplant une mer de nuages de Friedrich. Il peut illustrer selon Google Images  les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau :

Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog

Parodie à Crest-Voland avec les skieurs surfant une mer de nuages :

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Pour Cavanna qui (dé)classe Rousseau parmi « les sales cons, prétentieux, et enfoirés d’enquiquineurs de pauvres gosses », le philosophe peut aller se promener, Cavanna préfère rêver avec Bibi Fricotin (Les Ritals) :

bibi-fricotin

Aux chiottes « la méditation solitaire, l’étude de la nature et la contemplation de l’univers ».

En solitaire, il y a plus fun, moins nébuleux et plus jouissif :

  1. il y a l’écriture : « pour arriver à écrire, l’important c’est d’attraper le tagada-tagada »
  2. et, toujours dans la veine du tagada-tagada, il y a le tagada-tsouin-tsouin la masturbation. Extrait de les ritals   (le jeune Cavanna fantasme sur sa voisine) :

Je me fous la tête sous l’oreiller, je ferme les yeux très fort, je me dis bon, je frappe à sa porte, elle vient m’ouvrir (je me concentre bien bien pour bien la voir dans ma tête), je lui dis c’est pour un renseignement, mais bien sûr entrez donc, oh! je voudrais pas déranger, vous me dérangez pas faites pas de chichis, j’essuie mes pieds sur le paillasson, j’entre, excusez le désordre je suis en plein ménage, mais non c’est moi qui m’excuse, elle est en peignoir éponge, à poil dessous (je bande comme un fou, je commence à me tripoter le bout du gland, merde, eh non, pas encore, faut se garder pour le vrai chouette moment de l’histoire), elle s’assoit, moi aussi, elle croise les jambes, sa cuisse passe par l’ouverture, blanche comme du lait avec de fines veines bleues qu’on devine sous la peau, une douce odeur de ventre tiède monte lentement, je la regarde, elle me regarde avec cet air de se marrer qu’elle a, elle se penche, ses nichons pendent, pâles, dans la pénombre, elle se marre de plus en plus, je me dis j’y vas j’y vas pas (j’ai autant la trouille que si j’y étais pour de vrai), je la prends aux épaules, elle dit rien, me regarde en se marrant toujours, sa lèvre tremble, celle d’en bas, je me lève, je la serre doucement, son visage contre mon ventre, elle se lève aussi, m’enlace, elle est pleine de tendresse, de chaleur, d’amitié, de complicité, on est là tous les deux, mais arrivé là j’en peux plus, moi, ça fait un moment que, à mon insu, ma main m’astique le poireau, de plus en plus frénétique, me retenir davantage impossible, dommage, la suite aurait été formidable : je l’aurais renversée sur le bord du lit, j’aurais ouvert ses cuisses, doucement, elle aurait juste un peu résisté, juste un peu, et puis j’aurais eu en pleine figure l’incroyable violente terrible surprise de sa longue fente bistre fripée tapie derrière ses crins crépus serrés, j’aurais décollé bien doucement les lèvres de sa fente, je serais entré dans tout ce rose caché qui m’attend, qui m’aime, qui m’aspire, qui est mon refuge et ma raison de vivre, et merde, chaque fois pareil, je me suis étranglé la pine comme un furieux, beaucoup trop tôt, plus rien ne comptait que le spasme imminent, vas-y que je t’étrangle, et que je te m’envoie en l’air à en perdre le souffle, renversé culbuté aplati éclaté, l’ouragan ravage tout, il n’ y a plus de haut ni de bas, ni de moi, ni de pas moi, et je me retrouve, vidé comme une grenouille morte, les doigts empoissés, la tête pleine de cloches, sans défense devant la culpabilité qui monte, qui monte…

les-ritals

ça va taguer

22 février 2015

Quand l’actualité légère de mon entourage rencontre la plus pesante. D’un côté, mon cousin Stef est sur le point de se faire tatouer, de l’autre mon amie Mimie, Mamimie, est engagée depuis hier dans un âpre combat contre une leucémie.

Deux #tags donc pour ce billet, tatoo et cancer, auxquels les deux sens du mots tag me conduisent par association d’idées :

  1. tag = graffiti —> tatouage
  2. tag = marqueur —> cancer

Mouuuu..ais ! Mais pourquoi une telle association ?

D’abord, deux constats :

  1. Je trouve qu’un tatouage bien choisi et assumé participe au charme de celui qui le porte. Je ne me vois pas avec un tatouage.
  2. Tous les dermatologues qui m’ont ausculté m’ont sommé de me protéger du soleil en brandissant le mélanome comme épée de Damoclès.

Qu’est-ce qui pourrait toutefois me décider à un signe cutané ? peut-être un cancer de la peau.

Il s’agirait alors d’une réaction, loi du talion :

  1. le cancer (traumatisant) marque au fer rouge. Alors, revanche, on  marque à son tour ce qui a été l’objet de sa souffrance.
  2. On met au rancart les hideux grains de beauté, on les insère dans un tatouage-placard.
  3. On règle son compte au naevus : son ancrage assassin dans la peau est puni par un encrage malin. Il a voulu un acte testamentaire, il aura un acte tégumentaire.
  4. Si le mélanome a (au sens propre) ma peau, j’aurai (au sens propre) la sienne (celle dont il m’a dépossédé).
  5. On customise sa peau à pois(ons), on en fait un maillot à pois pour mieux remonter la pente.

Pour l’heure, c’est à Mamimie que je pense : « oeil pour oeil, dent pour dent, 100 pour 100, tu feras la peau à cette bon sang de leucémie, même si elle te fait faire du mauvais sang ! »

 

 

 

 

 

Du cul, Pardi !

2 février 2015
Le hussard sur le toit, roman de l’égoïsme et de l’égoïsme, il y en a à tous les étages.
1) Au rez-de-chaussée, en tout cas au ras des pâquerettes : Alors que le choléra rôde, on ne pense qu’à sa petite gueule. Villes barricadées, quarantaines, plus de lien avec l’étranger ; on peut même rompre avec ses proches si ces derniers sont atteints, on abandonne lâchement leur dépouille lorsqu’ils succombent.
2)  Au sous-sol : Egoïsme du cholérique. C’est la thèse peu académique du vieux médecin-philosophe du chap 13. Celui qui flirte avec le choléra, est séduit (au sens étymologique : détourné du droit chemin) par l’univers de la mort, une sorte de paradis laïc, un infini avec lequel il lui tarde de fusionner. « Le cholérique n’est pas un patient : c’est un impatient. » (p.478). Attiré irrésistiblement par le spectacle promis (70 vierges ?), c’est avec lucidité, en toute connaissance de cause, « en voyant clair et des deux côtés », qu’il sacrifie fissa famille et vie terrestre pour l’autre monde.
Pauline fait une première expérience de ce désir de mort, résistant in extremis au corbeau qui lui conte fleurette : « Je n’ai jamais rien entendu de plus horrible que cette chanson endormeuse qu’il m’adressait sans arrêt. Je me sentais sucrée de la tête aux pieds et envie de fermer l’oeil. A quoi j’ai dû céder deux secondes et il était sur moi. »
La vieille nonne qui lave les morts à Manosque a aussi perçu la dimension psychosomatique du choléra.
– Allons! allons, dit la nonne. Et elle prit l’ homme dans ses bras. Allons, allons! dit-elle, un peu de patience. Tout le monde y arrive ; ça va venir. On y est, on y est. Ne te force pas, ça vient tout seul. Doucement, doucement. Chaque chose en son temps.
Elle lui passa la main sur les cheveux.
– Tu es pressé, tu es pressé, dit-elle, et elle lui appuyait sa grosse main sur les genoux pour l’ empêcher de ruer dans le bois du lit. Voyez-vous s’ il est pressé! Tu as ton
tour. Ne t’ inquiète pas. Sois paisible. Chacun son tour. Ça va venir. Voilà, voilà, ça y est.
C’ est à toi. Passe, passe, passe.
L’ homme donna un coup de reins et resta immobile. (p.190)
Une nonne en plein gang bang ? Pas du tout ! L’homme est dans un corps à corps avec la mort, c’est une mise-Amor. La nonne est une entremetteuse, une passeuse.
3) Sur les toits : Mais y-a-t-il un héros pour le salut de l’humanité ?
J’ai crû en Pardi, mais je ne suis (du verbe suivre) plus Pardi ! Parce que Pardi est un imposteur, un escroc. Angelo Pardi est un tartuffe.
Pourtant, tout concourt à le porter aux nues.
  • D’abord, un prénom ! Angelo, ange, messager de Dieu. Aussi, avec sa chasteté irréprochable, on se demande si, à l’instar des anges, Angelo a un sexe.
  • Ensuite, une filiation un peu vague : Angelo est le fils de la duchesse Ezzia Pardi mais aucune référence n’est faite au père ; Angelo est le fils de sa mère comme Jésus fils de Marie. Messager de Dieu ou messie ?
Mais en réalité,
  1. son chemin de croix au coeur d’une Provence malade n’est qu’un chemin de soi, un chemin de l’ego !
    Regarde-le, « l’épi d’or sur son cheval noir », au chevet d’une population ravagée par l’épidémie. Générosité et dévouement – certes ! – lorsqu’il frictionne les mourants ou lave les morts. Mais il en abuse, et de fait nous abuse : il fait du charnier un terrain de jeu pour son orgueil ; en accomplissant ce qu’il s’est fixé comme devoir, il est, dans un passage à vide (d’humanité),  « au comble du bonheur ».
  2. Autre comportement suspect de Angelo : l’abstinence sexuelle et le jeûne. Et si carême rime avec « himself/il s’aime » !
    1. Affamé et assoiffé dès les premières lignes du roman, après quelques imprudences alimentaires, il s’astreint à une ascèse diététique : polenta, thé, aliments soigneusement bouillis, et rien d’autres.
    2. Privations sexuelles aussi ! C’est le « Tohu-bohu » , l’orgie, la partouze à l’auberge du chap 5. Des femmes « dépoitraillées » – pieds posés sur des barreaux de chaises – qu’on « fourrage ouvertement », miaulent comme « des chattes en chasses », gloussent comme des poules. Angelo est d’abord troublé, excité, mais le puceau réprime/censure vite ses émotions érotiques.

Interprétation soufflée par Cespedes dans l’homme expliqué aux femmes : « l’ascétisme embellit son autopunition au point qu’il la prend pour une autorécompense. Les exercices de mortification ont laissé la place aux exercices de narcissisme. »
Toutefois, Angelo craque un peu à la fin du roman, chez le médecin-philosophe. Faut dire qu’il y a la tentation conjointe de la chair et de la bonne chère.

  1. D’abord une « puissante odeur de venaison et de sauce au vin ». Angelo tentera de rester droit  comme un cierge de Pâques dans ses bottes mais cèdera à la popote.
  2. Trempé jusqu’aux os après la tempête, sur ordre du médecin, il « se fout à poil » et s’enroule dans une couverture près du feu et près de Pauline.
    « Au diable la pudeur, restez là près du feu. Vous êtes bien fait, qu’est-ce-que vous risquez ? Croyez-vous que mademoiselle a été créée et mise au monde per studiare matematica ? …regardez-moi ce visage et ces grands yeux.« 
  3. Les deux tentations sont même indissociables lorsque Pauline dévore et pousse quelques « petits gémissements de gourmandise ».

 

Quid du cul, pardi ? Il la nique ou pa(s)-nique ?
Ne pas lire le chap 14 en diagonale, sinon le contresens est assuré :
« il souleva les jupes. Une main de glace saisit sa main. » J’aime mieux mourir « , dit Pauline…Il se débarrassa de la main avec brutalité et arracha les lacets qui nouaient la jupe à la taille. Il déshabilla la jeune femme comme on écorche un lapin, tirant les jupons et un petit pantalon de dentelle…Il découvrit le ventre et le regarda avec attention. Il le toucha des deux mains, partout. Il était souple et chaud…Les gémissements de la jeune femme jaillissaient maintenant assez forts et sous le coup de spasmes. C’était une plainte continue qui ne trahissait pas une très grande douleur, qui accompagnait le travail profond d’une sorte d’état ambigu, qui attendait, espérait même, semblait-il, un paroxysme où le cri alors devenait sauvage et comme délirant…Enfin, il eut toute une série de petite pensée très colorée, de lumières très vives dont quelques-unes étaient cocasses et risibles et, à bout de forces, il reposa sa joue sur ce ventre qui ne tressaillait plus que faiblement, et il s’endormit… » J’ai dormi, se dit-il, mais à voix haute et d’un ton lamentable. - Tu étais à bout de forces « , dit-elle.
Angelo violeur, dépiauteur ? Angelo en mâle dominateur ? Si on tombe par ailleurs sur les lignes : Pauline avait commencé à se salir par en bas. Il nettoya soigneusement tout et plaça sous les fesses une alèse faite de lingeries brodées qu’il avait sorties de la valise.« , on pourra même penser qu’il est scatophile.
Rien de tout ça ! Avec ses petits bras, il frictionne Pauline. Il ne la chauffe pas, il la réchauffe.
« Ce n’est pas la première fois, se dit Angelo, mais ils me sont tous morts dans les mains. »
Et si, ce coup-ci, la cholérique choisit la vie, c’est parce qu’elle aime Angelo à mourir ; ce n’est pas parce qu’il a eu les bons gestes, Angelo (très peu mâle) est le mal dominateur, Angelo est un diable, « plus fort, ou plus beau, ou plus séduisant que la mort. » Comme dit Baudelaire, « il a voulu devenir un ange, il est devenu une bête. »

 

 

Plus ou moins

30 janvier 2015

Après deux jours à l’étranger :

- qu’est-ce-qu’ on fait aujourd’hui ?

- On a visité « truc » avant-hier, on a vu « chose » hier. Qu’est-ce-qu’il reste à faire ? Ah ! on peut faire « ça » aujourd’hui !

La question « Qu’est-ce-qu’il reste à faire ? » montre qu’on procède par soustraction : on est en train de rayer un à un les items d’une liste, comme on le fait pour une liste de courses, ou pour le papier collé sur le frigo qui rappelle les tâches à ne pas oublier.

Dans « qu’est-ce-qu’il reste à faire ? », il y a presque de la contrainte, en tout cas une idée de contrat  : si on loupe cet immanquable, on aura raté notre séjour alors que, si on épuise la liste, on aura l’heureux sentiment d’un devoir accompli.

Cette démarche suppose qu’on a réduit au préalable le pays visité à un catalogue d’excursions, de sensations… Quelque chose d’infini résumé à du séquentiel sans unité. On préfère alors rayer à mettre sur papier blanc les découvertes successives.

Pourtant, une découverte peut en appeler une autre, on peut rebondir et on crée du liant. Problème : on pourrait ajouter des lignes ad vitam aeternam et cette feuille blanche continuerait à être vertigineuse. Cette feuille blanche serait l’insupportable aveu d’un échec : celui de ne rien connaître.

Bilan : on préfère soustraire à additionner ! Ta gueule Dom ! raye ou complète, c’est plus ou moins la même chose !

 

 

 

You talking to me ?

26 janvier 2015

Première compétition officielle de Judo pour Clem : arbitres officiels en costard-cravate, écran plat avec nom-nationalité des combattants, affichage aussi des points et de la durée décomptée. Et avant tout ça, vérification des licences et pesée, première pesée en caleçon.

Alors qu’on taquine Clem en exagérant sa présence dans la cour des grands, Tom le chambre sur son survêt : « Domyos » serait son sponsor, pas très prestigieux !

En baissant son pantalon :

- Je suis aussi sponsorisé par Freegun. D’ailleurs, t’as vu le message pour la pesée :

youtalkingtome

Un oiseau de Par(a)di(s)

21 janvier 2015

Le mot hussard sonne presque comme busard et, s’il occupe un toit, alors le hussard se confond encore un peu plus avec un oiseau. Mais alors un drôle d’oiseau, aussi maladroit sur les tuiles que l’Albatros de Baudelaire sur le pont du bateau, tant ses bottes de cavalier « l’empêchent de marcher ».

hussard

Un oiseau vigilant, sur ses gardes : « Je ne quitte pas les chevaux et les bagages. On aurait vite fait de nous rogner les ailes » (p.336), confronté à un ennemi de taille, la mouche du choléra. Ennemi qui est, pour Angelo, plus volatil que volatile : « Je ne crois pas aux mouches. Pour si petites qu’on dise qu’elles sont, il me semble qu’on les sentirait en respirant. » (p.394)

Si Angelo Pardi est un oiseau, il n’est pas comme les autres, il est à contre-courant et on s’en rend compte dès la première page : « les oiseaux s’éveillaient dans le vallon où il descendit. »

Lors des premiers pas de Angelo en Provence sous la canicule, l’atmosphère est lourde mais Angelo ne sait pas encore que le chaud annonce la chaux. Et, dans le silence et la chaleur qui étreignent le paysage, les apparitions d’oiseaux se font de plus en plus négatives, maléfiques et terrifiantes.

Les citernes sont assaillies de vols de pigeons et souillées (p. 24 et 30), les auberges survolées par les corbeaux (p.19), et les corbeaux pendent aux fils comme des lessives noires (p.331).

Dans un village où il met pied à terre, « il y avait (au dessous de la voûte) une violente odeur de fumier d’oiseaux ; le plafond était tapissé de nids d’hirondelles d’où suintaient des jus brunâtres. » (p.30)

Nuée étrange d’oiseaux agglutinés sur les toits lorsque le hameau de Omergues apparaît en contre-bas : « Chose curieuse: les toits des maisons étaient couverts d’oiseaux. Il y avait même des troupes de corbeaux par terre, autour des seuils. A un moment donné, ces oiseaux s’envolèrent tous ensemble et vinrent flotter en s’élevant jusqu’à la hauteur de la passe où se trouvait Angelo. Il n’y avait pas que des corbeaux; mais également une foule de petits oiseaux à plumages éclatants: rouges, jaunes et même une grande abondance de turquins qu’Angelo reconnut pour être des mésanges. Le nuage d’oiseaux tourna en rond au-dessus du petit village puis retomba doucement sur ses toits. » (p. 47)

A Omergues, la situation devient plus étrange et se précise. Premiers « démêlés avec les oiseaux » (p.313).

  1. Il y avait aussi cette foule d’oiseaux qui, vue maintenant à hauteur d’homme, était assez effrayante, d’autant qu’ils ne s’envolaient pas; la plupart des gros corbeaux qui noircissaient le seuil de la maison dont s’approchait Angelo avaient simplement tourné la tête vers lui et le regardaient venir avec des mines étonnées. L’odeur sucrée était de plus en plus forte. (p.48)
  2. Son cheval fit brusquement de côté un saut de carpe en même temps qu’une grosse flaque de corbeaux s’envolant découvrit un corps en travers du chemin.
  3. Enfin, les oiseaux retombèrent sur le dos et dans la chevelure de la femme. Angelo sauta à terre et courut contre eux en agitant les bras. Les corbeaux le regardaient venir d’un air très étonné. Ils s’envolèrent si lourdement quand il fut si près d’eux qu’ils lui frappèrent les jambes, la poitrine et le visage de leurs ailes. Ils puaient le sirop fade. (p.49)
  4. Sur le seuil il fut repoussé par un véritable torrent d’oiseaux qui en sortait et l’enveloppa d’un froissement d’ailes; les plumes lui frappèrent le visage. (p.50)
  5. Enfin, il aperçut un gros corbeau qui, se dissimulant dans le tablier noir de la vieille femme, continuait son repas; il en fut tellement dégoûté qu’il vomit et il tourna les talons.
  6. Dehors il essaya de courir, mais il flottait et il trébucha. Les oiseaux avaient de nouveau recouvert le cadavre de la jeune femme et ils ne se dérangèrent pas.(p.51)
  7. Des bourrasques d’oiseaux sortaient des portes (p.52), elles[les maisons] dégorgèrent d’épais vols d’oiseaux (p.54)
    le_hussard_sur_le_toit

Autre métaphore p.390 avec la vague comme comparant : « les corbeaux et les pigeons mêlés jaillissaient en écume des maisons hautes, des tours et du clocher à chaque coup de mer. »

On franchit encore un seuil dans l’inquiétant à Manosque. Réfugié sur les toits, Angelo doit sortir les griffes contre « des hirondelles, des martinets et des nuages de rossignols » (p.313). Les charognards, gras de chair humaine, se font prédateurs : « Comme il approchait d’une petite tour, Angelo fut brusquement enveloppé dans une épaisse étoffe noire qui se mit à voleter en craquant et en crissant. C’était un monceau de corneilles qui venait de se soulever. Les oiseaux n’étaient pas craintifs. Ils tournaient lourdement autour de lui sans s’éloigner, le frappant de l’aile. Il se sentait dévisagé par des milliers de petits yeux d’or, sinon méchants, en tout cas extraordinairement froids. Il se défendit en moulinant des bras, mais plusieurs becs le piquèrent durement sur les mains et même sur la tête. Il ne réussit à se débarrasser des oiseaux qu’en se débattant violemment, et en assomma même un ou deux avec ses poings en gesticulant. « (p.147) Angoisse sur les toits : Angelo ne peut plus fermer l’oeil sans se trouver immédiatement couvert d’oiseaux. (p.405)

Lorsque Angelo et Pauline fuient le fort où ils sont placés en quarantaine, dans un petit local près du jardin des religieuses : « des martinets et des hirondelles commencèrent à passer en éclairs devant l’ouverture de la porte. Suivant la nouvelle coutume des oiseaux, dès qu’ils eurent aperçu les formes immobiles d’Angelo et de la jeune femme, ils s’approchèrent et même, pénétrant jusque sous la voûte tournèrent à côté d’eux avec des cris et de violents battements d’ailes. » (p.396)

Enfin, paroxysme de l’angoisse lorsque les oiseaux se font sirène avec force « roulades de velours », font la cour à leur proie avec une « patience d’ange » jusqu’à, si échec, « mettre quelque aigreur dans leurs réclamations. » (p.314)

« Un corbeau qui roucoule comme une colombe  » (p.389) ; Pauline échappe de peu au piège en faisant feu sur le corbeau : « il est devenu extrêmement pressant et je dois dire extrêmement gentil. Je n’ai jamais rien entendu de plus horrible que cette chanson endormeuse qu’il m’adressait sans arrêt. Je me sentais sucrée de la tête aux pieds et envie de fermer l’oeil. A quoi j’ai dû céder deux secondes et il était sur moi. Il puait. Il m’a frappée du bec.  » (p.317)

Même si, affamé et assoiffé sur les toits de Manosque, Angelo gobe avec appétit des oeufs qui « adoucissent sa gorge de carton » (p.148), même s’il dévore avec Pauline la poule au pot dans le petit hameau-coupe-gorge près de St Dizier (p. 408), il a peu d’affinités avec les gallinacés.

  1. Après un coup dur, pour se donner du coeur au ventre, il se traite de « foutue poule mouillée » (p. 52) et, abasourdi par l’orage et trempé jusqu’aux os dans le village du vieux médecin-philosophe, il a l’air d’une poule (mouillée) qui a trouvé un couteau.(p.459)
  2. Dans son cauchemar sur les toits, il est à deux ergots d’être étouffé sous le croupion d’un coq puant. (p.161)
  3. « Dans une extraordinaire odeur de fumier d’oiseau », il assiste en haut des tuiles au piétinement d’un « empoisonneur de fontaine ». Tête écrasée à coups de talon, « à la façon des poules sur du grain. » (p.143)
  4. Lorsque le clarinette de l’opéra de Marseille, rencontré sur la route de St Dizier, raconte son passage par le château de la Valette (château de Pauline), il affirme avoir entendu chanter les coqs : « quand les coqs chantent, il y a des gens vivants. » (p.425) Angelo est moins catégorique.
  5. Angelo n’est pas fier quand il explique à Pauline le surnom de Lavinia (femme de son frère de lait Giuseppe) : la fille cuite à l’étouffée. « Ma mère se tenait debout et faisait entrer Lavinia sous ses jupes. La petite fille devait passer sa main sous le corset de ma mère et lisser sa chemise. Voilà pourquoi elle était cuite à l’étouffée et couvée comme par une poule. »

 

 

 

 

Je suis Pardi !

20 janvier 2015

Je suis Angelo ! Qui ? Angelo, pardi !

Angelo Pardi est le héros du roman de Giono Le hussard sur le toit.

Le-hussard-sur-le-toit

C’est un sur-homme, au dessus de la mêlée.

- D’abord, au dessus des cadavres qui jonchent le sol dans leurs vêtements souillés par la dysenterie et dans leur vomi laiteux.

- Au dessus aussi des rescapés du choléra qui ont la frousse de la contagion et qui agissent en égoïstes. Les enfants n’attendrissent plus : « on n’embrassait plus les enfants. Pas pour les préserver : pour se préserver. » (p.192) Mort aux étrangers et, à l’étranger ses propres morts  :

  1. « il [Angelo] était indigné de l’inhumanité de ces gens qui refoulaient les femmes et les enfants dans les bois [quarantaine]. (p.88) »
  2. Angelo échappe de peu au lynchage lorsqu’on le soupçonne d’avoir empoisonné les fontaines. « ils[ses bourreaux] n’étaient pas bien terribles sauf qu’ils portaient les marques de la peur » (p.119)
  3.  » les gens descendaient leurs morts dans la rue et les jetaient sur le trottoir. Ils avaient hâte de s’en débarrasser. Ils allaient même jusqu’à les déposer devant d’autres seuils. Ils se séparaient d’eux de toutes les façons. L’important pour eux était de les chasser le plus vite possible et le plus complètement qu’ils pouvaient de leur propre maison où ils revenaient vite se terrer. » (p. 201)

L’épidémie fait rage. On fait dans ses bottes, au figuré, avant parfois d’y être contraint par les bactéries : on crève de peur ou de chiasse (p.338).

« Le choléra est une saloperie, mais le reste est une saloperie encore pire. » (p.143)

Mais Angelo est au dessus de ce charnier. Même lorsqu’il n’est pas sur les toits de Manosque d’où « il avait l’impression que la ville était toute pourriture » (p. 166). Parce que Angelo n’a pas peur : « mourir pour mourir, j’aurai bien le temps d’avoir peur, comme il se doit au moment de passer l’arme à gauche. Actuellement, la peur n’est pas convenable. » (p.203)

Angelo s’est fixé une mission, celle de sauver des vies et des âmes.

  1. D’abord, avec le jeune médecin français, dans le hameau des Omergues, il tente de soigner ; il frictionne vigoureusement les corps malades, quitte à se salir les mains : « l’enfant se mit à vomir et à faire une dysenterie écumeuse qui giclait sous lui comme si Angelo pressait sur une outre. » (p.67)
  2. Ensuite avec la nonne, à Manosque, il s’applique à laver les corps morts :  » le jour de la résurrection, ils seront propres. » (p.197)

Mais quel est son moteur ? Qu’est-ce-qui le rend si chevaleresque ? Pourquoi est-il aussi fasciné par l’action héroïque ?

Un mot : l’orgueil.

C’est l’orgueil qui le pousse (dans la lutte pour la liberté de l’Italie) à tuer le baron Swartz en duel, à armes égales, au lieu de le faire exécuter (p.263). C’est encore l’orgueil qui le rend « fou de rage à l’idée qu’on l’avait battu et traîné par terre » et qui lui fait imaginer « des vengeances terribles » (p.124) C’est toujours l’orgueil qui le conduit à humilier le capitaine insolent des soldats (p.72).

Et sa quête du bonheur passe par l’estime de soi-même, ce à quoi il ne refuse rien. « Il se disait : « On ne peut m’accuser d’affectation. Personne ne me voit et ce que je fais est parfaitement inutile. Ils [cadavres que lave Angelo] pourriraient aussi bien sales que propres. On ne peut pas m’accuser de chercher la croix. Mais ce que je fais me classe. Je sais que je vaux plus que tous ces gens qui avaient des positions sociales, à qui on donnait du « monsieur » et qui vont jeter leurs êtres chers au fumier. L’important n’est pas que les autres sachent et même reconnaissent que je vaux mieux : l’important est que moi je le sache. Mais je suis plus difficile qu’eux. J’exige de moi des preuves incontestables. En voilà tout au moins une. » Il avait le goût de la supériorité et la terreur de l’affectation. Il était heureux. » (p.203)

[Billet écrit après avoir lu les 340 premières pages]

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